Un collectionneur allemand, premier roman prometteur

Un collectionneur allemand est le premier roman, court mais ambitieux, de Manuel Benguigui, publié en cette rentrée littéraire hivernale par les éditions du Mercure de France. Une plongée dans le Paris de l’Occupation à travers le personnage d’un capitaine de la Wehrmacht préposé au rassemblement et au classement des œuvres d’art destinées à être envoyées en Allemagne.

Depuis toujours, Ludwig est passionné par les œuvres d’art. Sa vie est orientée vers un seul but : les voir. Il a l’œil absolu, il débusque les chefs-d’œuvre où qu’ils se cachent. Lorsque débute la guerre, il fait le forcing pour être intégré à l’ERR, l’unité chargée de gérer les œuvres d’art prises par l’armée d’occupation.

Non que Ludwig soit particulièrement anti-juif : lui, il voudrait aussi prendre les œuvres d’art chez les marchands non-juifs – seul l’intéresse le plaisir de pouvoir contempler les merveilles. Mais ses talents se remarquent et font de lui le protégé de Goering, collectionneur enragé. Ludwig aurait traversé la guerre le nez dans les tableaux s’il n’avait rencontré Lucette, une Française passionnée d’art comme lui. Pour la première fois, il s’intéresse à autre chose qu’à la peinture. Pour la première fois, l’amour l’étreint. Il ne fait toutefois pas bon s’aimer dans la France en guerre. Surtout lorsque ceux qui s’aiment sont une Française et un Allemand. On n’en dira pas plus…

Pour son premier livre, Manuel Benguigui s’aventure donc du côté du roman historique. Des années 1940 à 1945 à Paris, il offre toutefois une reconstitution sobre, sans détails excessifs : le monde est décrit au travers des yeux du personnage principal, qui ne s’intéresse précisément à rien d’autre qu’aux œuvres d’art. Mais quelques mots suffisent à rappeler au lecteur qu’en-dehors de la bulle où s’est enfermé Ludwig, l’époque est terrible. L’impression est d’autant plus forte que le livre s’attache à faire contraster la beauté des œuvres d’art contemplées et répertoriées par Ludwig avec la brutalité des spoliations par lesquelles il accède à ces œuvres. Du seul personnage historique de sa fiction, Hermann Goering, Benguigui dresse par contre un portrait étonnamment peu sévère. Personnage gargantuesque, rongé de chagrin par le décès de sa femme, il donne au Collectionneur allemand ses rares moments de comique.

Sur ce fond historique, le personnage principal se meut sans paraître vraiment atteint. En préambule au Collectionneur allemand, un paragraphe nous explique d’ailleurs que « De son plus jeune âge, Ludwig fut absorbé par l’art. Il vivait par les œuvres, pour les œuvres, et rien d’autre. Leur vision, leur vision seule et simple lui tenait lieu de nourriture fondamentale. […] Ludwig se contrefichait de la Terre et de ses habitants ». Ces lignes, destinées à pitcher le protagoniste, apparaissent bien superflues, tant les caractéristiques du héros ressortent efficacement de l’écriture de Benguigui. Mais ce préambule résume aussi la limite de ce premier roman : malgré son amour pour Lucette, Ludwig reste ce personnage hors du temps, hors du monde pendant tout le livre, qui dégage dès lors une étrange impression de fixité et semble peuplé plus par des idées de personnages que par des êtres de chair. Ce parti pris finit par désarçonner quelque peu. S’agissant d’un premier roman, on ne sait encore s’il faut l’attribuer à une volonté de l’auteur de rester cohérent avec la personnalité de son héros, ou s’il révèle la difficulté du romancier à véritablement donner vie à ses personnages.

On a hâte de lire un deuxième roman, pour juger sur pièce…

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