Paradise, saison 2 (Disney+) : la série est-elle toujours aussi surprenante ? (spoilers)
La saison 1 de Paradise avait su mettre tout le monde d’accord grâce à un concept à la fois surprenant et ambitieux. La saison 2 de Paradise peut-elle réussir à nous surprendre à nouveau ?
On avait quitté Xavier en plein départ vers le monde extérieur. À bord de son avion, il partait retrouver sa femme après trois ans de séparation. Mais il faut attendre l’épisode 2 pour le revoir : le premier épisode est entièrement consacré à Annie (Shailene Woodley), une survivante du monde d’en haut. On découvre son quotidien d’infirmière, puis de guide à Graceland, jusqu’au moment où tout bascule. Prisonnière de son refuge, elle tente de survivre aux côtés de sa collègue. Les jours sont difficiles, mais la série parvient à captiver en explorant les “à-côtés” de la catastrophe — un terrain qu’elle maîtrise déjà.
On retrouve ici une mécanique bien connue : celle qui consistait déjà, dans This Is Us (autre création de Dan Fogelman), à explorer le passé des personnages pour susciter l’empathie. Un procédé efficace à ses débuts, notamment avec les personnages incarnés par Mandy Moore et Milo Ventimiglia, mais qui avait fini par sembler un peu artificiel à la longue.
Paradise use et abuse de ce gimmick avec Annie, Jane, Henry Miller, Gary le postier ou encore Link (Thomas Doherty, Tell Me Lies) — des personnages qui, pour certains, n’avaient pas forcément besoin de ce traitement pour exister pleinement. Cela dit, dans le cas d’Annie, il est intéressant de découvrir comment elle a vécu le basculement, d’autant que le premier épisode lui est entièrement dédié.
Ce n’est donc qu’au deuxième épisode que l’on retrouve Xavier, après le crash de son avion. Il rencontre des enfants survivants, puis croise Annie, dont les objectifs diffèrent des siens. Elle a refait sa vie, rencontré un homme, eu un enfant… avant d’être abandonnée.
L’épisode 3 opère encore un changement de cap en revenant à la vie dans le bunker depuis le départ de Xavier. Sinatra est toujours présente et tente de contrôler les dissidents, dont le fils du président défunt. Mais cette intrigue s’avère être la plus faible de la saison. Le bunker semble avoir perdu tout enjeu : même la révolte manque de tension. Il n’y a ni véritable suspense, ni plan structuré, ni montée en puissance. Pendant ce temps, à l’extérieur, Xavier poursuit son chemin et rencontre un postier qui affirme avoir croisé Teri, sa femme, au moment de la catastrophe.
Avec cette saison 2, Paradise change clairement de direction et s’inspire davantage de Lost, au risque de dérouter son public. On change de braquet, d’objectif, de dynamiques. On bascule vers une lutte individuelle dans un monde post-apocalyptique. Annie disparaît brutalement en couches, Link devient un antagoniste majeur, et Jane sombre dans une noirceur extrême. Sur le papier, ces choix auraient pu fonctionner… mais l’écriture manque de solidité sur la durée. À mi-saison, les enjeux restent flous et peu engageants. Il faut attendre les faiblesses du récit pour voir la saison s’accélérer artificiellement jusqu’au final, mêlant IA et révolte. Sur 8 épisodes, c’est peu et beaucoup. Pourquoi ne pas pousser sur 10 épisodes, il y aurait matière…
Le fils du président parvient à tromper l’ennemi et à faire basculer la situation d’un simple coup de hache. Les dissidents menés par Link entrent dans le bunker sans réelle difficulté, sans en comprendre le fonctionnement. Tout paraît trop facile. Même Xavier et Teri parviennent à rejoindre Paradise en quelques minutes, en pleine situation d’exode. Il n’y a pas de véritable découverte, seulement une urgence constante qui nuit à l’implication des personnages.
Et que dire de la révélation finale : Link serait en réalité Dylan, le fils de Sinatra, qu’elle croyait mort. Une révélation qui arrive tardivement et qui sert surtout à transformer les motivations des personnages en quête personnelle. Par ailleurs, une sensation de “déjà-vu” commence à s’installer. Un lien semble exister entre Xavier et Link (jusque dans le nom même de ce dernier), mais aussi autour d’une idée plus vaste de prédestination, notamment avec l’IA Alex capable de voir l’avenir. Les derniers mots de Sinatra à Xavier renforcent cette impression : tout semble écrit d’avance, comme un éternel recommencement. La série suggère-t-elle que nous sommes dans une gigantesque simulation ?
Paradise est d’ores et déjà renouvelée pour une saison 3, qui sera, selon Dan Fogelman, la dernière de son plan initial.
On peut saluer l’audace et l’ambition de la série, qui propose une histoire globalement crédible, bien que de plus en plus improbable. Cette saison 2 est un cran en dessous de la première, mais elle semble malgré tout savoir où elle va. Elle intrigue, portée par des comédiens investis et un certain savoir-faire narratif. Reste à voir si la série saura éviter de tomber dans un pathos excessif, même si elle n’oublie jamais de laisser une place importante à l’humain — un domaine que Fogelman maîtrise particulièrement bien.




