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Series Mania 2021 : une classe au-dessus

55 séries, 22 pays, 8 jours de festival, des heures et des heures de séances… Une édition de Séries Mania particulièrement riche et qualitative. Focus sur ce qu’il ne fallait pas manquer (ou pas).

Prenons déjà rendez-vous pour la prochaine édition de Séries Mania qui se déroulera à Lille du 18 au 25 mars 2022 !

880 jours. Tant de temps que l’on attendait impatiemment la nouvelle édition du festival, après quelques péripéties sanitaires que nous connaissons malheureusement tous. Après avoir sacré The Virtues et son acteur Stephen Graham en 2019, une édition placée sous le signe des retrouvailles avec le public, que Laurence Herszberg met en avant lors de la cérémonie d’ouverture, exceptionnellement diffusée sur la chaîne Culturebox et baguettée par Daphné Bürki. Une diffusion qui aurait mérité une suite équivalente pour la cérémonie de clôture (avec un excellent Alex Vizorek à la présentation !). Mais bon, passons.

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Tou‧te‧s les héro‧ïne‧s ne portent pas de cape

C’est peut-être le festival qui nous a trop manqué en 2020, mais cette édition nous a projeté les plus belles émotions humaines au travers de certains titres. Comme Pørni (diminutif du prénom Pernille), mère de famille qui tente de jongler entre la vie de ses enfants, la mort de sa sœur, ses aventures sentimentales, et son boulot d’éducatrice dans un centre de protection de l’enfance. Une émouvante ode à la vie et à la mort qui ne laisse pas indifférent. [Diffusée sur Viaplay là-bas, pas de diff française]

 

Toujours côté scandinave, dans Kamikaze, où l’on suit Julie, tout juste majeure, apprenant la mort de sa famille dans un crash d’avion, et tentant de faire son deuil comme elle le peut. Mais elle n’y arrive pas, et affronte ses plus grands démons dans un voyage aussi loin physiquement que mentalement. Son interprète, Marie Reuther, a été à juste titre récompensée par le prix de la meilleure actrice. [Prochainement sur HBO Max, pas de diff française]

Quand un infirmier psychiatrique, très proches de ses patients et réglant la majorité des situations, s’emmêle dans ses propres problèmes. C’est l’histoire de Nik Katira et de son unité, dans Wakefield, qui s’avère être le nom de l’hôpital. Une narration sous différents angles de vues, pour une série australienne touchante et drôle. [Diffusée en avril dernier sur ABC Australie, pas de diff française]

Je ne pouvais terminer cette catégorie sans évoquer l’excellente We Are Lady Parts, comédie british mettant en scène la musique punk et la religion musulmane dans un cocktail incroyable et rafraîchissant. Il faudra suivre ces actrices dans leurs prochains projets ! Gros gros coup de cœur. [Déjà diffusée de l’autre côté de la Manche et dispo FR chez BrutX le 15 septembre]

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Des récits d’hier et d’aujourd’hui pour demain

Certains islandais se sont posés le pourquoi du comment la pêche a été privatisé dans les années 80 par le gouvernement. C’est dans ce contexte que, dans Blackport, nous suivons l’évolution d’un village entièrement dédié à cette pratique, où ces quotas mis en place transforment le quotidien de tous ses salariés. Histoire méconnue y compris par les Islandais, une belle histoire à dévorer avec arrêtes. [Prochainement sur RUV en Islande, sur Arte en 2022]

Les séries LGBT+ ont eu une belle place dans la sélection. Sort Of (Canada) décrit le quotidien de Sabi, non-binaire, pakistanaise, nounou le jour, barmaid la nuit, tentant de vivre au mieux entre les regards sur son genre, sa relation compliquée avec sa mère, sa carrière et ses choix amoureux. Une remise en question qui s’accentuera lorsqu’elle est invitée à vivre une nouvelle partie de vie à Berlin avec sa meilleure amie, mais qu’un accident se produit dans sa famille de garde. Du côté de Vida de Colores (Colombie), c’est Yerit, artiste danseur non-binaire, que nous suivons essayant de protéger sa mère d’adoption, trans, qui vient de subir une attaque homophobe violente. 2 séries, avec 2 regards différents mais si proches des réalités que peuvent subir ces personnes. Et donc des regards qu’il faut suivre pour comprendre le monde actuel. D’autres séries étaient en compétition dans les formats courts, comme Iggy & Ace (Australie), Cross (Argentine) ou encore Fragrance of the First Flower (Taïwan), qui on l’espère pourront se trouver sur des plateformes gratuites.

L’héritage musical peut nouer des liens entre les générations, c’est le sujet de The Echo Of Your Voices (Israël), et nous narre la success-story de la famille Shemer : le père Ari étant une légende des années 70 avec son groupe, le fils Kobi peinant à trouver la reconnaissance auprès de ses pairs, et le petit-fils Lenny débordant de talent et tentant de passer les étapes pour devenir la Nouvelle Star. Une série touchante et familiale, tellement qu’ils ont remporté à 3 le prix d’interprétation masculin. [Pas de diff française]

Et si un virus décimait tous les adultes sur Terre et laissait tous les enfants et adolescents survivre dans ce nouveau monde, c’est le postulat de départ d’Anna, série italienne signée Niccolò Ammaniti, écrivain bien connu des festivaliers grâce à Il Miracolo présentée en 2018. Série tirée du roman postapocalyptique de 2015, et tournée juste avant la pandémie que nous vivons, toute ressemblance en est troublante. Une poésie grandiose en 6 épisodes, le style et la narration italienne donnent un rendu si beau à l’écran pour un propos sombre sur l’innocence enfantine perdue. [Déjà diffusée en Italie, sur Arte.tv le 10 septembre et plus tard en linéaire]

jeune et golri series mania

French Qualität

Et du côté de chez nous ? Eh bien on continue d’explorer de nouveaux horizons. Cette année, une thématique était présente parmi les compétitions : le stand-up. Et c’est avec Jeune et Golri, création d’Agnès Hurstel, campant Prune, stand-uppeuse, rôle de composition donc, qui enchaîne les scènes sans grand succès. Après la rencontre avec Francis, « légèrement » plus âgé, et surtout de sa rencontre avec la fille de Francis, l’inspiration est toute trouvée : nouveau spectacle, nouvellement belle-mère.

Ce n’est pas vraiment une nouveauté mais la proposition est notable : Germinal, œuvre de Zola, est revenue sous forme de série, tournée localement dans les environs lillois, casting fort (Thierry Godard, retrouve Guillaume de Tonquédec, Jonas Bloquet, Pascale Arbillot, Louis Peres, Alix Poisson…), sujet étudié et connu. Et force est de constater que le résultat est impressionnant, l’intensité et la souffrance de l’époque sont représentés à merveille, pas de surjeu, pas de répit. Ce n’est pas étonnant qu’elle ait remporté le suffrage du Prix du Public. [Déjà sur Salto, prochainement sur France 2]

On peut également noter deux créations qui valent le détour : L’Opéra, récit parallèle d’une danse étoile de 35 ans se remettant en cause car trop vieille et fêtarde pour le nouveau directeur de l’Opéra de Paris, et d’une nouvelle danseuse noire de 19 ans prête à faire ses preuves dans un monde si élitiste. Beau casting et belle réalisation pour belle création originale [dès à présent sur OCS]. Et Le Code, procédural efficace sur un cabinet d’avocats avec leurs caractères et leurs passionnantes défenses et espérances (Idriss Toma, l’un des personnages principaux, vit avec un fragment de balle dans la tête qui peut être fatal du jour au lendemain). A noter que ce même Idriss, interprété par Daniel Njo Lobé, est l’une des voix françaises d’Idris Elba, et c’est toujours plaisant de les voir dans des rôles au cinéma/en télévision en plus de leur carrière de doubleur. [Prochainement sur France 2]

Parmi les évènements de la semaine, la nuit des comédies : 7 séries diffusées entre 2h et 5h du matin pour les plus tenaces. Et la France nous a gâtés de 2 titres franchement barrés : la première, Brigade Mobile, présentant la nouvelle vie d’Audrey Langlois, gendarme nouvellement affectée à une brigade de proximité doté d’un camping-car de compétition, qui ne veut pas laisser son enquête entamée. Un mockumentary mélangeant Capitaine Marleau et Leslie Knope, vraie bonne surprise personnelle. [sur Arte.tv en décembre] La seconde, Les Tribulations de George et Fernand, sketchs rapides et anthologiques de 2 losers assez naïfs mais si attachants. [Pas encore acheté par une chaîne]

la Corde Series Mania

Les quelques déceptions et ratés

La nuit des comédies n’aura pas laissé que de bons souvenirs. Que ce soit Bloods (duo d’ambulancier et choc des générations pour bâillements en sirène), Frank of Ireland (musicien raté vivant chez sa mère qui doit sortir un album pas encore écrit), ou encore Fisk (quinquagénaire obligée de prendre un boulot d’avocate dans un cabinet pas génial). Cela dit, Fisk a remporté le prix des lycéens, alors peut être… [Aucune de ces 3 séries n’ont été achetées en France]

Côté France, La Corde, adaptation du roman éponyme, histoire de la découverte d’une corde qui s’enfonce dans la forêt. Forcément, une équipe de scientifique cherche une explication, et surtout le bout de la corde, on y a trouvé un arrière-goût amer et soporifique. 3 épisodes, 3 heures, c’est l’occasion de tester autre chose. [Prochainement sur Arte]

Et que dire de cette incroyable idée d’Or De Lui, attention jeu de mots, où un VRP indésirable par son boulot et par sa femme se met à chier de l’or, sa vie change du jour au lendemain. Voilà, j’ai pas mieux. Ça se tente si vous aimez cet humour. [Prochainement sur France.tv]

the bite series mania

Le reste en vrac

Les séries d’ouverture et de clôture n’ont pas eu d’effet. La britannique Vigil a des airs de déjà-vu (une enquête à la Line of Duty transposée dans un sous-marin) et l’américaine Chapelwaite nous endort dans une malédiction de famille et maison hantée du XIX siècle. On passe. [Vigil : prochainement sur Arte ; Chapelwaite : prochainement sur Prime Vidéo]

On a déjà usé l’univers carcéral dans beaucoup de séries, mais Time, mini-série britannique de 3 épisodes, relate la vision d’un nouveau prisonnier rongé par la culpabilité d’un accident mortel avec celui d’un agent pénitentiaire bienveillant mais constamment sous pression de ses prisonniers. Le duo Sean Bean / Stephen Graham est époustouflant et vaut à eux seuls un visionnage comme il se doit. [Déjà diffusée en juin outre atlantique, prochainement sur Canal+]

Mytho revient aussi en forme qu’en saison 1. Les péripéties de cette famille dysfonctionnelle, menée par le daron à l’hygiène beaucoup trop discutable, s’enchaînent malgré le départ de la malade imaginaire Elvira après la révélation du mensonge de fin de saison, mais elle surveille tout de même d’un œil avisé. [7 octobre sur Arte]

Côté USA, The Bite confirme le talent des King (et d’Audra McDonald) dans la comédie d’horreur sur une invasion de zombies [vite, un diffuseur !] et l’alchimie Baldwin-Slater-Jackson fait des étincelles à confirmer dans Dr. Death sur un chirurgien aux interventions plus que discutables [sur Starplay le 12 septembre]. Pour Kevin Can F*** Himself, sur la vie d’une épouse modèle se réveillant de son mari ingrat, le choix du double style sitcom/drama est certes déroutant mais intriguant [déjà sur Prime Vidéo]

Un peu de futur fictionnelle coréenne avec Mouse, où l’on a appris à identifier les futurs psychopathes grâce à un test ADN sur les fœtus. Mais que peut-il se passer de grave ? 20 épisodes de 80 minutes qui méritent d’atterrir sur Netflix pour compléter leur offre coréenne déjà bien servie. [Pas de diff française]

Une famille de vampires russes qui assument l’humour ? C’est The Vampire of Midland. Un nouvel an arrosé et un coup d’un soir qui s’avère être une star internationale ? C’est Starstruck (UK). L’enquête d’une psychiatre-coroner après une tuerie dans une école et ses effets collatéraux ? C’est Bête Noire (Canada). Des séances très intéressantes, et on espère que tout ça sera diffusé un jour chez nous.

 

Pour retrouver le palmarès complet de cette édition 2021, c’est là https://smallthings.fr/series-mania-jeune-golri-germinal/

Tom Witwicky
Créateur de SmallThings, 1er Geek Picard de la planète Exilé dans le 92

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