La deuxième saison de Westworld multiplie les ramifications narratives, différentes timelines pour tenter de reconstituer un tableau brumeux, celui d’une confrontation entre humains et robots qui peine à éclore. Avant de revenir sur le nouvel épisode, voici ce qu’il faut retenir des deux précédents.

 

Épisode 2, « Reunion » 

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Disponible depuis deux semaines sur OCS, Reunion, second épisode de cette nouvelle saison de Westworld, réunit un casting de premier choix et nous présente les choses sous un angle inédit.

Dolores n’a qu’un objectif, se venger des humains, et continue sa progression en compagnie de Teddy pour rassembler des forces alliées. William, de son côté, voit son intérêt pour le parc s’éveiller de nouveau grâce à la révolte des hôtes, avide d’en découdre avec des opposants imprévisibles, et l’escape game que Ford aurait concocté rien que pour lui.

Pour ce second épisode, nous sommes transportés au cœur d’événements clés ayant eu lieu avant et peu après l’ouverture du parc. On apprend qu’Arnold a convié Dolores dans le monde extérieur à plusieurs reprises, afin d’étudier ses réactions. La lueur d’émerveillement qui brille dans les yeux de l’androïde à la vue des grattes-ciel de nuit le ravie. Cette scène de quiétude à l’atmosphère impersonnelle illustre la naissance du rapport particulier qui les liera l’un à l’autre. Les racines du conflit entre Logan et William sont explicitées, dévoilant que William aurait su trouver un intérêt financier au parc auquel son vénal beau-frère n’avait pas pensé, écartant ainsi le fils légitime de son riche paternel, créateur de Delos.

Jeu de miroirs

Si cet épisode ne fait que renforcer l’impression de confinement qui émane de chaque scène, un choix artistique qui peut se discuter, il a le mérite de présenter Westworld sous de nombreuses perspectives. Dont l’une va se précisant au fil des épisodes et pourrait expliquer davantage les dessous de la création de Westworld. Cette métaphore, filée depuis la première saison, est celle du miroir. Une image qui fait du parc et de ses hôtes le reflet de l’humanité. Avec ses avantages, comme ses conséquences.

Cette idée resurgit maintes fois au cours de l’épisode, notamment lorsque Dolores admire les lumières de la ville et dit à Arnold que cette vision lui fait penser aux étoiles qu’on aurait « éparpillées au sol ». Une comparaison poétique qui, si elle peut paraître naïve, fait bien écho au fait que l’Homme s’est inspiré de la nature pour bâtir son environnement. Un monde réfléchi qui imite la nature, tout en cherchant à l’égaler, plaçant l’être-humain en grand architecte, qui s’accapare ce qui le dépasse pour satisfaire ses besoins. Plus tard, d’autres références du genre, beaucoup plus précises, viennent étayer cette conception. Après avoir aperçu Dolores au piano lors d’une réception donnée par son beau-père, William, de retour à Westworld, se confronte à celle qu’il a aimé. Il lui jette au visage qu’elle est bien moins qu’une chose car il voit en elle son propre reflet. Un phénomène rare qui, selon lui, pourrait en attirer plus d’un. Cette remarque n’est pas sans rappeler celle de Robert Ford, qui voyait dans le fameux tableau de Michel-Ange, “La création d’Adam”, Dieu comme le reflet de l’Homme.

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Robert Ford (Anthony Hopkins), aura su marquer les esprits.

Mais alors, que penser de toute cette symbolique ? Si le motif culturel du miroir n’est ni bon, ni mauvais, il peut mener à différentes conclusions. Il est souvent utilisé comme révélateur de vérités enfouies. Au cours de l’épisode, quelques pistes nous sont données. Dolores dit qu’une lumière inconnue peut être aussi effrayante que l’obscurité, et William que Westworld montrerait à ses visiteurs un reflet peu flatteur, mais réaliste d’eux-mêmes. Tout porte à croire que ces mises en garde répétées sur l’aperçu peu glorieux qu’offre le parc à ses clients ont leur importance. Puisqu’il s’agirait bien d’un moyen d’étudier les comportements humains, ce que William confirme ensuite en insistant auprès de James Delos (campé par Peter Mullan) sur les avantages exceptionnels que pourrait offrir une telle expérience. Bien qu’on ignore la suite de leur conversation, nous pouvons d’ors et déjà faire le lien entre la révélation que Charlotte fait à Bernard dans l’épisode précédent concernant la collecte d’ADN et d’informations sur les visiteurs par Delos. Car il serait plutôt logique de considérer Westworld comme une mine d’or de data exploitable financièrement comme scientifiquement parlant.

Un reflet lucratif que confirme l’épisode suivant, où l’on voit que l’hôte traqué par Delos, Peter Abernathy, désactivé après avoir occupé le rôle du père de Dolores, serait en possession d’informations compromettantes de haute importance. Un mystérieux fichier, enfoui dans les méandres de son code, qui pourrait bien devenir une monnaie d’échange pour le camp des robots.

En somme :

Bien qu’incohérent dans la représentation des premiers hôtes, censés être des prototypes tels que le barman aux allures d’automate conservé par Ford dans la première saison, Reunion nous livre enfin d’autres aperçus du passé qui entoure la conception et le financement de Westworld. On y retrouve d’excellents seconds rôles, tels que Giancarlo Esposito (L’irremplaçable Gus de Breaking Bad), Zahn Mcclarnon (Hanzee dans Fargo, saison 2), à nouveau Peter Mullan et Steven Ogg (Simon, qui fût l’un des derniers atouts de The Walking Dead).

Si le ton sentencieux sur l’avenir de l’humanité, à nouveau jugée « indigne » et en déclin, persiste, cet épisode renoue avec une certaine logique métaphysique présentée en saison 1. La question des similitudes entre humains et robots, et des questions morales qu’une telle ressemblance implique, pourrait être un angle à creuser pour donner du sens au face à face humains-hôtes. La relation particulière entre William, d’abord épris, puis pragmatique, et Dolores, une hôte sortie du circuit auquel sont soumis ses congénères, devrait être l’une des clés pour illustrer l’ambiguïté du rapport des robots à l’espèce humaine, et inversement.

Épisode 3, « Virtù e Fortuna » 

Virtù e Fortuna, l’épisode 3 sorti lundi dernier, fait état du premier affrontement direct entre Delos et les hôtes rebelles dans un fort colonial, menés par Dolores. L’origine du tigre retrouvé sur les berges lors du premier épisode nous est dévoilée dans une scène introductive qui se déroule au cœur d’un autre parc ayant pour thème l’Inde britannique des années 1920-30.

Longuet, mollasson, stagnant, cet épisode tourne en rond et ne fait que redire ce qui a déjà été maintes fois énoncé. L’ouverture censée introduire le nouveau parc auprès du spectateur peut laisser indifférent, puisqu’elle nous éloigne à nouveau de la trame principale, après un épisode 2 qui comportait nombre de parenthèses et de références à différentes périodes antérieures et intermédiaires. Il aurait été plus judicieux d’inclure ce nouveau pans de l’intrigue dans le premier épisode, plutôt que de revenir sur cet événement après autant de digressions.

La première rixe entre les hommes de Delos et le bataillon de Dolores est peu concluante, sans envergure et les tirs sont approximatifs, d’autant plus que les robots ne sont pas censés savoir tirer, sans entraînement, avec des armes de guerre modernes. La baïonnette serait inutile contre des snipers, par exemple, des mitraillettes ou des explosifs. Hors, les hôtes se défendent plutôt bien et aucun personnage principal n’y laisse de plumes. On en vient à douter de la soit-disant teneur du secret détenu par le papa de Dolores. Si les équipes de Delos tenaient tant à récupérer cette preuve aux conséquences encore inconnues, elles y mettraient les moyens. Et, pour l’instant, ces moyens sont encore bien limités.

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En somme :

A nouveau truffé de références évasives à des expériences de vie et des lieux dont nous ignorons presque tout, s’appuyant sur une écriture pauvre qui ne s’embarrasse pas de subtilités, Virtù e Fortuna déçoit et sonne bien moins riche qu’il n’y paraît avec son titre italien inspiré par Machiavel. Nous sommes très loin du soulèvement et de la résistance épique que les scénaristes semblent vouloir nous proposer. Le cliffhanger final, avec l’irruption du samouraï, vient disperser encore davantage les enjeux de cette saison, en ajoutant une touche sensationnaliste, qui pourrait bien vite s’avérer accessoire si elle ne trouve pas de réelle utilité dans la trame déjà bien étoffée de la série.

Alors qu’elle arrive à mi-saison, Westworld retombe dans ses travers, manifestant une tendance à complexifier sa narration pour un rendu kaléidoscopique pas toujours net et trop peu précis.

Mais l’épisode 4, The Riddle of the Sphinx, sorti hier, pourrait bien changer la donne.