Les Derniers jours de l’émerveillement : et la lumière fut

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La quatrième de couverture des Derniers jours de l’émerveillement, paru au Cherche midi, m’avait attirée comme une friandise… « À la façon d’Erik Larson, Graham Moore s’est appuyé sur des documents historiques peu connus pour nous livrer un récit d’une incroyable efficacité, qui se lit comme un thriller. » Pensez donc ! M’appâter avec ça, c’était me promettre Noël avant l’heure. Et en effet, je me suis régalée.

Sachant que Graham Moore était le scénariste oscarisé de The Imitation Game, je pensais pouvoir partir en confiance sur le point de vue historique et je ne me suis pas trompée. Même si l’ensemble est largement romancé, on ne peut nier que l’auteur ait le sens de la précision dans le détail historique et maîtrise son sujet. Il met d’ailleurs un point d’honneur en fin d’ouvrage à détailler tous les historiques sur lesquels il a pu s’appuyer, explicitant ceux qui sont exacts, ceux sur lesquels les sources sont floues, ceux qu’il a dû romancer ou encore avancer chronologiquement pour garder son rythme narratif.

Dans Les Derniers jours de l’émerveillement, Graham Moore démontre d’un merveilleux talent pour mettre en scène en scène ces impressionnantes figures historiques que sont Thomas Edison (le féroce marchand), George Westinghouse (l’artisan déterminé) et Nikolas Tesla (le visionnaire). De chacun, il sait révéler la complexité, le talent et les parts d’ombre au fil de son récit, prouvant du même coup que la situation n’était pas si manichéenne qu’elle pouvait le semble de prime abord. Il démontre surtout, qu’en dépit de leurs antagonismes, il fallait trois hommes de cette envergure, génial chacun à leur manière, pour inventer le miracle de l’électricité tel que nous le connaissons.

Graham Moore fait également un formidable livre de vulgarisation scientifique, clarifiant les détails techniques de cette folle course commerciale à la modernité. Car, ne vous y trompez pas, si la clé de cette guerre est scientifique, son enjeu est purement financier. Celui qui triomphe aura le monopole et le fin mot de cette folle histoire, je peux vous le révéler sans spoiler, c’est la naissance d’une compagnie au nom familier : General Electric.

De la différence entre courant alternatif et courant continu, de l’intérêt commercial du premier, de cette incroyable course aux brevets ou de la difficulté de mettre en place cette fameuse ampoule qui serait la clé de tout, l’auteur parvient au fil des chapitres à nous apporter ses lumières, sans pour autant nous faire sombrer dans une ténébreuse masse de précisions indigestes. Et pour ma part, je m’en clairement couchée moins bête. J’ai d’ailleurs souvenir d’une scène haletante page 88, où Tesla révèle à tous le courant alternatif et où Westinghouse explique à Paul Cravath notre héros, la révolution que cela représente. Ce fut bien la première fois qu’une histoire de courant me fila le frisson, sans que je me sois pris une châtaigne.

Car, oui, Les Derniers jours de l’émerveillement est tout bonnement haletant. Graham Moore parvient, à travers les yeux de  Paul Cravath, ce jeune avocat qui en fut réellement un des acteurs, à nous projeter au cœur de cette guerre pour nous en faire saisir les rebondissements, les développements et les enjeux. C’est une bataille juridique, scientifique et industrielle acharnée dont ressortira notre monde moderne qui se joue sous nos yeux. Coups bas, manigances, trahisons, secrets, petites magouilles et grandes stratégies, c’est l’Histoire qui déroule, aussi palpitante qu’un thriller. Que ce soir à l’écran ou sur papier, même des thrillers juridiques comme L’Affaire Pélican, Erin Brockovitch ou JFK ne m’ont plus tenus en haleine que ce roman-là. A chaque moment de lecture, je l’ai retrouvé avec un plaisir toujours renouvelé.

Derrière ce récit trépidant, au travers de cette guerre presque sans merci, Graham Moore nous permet de saisir toute la subtilité de son titre. Les derniers jours de l’émerveillement, ce sont ces derniers instants où la magie du miracle scientifique, de cette ampoule qui s’illumine pour la première fois, laisse place à la loi du marché et de l’argent.

Conciliant tous ces éléments, Graham Moore mène son roman d’une main maître, nous livrant un récit époustouflant, ludique et proprement addictif, où l’Histoire se révèle plus incroyable encore que le roman. Un coup de cœur absolu !

A noter…

Les Derniers jours de l’émerveillement est une parfaite mise en bouche pour son homologue sur grand écran, The Current War dont la sortie est prévue prochainement. Même si j’ignore si l’un a pu inspirer l’autre, le roman et le film abordent le même sujet et la même période et il sera probablement plus qu’intéressant de comparer la façon dont le sujet a été traité.

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