Westworld rouvre ses portes pour une deuxième saison et s’offre un retour en grandes pompes : belles audiences, nouvelles énigmes et rébellion annonciatrice de grands bouleversements. Retour sur ce premier épisode et bilan la saison 1

Après avoir amorcé le dévoilement de ses mystères durant cinq épisodes et annoncé, par des incursions à peine masquées, l’armée de révélations subliminales qui attendaient le spectateur en fin de première saison, Westworld avait semble t-il tenu ses promesses. Alors que le premier acte de l’adaptation de l’œuvre SF de Michael Crichton brillait par ses grands airs et son hermétisme latent, nous étions pour les quatre derniers épisodes, littéralement ensevelis sous une flopée d’informations, de réalités croisées, de trompes l’œil et de faux-semblants. Si bien que le show s’est imposé comme la série à théories par excellence, en cohérence avec son fond asimovien. Tout le monde y est allé de sa petite hypothèse et les analyses pleuvent sur la toile. En plus de créer une dynamique créative, beaucoup de ces spéculations se sont avérées vraies, légitimées par ce long final extrêmement riche en rebondissements.

Souvenez-vous…

Le gentil William, prince charmant de Dolores, était en fait l’homme en noir, qui depuis a légèrement viré psychopathe, et Bernard, un robot fabriqué de toutes pièces par Ford à l’image d’Arnold, son ex-collègue mystérieusement suicidé. Le présent se transformait en passé, le passé en souvenirs, Dolores en proie à ses visions se souvenait avoir été programmée pour tuer Arnold, son créateur, et perpétrer un massacre qui clôturait les festivités des actionnaires du parc en une soirée sanglante, où Ford se faisait abattre d’une balle en pleine tête. En dix épisodes, la fameuse boucle était bouclée.

Mais tout ceci était-il digeste pour autant ?

Westworld_Saison1

Maeve Millay (Thandie Newton)

Car en dépit d’un succès quasi-unanime, d’une photographie élégante, d’un casting efficace (pour le quatuor Hopkins/Harris/Rachel Wood et Wright), et d’une bonne B.O. menée par Ramin Djawadi, à l’origine des thèmes épiques de Game of Thrones, Westworld faisait figure de (jolie) coquille vide. Le show peinait à faire oublier l’étonnante vacuité de son parc, pourtant gigantesque mais dépeuplé en backstage, sa perception stéréotypée du vice et la dilution de ses enjeux dans une intrigue flottante. Au lieu d’exploiter pleinement ses ressources, la série s’appliquait à démontrer au travers de personnages secondaires souvent moyens, et par l’éternel clivage du bien et du mal, des duos de bons et de méchants, que le parc a ses bons comme ses mauvais côtés. Mauvais côtés attribués au penchant prétendu naturel de l’Homme pour le pouvoir et les interdits moraux que lui imposent les lois sociales. Le postulat de base se résumant à ce que tous les clients de ce genre d’attraction soient venus pour tuer, piller et/ou violer. Les hôtes n’étant là que pour satisfaire les soient-disant pulsions des visiteurs et, sait-on jamais peut-être, les cultiver.

Le problème étant que cette facette manichéenne du parc, qui occupe tout de même une grande partie de la saison 1, n’est qu’un pans de la réalité complexe induite par l’expérience Westworld. Le fait que la production veuille à tous prix imposer son cahier des charges, finissait par accessoiriser la provoc’ et obstruer notre vision globale du lieu, de sorte qu’on ait l’impression de regarder le parc par une lorgnette, de n’en voir qu’une infime partie, déclinée à l’infini.

Westworld Saison 2

Le budget du parc permet de garder des méca-bisons dans une salle vide, mais pas d’embaucher. Il faut bien faire des choix.

Que l’humanité puisse surgir du fabriqué et non des êtres-humains, ou qu’un individu puisse s’extraire d’un scénario pré-écrit pour faire de bons choix sont, en comparaison, des thèmes évoqués bien tardivement et relégués au second plan. Alors oui, nous sommes allés un poil plus loin avec le rapport de l’humanoïde à son créateur, référence biblique oblige, et de la quête identitaire qui en découle. La suite se fait attendre.

Ainsi, malgré sa volonté appuyée d’imposer comme captivant ce qui ne l’est pas d’emblée et de faire du spectaculaire avec des ressorts éculés, Westworld n’était pas parvenue à se hisser à la hauteur de sa réputation. Trop lisse, provoquant sans pour autant fasciner, mais armé d’atouts indéniables, le show passait à côté de ce qui aurait pu le rendre réellement magistral.

A présent que la rancoeur des fans inconditionnels de la série est bien attisée, passons à la saison 2.

L’épisode nous a été proposé lors d’une soirée Samsung. Les nouveaux modèles QLED ont été présentés avec notamment une partie SmartTV bien pensée, très fluide et surtout qui redéfinit l’expérience spectateur. La télévision est morte, vive la télévision intelligente. Le contenu n’a jamais été aussi accessible. Le téléviseur est désormais le compagnon indispensable. On le sait, notre écran portable a pris le pas sur l’écran du salon et Samsung y a réfléchi. Lors de la soirée qui associait Samsung avec OCS, il était bien clair que ce dernier propose du contenu premium qui doit se ressentir dans l’expérience spectateur. Une qualité QLED évidemment irréprochable permette aux séries HBO dont Westworld d’en tirer profit… ou inversement.

Le premier épisode de la saison 2, “Journey into Night“, s’ouvre sur la suite directe de la tuerie perpétrée par les robots. Un scénario conçu par Ford comme l’inévitable revers, sans doute expiatoire, de la cruauté des visiteurs de Westworld envers ses hôtes. Un final, qui au passage, nous offrait les meilleures scènes de toute la saison, laissant (enfin) éclater la verve lyrique de la série et le potentiel dramatique du concept Westworld.

Bernard s’éveille sur les berges du lac, après avoir perdu conscience lors de la soirée d’inauguration du nouveau scénario de Robert Ford. Voyant que les hôtes continuent de traquer les survivants, il se fond parmi eux et retrouve Charlotte, avec qui il regagne un bunker du parc où est stocké l’ADN des visiteurs. Maeve, bien décidée à partir sur les traces de sa fille, se met en quête de celle-ci en compagnie de l’insupportable Lee, qu’elle menace, et d’Hector, son nouvel amant. Dolores, qui a pris la tête de la rébellion, pourchasse les humains qu’elle n’hésite plus à abattre, sur une plaisante version au clavier de l’indémodable « The Entertainer » de Scott Joplin. Elle fait part à Teddy de son intention de conquérir le monde des Hommes et de mener les hôtes vers un tout nouveau destin, libéré du joug de l’occupant. Un nouveau jour se lève sur Westworld, voyant les hôtes s’organiser pour mener à bien de mystérieux projets.

Westworld Saison 2

Dolores (Evan Rachel Wood) et Teddy (James Marsden), en pleine contemplation

Sans être excellente sur tous les plans, cette reprise en douceur s’avère maîtrisée, agréable, et suscite la curiosité. Bien que demeurent quelques défauts de la première saison, il faut admettre que ce premier épisode annonce un virage qui pourrait tout changer. Le fait que les robots se soient extraits de leur carcan routinier et deviennent à présent les maîtres de leur destinée, a mis fin à l’interminable suspens du soulèvement qui planait sur la saison 1. Désormais, les nouveaux scénarios qui permettent aux hôtes de s’extraire de leur boucle pour désirer des choses plus profondes que celles pour lesquelles ils ont été conçus, les rapprochent de l’humain, sans qu’ils le soient totalement. Ils en ont l’apparence, les expressions, les désirs, mais restent des androïdes sophistiqués. Et c’est là tout l’intérêt. La question est de savoir s’ils vont opter pour la logique du mimétisme et vouloir ressembler à leurs créateurs, ou s’ils vont aller vers “autre chose”. Dans son discours un peu évasif à Teddy, Dolores semble désigner cette « autre chose », un ailleurs. Elle définit son utopie comme une réalité où les hôtes pourraient perdurer sans être soumis et menacés par les Hommes, ce qui suppose, pour elle, une prise de pouvoir totale.

Il serait intéressant de voir les robots dévier de la trajectoire évidente du “grand remplacement” (bien fondé, cette fois), pour essayer de bâtir leur propre société, différente du modèle imposé et consciente de leur nature bien distincte de celle des êtres-humains.

Malgré le fait que les hypothèses plus ou moins fantaisistes, selon lesquelles la saison 2 verrait un crossover avec un nouvel univers, se trouvent infondées, l’existence d’autres parcs est à nouveau évoquée. Ce qui nous laisse supposer que la suite de Westworld inclura d’autres aperçus de mondes existants, tel que ce fut le cas avec les samouraïs dans le dernier épisode, “The Bicameral Mind“.

Westworld Saison 2

Bernard Lowe (Jeffrey Wright), entre deux mondes

Il n’y a plus qu’à espérer que Westworld se recentre et puisse enfin développer ce qu’elle a suggéré en fin de saison dernière, en proposant d’autres choses, plus inédites que la problématique du « Qui tire les ficelles ? » et qu’un étalage de symboles métaphysiques ou un énième jeu de piste labyrinthique.