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Woodstock 99 : Netflix et HBO, le combat des documentaires

Woodstock est un nom qui résonne comme le festival le plus emblématique de l’histoire de la musique. En 1969, ce festival a marqué les esprits et 30 ans plus tard, Woodstock 99 aurait dû être un hommage vibrant… Ça a été tout le contraire.

Netflix propose Chaos d’anthologie – Woodstock 99, un documentaire en trois parties. Si le grand public découvre les dessous de l’événement avec ce documentaire, HBO a proposé sa version des faits l’année dernière avec Peace, Love and Rage.

Rappel des faits

Woodstock 69 et Jimmy Hendrix, c’est à peu près ce qu’on associe le plus souvent. Ce festival avait accueilli des centaines de milliers de personnes dans une ambiance hippie, décontractée, matinée de mouvements anti-guerre du Vietnam.

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Michael Lang est le promoteur de ce premier Woodstock. Il a réitéré l’exploit en 1994 pour les 25 ans. L’édition a été plutôt réussie malgré une pluie diluvienne qui a transformé Woodstock en Mudstock ! Si 150 000 billets avaient été vendus, c’est deux fois plus de monde qui ont été présents puisque les barrières, de simples grillages, ont été saccagés, laissant le champ libre.

La boue avait rendu le festival mémorable tout comme ce bête problème de sécurité.

5 ans plus tard, Lang retente l’aventure. Une ancienne base militaire de Rome près de New-York sera le lieu de l’événement.

Rage Against The Machine, Alanis Morissette, Dave Matthews Band, Moby, Metallica, Korn, Limp Bizkit font partie des invités. L’organisation semble assez sommaire. Voulant faire de ce festival un haut-lieu du plaisir et de la paix, les agents de sécurité sont en petits nombres, regroupés sous le nom Peace Patrol.

Rapidement, les coûts prohibitifs de la nourriture, la chaleur étouffante, le manque d’infrastructure et l’ambiance générale font de ce Woodstock une bombe qui va exploser. Comportements déviants, foule excédée, dégradations, drogues, alcools, ce Woodstock 99 est tout sauf un festival de paix et d’amour.

Deux documentaires, deux histoires ?

Les deux documentaires racontent, évidemment, la même chose, mais sous un angle différent. Si le storytelling de Netflix est redoutable, HBO se concentre davantage sur le public plutôt que sur l’organisation. Peace, Love and Rage ne cherche pas vraiment de coupables, ou tout du moins, ne souligne pas en fluo les suspects.

Garnies d’images d’archives comme jamais, les deux documentaires nous montrent avec force l’ambiance générale du festival. Alors que les émissions de true crime font la part belle aux reconstitutions et aux images d’archives repassées en boucle, ces deux projets nous abreuvent d’images de l’époque. Cela n’empêche pas de raconter différemment des événements. Si Chaos d’anthologie – Woodstock 99 sur Netflix appuie les déclarations des personnes interviewées et des faits relatés avec certaines images, Woodstock 99: Peace, Love, and Rage de HBO peut utiliser les mêmes images sur un propos différent.

Il faut souligner le regard assez progressiste du documentaire HBO avec de longues séquences sur le féminisme, le sexisme, la situation américaine et la place de l’homme blanc dans le contexte. Il va même jusqu’à critiquer la programmation avec trois chanteuses seulement (Sheryl Crow, Jewel et Alanis Morissette) face à des groupes masculins. Les deux projets ne manquent pas, cela dit, de raconter l’ambiance générale de 1999. Quelques mois avant, la tuerie de Columbine s’est déroulée, Bill Clinton était empêtré dans l’affaire Monica Lewinsky et la peur du bug de l’an 2000 instaurait un climat de méfiance et d’apocalypse.

Chaos d’anthologie impose un storytelling redoutable. Comme une catastrophe annoncée, le documentaire ne manque pas de raconter d’une manière précise les faux pas de l’équipe organisatrice et de matraquer le schéma de cause/conséquence à longueur de temps. Cet ensemble de mauvaises décisions en fait un documentaire qui se rapprocherait de celui sur le Fyre Festival, ce Festival qui devait être une gigantesque fête et qui s’est terminé en pétard mouillé.

Si certaines archives sont identiques, les deux documentaires prennent des marqueurs différents. Peace, Love, and Rage raconte avec moins de sensationnalisme le déroulé des événements alors que Chaos d’Anthologie semble chercher le moindre fait pour en faire une plaque tournante du fiasco.

Les deux documentaires sont clairement complémentaires. Si HBO demande à Moby de raconter son ressenti, Netflix le fera avec Fat Boy Slim. Ils ont pourtant vécu deux choses différentes avec un degré de dramatisation qui n’a rien à voir.

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Alors oui, Peace, Love, and Rage semble moins putassier, plus terre-à-terre que Chaos d’Anthologie (Trainwreck en VO) mais il a un regard plus sociétal sur cet échec artistique. En sortant du documentaire Netflix, on a une liste de coupables précise. Après celui de HBO, on émet plus de réserves et on en conclut que Woodstock 99 était surtout un ensemble d’épiphénomènes qui, vu de loin, ressemble à un énorme échec. C’est l’angle dans lequel on voit l’événement qui peut tout changer. Woodstock en 1969 était tout aussi catastrophique au niveau de la propreté, Woodstock 94 était un festival pourri par le temps. La version 99 était un mille-feuille de mauvaises idées, d’incompétences et de mauvais comportements.

Tom Witwicky
Créateur de SmallThings, 1er Geek Picard de la planète Exilé dans le 92

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