Froidure, dans les pas mélancoliques de la poétesse Sylvia Plath

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Avec Froidure, premier roman, paru le 13 octobre aux éditions du Petit Quai Voltaire, Kate Moses nous emmène au cœur de l’hiver 1962 à Londres et du tragique destin de la poétesse Sylvia Plath. Saisis par le froid, on se laisse entraîner par cette écriture poétique, entre lumière et ombres, qui retrace les derniers mois de Sylvia. Une jolie lecture de saison, empreinte de mélancolie et de l’énergie d’une femme en lutte pour exister.

Hiver 1962. Sylvia finit tant bien que mal d’aménager son nouvel appartement. La voilà de retour à Londres, seule, avec ses deux enfants en bas âges. Rongée par la trahison de Ted et leur séparation, elle fait face aux démons de la dépression qui la minent depuis sa jeunesse et qui refont surface. Avec rage, elle se bat contre elle-même et les difficultés matérielles qui s’accumulent. Elle n’a pas besoin de Ted, elle va écrire à nouveau, elle va s’en sortir seule. Mais l’hiver est froid, dur cette année-là, et les jeunes enfants de Sylvia, Frieda et Nicholas sont malades, alors qu’elle-même, épuisée, a une santé précaire. Le bonheur conjugal passé de Court Green, son soleil, la douceur de sa campagne anglaise la hantent. Mais elle s’accroche à sa nouvelle vie avec l’énergie du désespoir. Le printemps arrivera-t-il suffisamment vite pour sauver Sylvia et l’aider à étouffer ses ombres ?

9782710381266Roman teinté de biographie ou biographie romancée, nul ne saurait dire exactement ce qui est fiction et ce qui ne l’est pas, tant Froidure, inspiré de la vie et de l’œuvre de la poétesse Sylvia Plath exsude le désespoir et l’énergie de cette dernière. Entre Court Green et la maison de Yeats (23 Fitzroy Road), entre le soleil de la campagne anglaise et la froidure de Londres, entre le bonheur passé des souvenirs et le désespoir brûlant du présent, l’auteur nous promène dans les méandres intimes de cette période douloureuse qui mènera Sylvia au suicide. Si des faits ou des paroles ont pu être inventés ou déplacés chronologiquement, Kate Moses s’est néanmoins appuyée sur de nombreuses recherches et écrits personnels de la poétesse pour son roman. En un vibrant hommage, celui-ci se construit sur les titres des derniers poèmes de Sylvia Plath dans l’ordre où celle-ci les avait initialement agencés pour son recueil.

Poétique, empreint d’une atmosphère singulière et envoûtante à la fois, Froidure nous fait ressentir de façon criante le mal-être qui ronge la jeune femme et la force de sa lutte. A un moment, avec le retour de l’écriture, on pense, on espère que Sylvia va réussir. Qu’enfin, elle va s’échapper des ténèbres qui la guettent, de la froidure qui s’insinue dans son être. Qu’elle va renaître pour parvenir à mener cette nouvelle vie, indépendante et fière, libérée de l’ombre de Ted, comme elle en rêve pour l’amour de ses enfants. On veut croire avec elle au retour de ce soleil dans sa vie. Inutile de connaître l’œuvre de Sylvia Plath pour aborder ce roman, en dépit de sa tournure biographique. Au contraire, l’écriture de Kate Moses, empreinte de la poésie de Plath, est un portrait délicat et sincère qui ne peut que donner envie de découvrir la source de son inspiration.

A noter que la mise en page et l’édition choisies par Le Petit Quai Voltaire viennent apporter leur part à l’atmosphère du roman avec une sobriété poétique qui exalte l’hiver et la neige et un papier doux et délicat comme ceux des recueils de poèmes.

Froidure est un petit trésor, lumineux et triste. Un hommage savamment construit, avec compassion et lucidité. Kate Moses réussi là une belle épreuve de style, dont, hélas, le charme poétique risque de ne pas être à la portée de tous.

«  C’est quelque chose d’autre, une chose fragile et bien réelle. Elle en caresse les contours, à l’instar de Nicholas en ce matin de Noël : la vulnérable naissance de sa foi en elle, nue comme un nouveau-né, et sur laquelle, malgré elle, elle se repose. »

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