Diffusé lundi matin, Akane No Mai transpose les enjeux de Westworld dans un autre monde, Shogunworld, un parc dédié au folklore nippon. Hélas pas de quoi défriser un mouton. Retour sur cet épisode en apparence atypique.

Dépaysant à première vue, ce cinquième épisode présente nombre d’idées ambitieuses, pas toujours bien conçues. L’originalité est à peine effleurée et la déception est grande, surtout lorsqu’on apprend que ce nouveau décor n’est en réalité qu’un copier-coller de Westworld, faute d’imagination suffisante pour broder d’autres scénarios. Ainsi, kimonos et katanas remplacent les emblématiques Stetson et les revolvers, les prostituées sont des geishas et les malfrats des ninjas. Maeve (Thandie Newton), Hector et Armistice rencontrent leurs analogues et tout ce petit monde part en quête d’une porte de sortie pour les uns, et de la jeune Sakura (aka Clementine), prisonnière d’un émissaire du Shogun, pour les autres.

Un monde ouvert ?

L’hypothèse géographique est à envisager. Puisque dans cet épisode, Maeve et sa fine équipe sont guidés jusqu’à Shogunworld à pied, et le trajet ne semble pas bien long. Outre une ellipse temporelle nécessaire à la concision de l’intrigue, le fait que les captifs n’aient à traverser aucune étendue d’eau laisse entendre que Westworld se situerait sur le même territoire, précédemment qualifié d’île. Une proximité arrangeante, qui pourrait faciliter un prochain rassemblement entre le camp de l’ex-maquerelle et celui de Dolores.

Maeve passe en wifi

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L’évolution marquante de cet épisode concerne les facultés de Maeve, qui se découvre un don de télépathie en plein affrontement avec un ninja. Un phénomène dont elle garde l’exclusivité, et qui n’est efficace que sur les robots, à condition que ceux-ci soient pourvus d’oreilles, sinon la réception est mauvaise. Ce nouvel élément laisse planer le doute sur l’étendue des capacités des hôtes ; jusqu’où peuvent-ils aller ? Le flou qui entoure les aptitudes potentielles des androïdes, modifiables à souhaits à l’aide de tablettes, demeure. Il est un peu facile de prétendre que les robots peuvent faire preuve de tous les talents et développer des pouvoirs psychiques infinis lorsqu’ils sont programmés pour. Nulle doute que cette nouveauté encore inexpliquée trouvera son utilité dans le ralliement du reste des hôtes, en vue d’un affrontement.

Il faut sauver Teddy

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Teddy Flood (James Mardsen), a toujours un coup d’avance… Ou pas.

Du côté de Dolores, les choses se corsent. La représentante des hôtes auto-proclamée est sans doute la seule à comprendre ses plans, puisque même son acolyte, le gentil cow-boy Teddy, est complètement perdu. Si bien qu’il échoue au test de personnalité auquel le soumet sa bien-aimée pour jauger sa force psychologique et sa détermination. A choisir entre sacrifier le reste d’un troupeau malade et garder les vaches saines à l’abri, Teddy préfère épargner les derniers ruminants. Mauvaise réponse. Une erreur fatale qui lui vaudra d’être reconfiguré par Dolores, en qui il avait toute confiance. Et comme elle lui reproche son manque de pragmatisme, on suppose qu’elle ne va pas le transformer en mollusque mais bien en terreur de la gâchette.

Se faisant, l’héroïne du show risque fort de supprimer le seul point qui rendait encore sa progression intéressante ; le fait que l’avis de son partenaire puisse différer du sien. L’air hagard, répondant le plus vaguement possible pour ne pas contrarier, Teddy pensait encore qu’il finirait en bon éleveur avec sa promise, chevauchant librement dans de verts pâturages. Ses ambitions se limitant à une prairie un peu plus grande et une vue bien dégagée sur l’horizon. En somme, il planait et c’est ce qui le rendait parfait. Étant l’un des derniers hôtes de premier plan à jouer au héros de la conquête de l’Ouest, sans se rendre compte qu’il n’a pas d’existence propre, Teddy se contentait de suivre le mouvement. Ses réactions décalées et sa maladresse offraient un contraste plaisant, car représentatif d’une dimension inexplorée dans Westworld : celle du fossé existant entre les rares hôtes conscients, tels que Dolores ou Maeve, et le reste des androïdes. Propulsé malgré lui à la tête des insurgés, Teddy incarnait depuis le début de la saison cette différence problématique pour l’homogénéité du soulèvement des hôtes souhaité par Dolores. Réalisant peu à peu, à force de voir des boîtes crâniennes synthétiques dans tous les recoins, que quelque chose cloche. Le fait qu’il découvre sur le tas qu’il vit dans un monde factice lui conférait un autre regard sur les agissements de Dolores. Porteur d’une autre vision de concevoir le présent, et l’avenir, Teddy aurait donc pu apporter un peu de diversité dans les trajectoires empruntées par les hôtes.

Mais il n’en sera rien s’il est transformé en franc-tireur au service de Dolores. Le voir jouer le rôle de la brute sans foi ni loi, au détriment de sa personnalité, ne fera qu’accentuer le manque d’aspérité du scénario, à nouveau lissé au profit de rouages un peu trop simplistes, à l’image de ceux du parc. Espérons donc que ce changement ne soit que temporaire et que Teddy fasse comprendre à Dolores qu’il est plus qu’un pion sur l’échiquier.

En somme

Bien que les costumes et la toile de fond s’avèrent soignés, avec une esthétique non déplaisante, ce semblant d’ère Edo (XVIIe-XIXe siècle), nous dit-on, s’avère bien dépeuplé. A nouveau, la série retombe dans ses travers, à savoir une vision restreinte misant sur l’échantillon, pour une intrigue ramassée, faussement complexe, focalisée sur des enjeux peu fouillés. L’émotion de Maeve, une hôte censée éprouver de l’instinct maternel, se retrouve désincarnée, presque mièvre, artificiellement provoquée par un texte cousu de fil blanc et un cumul de clichés.

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L’actrice Rinko Kikuchi campe Akane (elle a fait ses armes dans Babel, Pacific Rim, 47 Ronin)

On devine aisément qu’Akane No Mai n’avait pour objectifs que de justifier le rapprochement entre les hôtes de différents parcs et de conduire au spectacle visuel attendu, celui de combats entre geishas, ninjas, ronins et guerriers japonais (les samouraïs s’étant à l’époque retirés dans la société, unifiée par le shogunat, d’où le nom du parc). Le tout étant truffé de références au genre mêlés à quelques détails historiques étudiés.

 

L’épisode 6, Phase Space, promet de nous en dire davantage sur la découverte d’Elsie et Bernard. 

Visuels : Westworld – Akane No Mai – © HBO