Tout le monde est sériephile, du moins tout ceux qui voient plus d’une série par jour. Mais un vrai sériephile de nos jours, c’est quoi ? Un adulte qui a grandi avec les séries ? Une personne qui voit toutes les séries qu’il faut regarder ? La définition est floue. Je ne cherche pas à définir le mot mais à définir les étapes de ce bonhomme étrange.


 

Partie 2 : La rencontre – Le pilote

Le pilote est la première étape logique pour rencontrer une série. Je dis rencontrer car c’est vraiment ce qu’il se passe quand on se met à visionner cet épisode.

J’ai peu de souvenirs de situations liées au pilote. Par exemple, je ne me souviens plus de la première fois où j’ai vu X-Files. La seule expérience significative fut avec Dawson. Je trépignais en voyant les teasers sur TF1 de cette série évènement, pourtant je n’ai regardé Dawson que la troisième semaine de diffusion en 99, trois épisodes à la suite, je me souviens encore de la réaction de mon père quand le troisième épisode était annoncé : « Encore ?! » Cette diffusion en masse (deux épisodes sur VHS et la diffusion de l’inédit TV) a été sûrement le traitement le plus efficace pour que j’adhère à la série. Le pilote de LOST était aussi un souvenir spécial. J’avais téléchargé le pilote en deux parties et je l’ai regardé sans sous-titres. Je savais que j’avais devant moi une série qui allait faire du bruit.

Le pilote est là pour présenter une situation, des personnages et surtout donner envie de continuer ! Quiconque a regardé LOST a été bluffé par la mise en place d’éléments perturbants, d’une situation impeccablement mise en place. Si le scénario n’avance pas comme il se doit, les personnages sont là pour faire fonctionner la machine et faire marcher l’affect.

Comme nous avons accès plus « facilement » aux séries, la quantité de produits sériels proposés permet de faire un tri plus rapidement et l’étape du pilote est souvent cruciale. C’est là que certains s’élèvent et vont vous répondre : « attends 6/7 épisodes et après ca devient bien ! » On l’a tous entendu. A une autre époque, nous nous arrêtions au premier épisode sans vouloir continuer. Et encore, nous pouvions regarder l’épisode 2 ou 3 mais jamais au-delà. Et si la plupart des séries arrêtées l’ont été pour de mauvaises raisons ? Pourquoi une série devrait être à regarder s’il ne faut pas moins d’un quart de saison pour que cela démarre enfin ?

Dans ces cas là, le pilote n’a pas joué correctement son rôle. Une série ne doit pas avoir 6 épisodes-pilotes pour qu’enfin on s’y intéresse. Si c’est le cas, il est fort à parier que la série sera bancale. Dans le cas de Community, le pilote est quasi un OVNI car totalement dénué de vrai second degré comme la série proposera dès son second épisode.

Bones / Castle : même combat ?

Bones / Castle : même combat ? @FOX / ABC

Mais y’a-t-il eu des séries qui ont eu un mauvais pilote et le reste d’une qualité supérieure ? Oui beaucoup. Le pilote n’a pas à être bon, il doit donner envie, proposer une note d’intention intéressante. Le pilote du Caméléon ne m’avait pas marqué tant que ça et pourtant la série semble avoir trouvé ses marques rapidement et proposé une mythologie et un affect imparable.
Que dire des formula shows qui propose une formule que l’on connait ? C’est le rôle des personnages de définir les attentes des spectateurs. Bones et Castle fonctionnent sur un même schéma mais pourquoi revenir en deuxième semaine ? Le capital sympathie des personnages joue beaucoup et de plus en plus. Je lis des dizaines de tweets de sériephiles qui disent : « sympa cet épisode, heureusement que « machin » était là ». L’intrigue ne prime plus, on veut retrouver des personnages, des amis, des gens qui nous parlent. N’est-ce pas l’exact contraire du rôle du pilote ?

X-Files – premières secondes du pilote @FOX

On ne réagira pas de la même façon face à un pilote car les personnages ne peuvent pas être attachant en un épisode, il faut donc miser sur l’intrigue. Dans le cas de séries non dramatiques, c’est une mission périlleuse. Buffy a su mixer des personnages forts dès le début avec une intrigue fraiche. L’originalité du propos tient donc de note d’intention. Supernatural ne propose pas un background énorme pour les personnages, on les connait juste via un trauma familial mais ayant en face de nous des personnages avec un passé qu’on ne partage pas. Il faut creuser pour arriver à créer des personnages avec une base qui ne fera que s’enrichir.

C’est le lot de beaucoup de drama familial comme Parenthood ou Brothers and sisters que d’être tout de suite addictive car ce sont avant tout des séries character-driven plutôt que plot-driven… Pour la série Now And Again dont on a parlé il y a peu, le mix des genres a tout de suite fonctionné.

Le sort de ce pauvre Michael Wiseman (impeccable John Goodman) est de suite prenant et pesant. Ce qui tient du génie et qu’on nous propose de se prendre d’affection pour un personnage qui n’existera que sous l’enveloppe d’un autre acteur (impeccable Eric Close) ! Série magistrale dans son traitement et son style, Now and Again m’a bluffé durant son pilote (en trois parties… ça aide)

Pour House, on a de suite un personnage fort et autour de lui des personnages qui n’ont pas besoin d’être absolument travaillé dans le pilote pour exister. POur une sitcom, il y a une principale mission : être drôle. On ne regarde pas une série de ce genre juste parce que les personnages sont attachants, ils le sont car ils sont avant tout drôle et en décalage avec leur psychologie.

Que reste t-il des pilotes quand une série atteint 5 saisons ? Fait-il parti des meilleurs épisodes de ces séries? Rarement. On se replonge dans un pilote avec un goût et un regard différents. C’est autre chose avec les épisodes qui suivent, ceux qui nous touchent et qui nous font presque plus d’effets que le pilote, ceux qui nous font dire : putain de série.

Partie 1 : Le constat – être sériephile

Partie 3 : La fusion – Les évènements spéciaux

Partie 4 : L’évidence – Quand ça devient moins bien

Partie 5 : Le deuil – La fin d’une série