The Bear, saison 5 (Disney+) : plus rien ne va
The Bear a achevé son run avec cette saison 5, disponible depuis fin juin sur Disney+. Après une saison 4 très décevante, va-t-on vers un grand final ?
Chaque mois de juin depuis 2022, The Bear arrive avec sa fournée de nouveaux épisodes. Une régularité qui fait plaisir.
La série engrange les récompenses dans une catégorie qui ne lui sied guère. En effet, c’est en comédie que The Bear concourt chaque année. Étrange. On ne rigole pas vraiment devant le quotidien du restaurant. D’ailleurs, quelle émotion est ressentie devant The Bear ? Car la tension n’est plus vraiment là depuis deux saisons.
Alors que les deux premières excellaient à montrer un restaurant en pleine ébullition avec des trajectoires humaines qui pouvaient devenir tragi-comiques, la série s’était senti pousser des ailes en saison 3, ne proposant que des « moments » à récompenses avec des guests, des morceaux de bravoure côté réalisation ou dialogues. Et la saison 4 ? Le grand vide.
The Bear a raté son service
Sans saveur, la série nous plongeait dans autre chose. Ce n’était plus un quotidien de restaurant, c’étaient des états d’âme dont on ne comprenait pas vraiment les enjeux. Des personnages étaient sacrifiés. Tina passait sa saison à tenter de cuire des pâtes en moins de 3 minutes. Rien d’autre. Marcus faisait de la figuration. Carmy chouinait et Sydney se questionnait. Rien d’autre. Le restaurant ? Aux abonnés absents. Il y avait bien cette intrigue ultra-secondaire des sandwichs qui n’aboutissait à rien. Et toute la saison n’a abouti que sur une frustration. Elle n’avait rien raconté. Le premier et le dernier épisode tentaient de donner l’illusion qu’on attendait quelque chose qui ne venait pas. On parlait d’inauguration d’un restaurant dont on ne savait rien. Et ça intéresse qui ?
La saison 5 était donc la dernière tournée. On allait finir en apothéose ? Non.
Une saison 5 sans âme
The Bear se termine dans le calme. Et le soulagement.
La saison 5 n’en fait pas trop. Il n’y a que 8 épisodes, contre 10 pour les saisons 2, 3 et 4. Pourquoi ? Pas assez de choses à raconter ? Sûrement. Quand on voit que les 5 premiers épisodes font à peine 22 minutes, on se dit que faire des épisodes de 40 aurait ramené la saison à 4 épisodes. C’est le grand cancer de cette époque sérielle. On ne sait plus quoi raconter dans les épisodes. On n’a plus aucune idée, on est piégé par son concept d’intrigue unique qui ne peut aucunement s’étendre, se dupliquer.
La saison 5 ne raconte rien pendant 6 épisodes. On a toujours les collègues qui s’engueulent, les questions qui se posent, les problèmes qui grossissent (ici, le restaurant prend l’eau à cause d’une pluie torrentielle). Mais où sont les vrais problèmes ? Même quand le restaurant prend l’eau, les décisions sont illogiques. On se pose trop de questions pour, au final, ne prendre que des mauvaises décisions.
Quand la saison s’emballe (épisode 7) et monte enfin au créneau, on a un épisode classique, voire redondant, où un service se passe dans le stress le plus total. Cependant, si c’est pour voir ça dans une manière quasi documentaire, autant se mater un bon Cauchemar en Cuisine qui raconte plus de péripéties en 1h qu’une saison de The Bear.
Rien ne va dans l’écriture. Les scènes s’enchaînent pendant 4 ou 5 épisodes sans raconter quelque chose. 20 secondes et on passe à un autre décor. 20 secondes et on passe à une autre scène. Et même les scènes d’une même intrigue ne se répondent pas. Et que dire de ce faux pas de Carmy (il fait tomber une assiette) qui fait tout basculer. On passe d’une cuisine qui n’a aucune denrée en stock à une cuisine qui change tout son plat car UNE ASSIETTE EST TOMBEE ?
Quand, enfin, on reparle des sandwichs, c’est pour lancer un arc en fin de série. Chapeau. Aucune maîtrise des hooks scénaristiques.
L’ultime épisode nous montre les directions de chacun dans un calme tout à fait plaisant. On se sent enfin embarqué dans une histoire, dans des sous-intrigues, des trajectoires de personnages. C’est posé. Mais c’est trop tard. Cet épisode aurait pu être diffusé juste après la saison 4. Ça aurait été totalement cohérent.
Finalement, on aurait aimé que The Bear nous montre un quotidien de restaurant avec, à chaque service, ses clients étranges, des demandes farfelues, des péripéties plus ou moins grandes. Au lieu de ça, on a eu des états d’âme en boucle, de personnages qui n’étaient même plus intéressants.
The Bear restera une série haut de gamme dans sa maîtrise technique. La prétention se situe dans l’écriture avec des moments, des instants qui ont pris trop de place au détriment d’une histoire qui prend aux tripes. Oui, les choix des personnages influent sur nos vies. Fallait-il en faire ce genre de série qui ressemble à un plat de maître ? Peu dans l’assiette, expérience à faire, mais au final, on a payé trop cher pour ça.
La devise de la série était Every Second Counts. Si chaque seconde compte, pourquoi la série en a perdu autant à ne pas raconter quelque chose ?




