Masters of The Universe (Prime) : meilleure comédie de l’année ?
Il aura fallu des années de développement, plusieurs annonces, des changements de direction et beaucoup d’attente avant de voir enfin Musclor revenir sur grand écran. Enfin grand écran… il faut relativiser.
Prévu à l’origine pour une sortie cinéma en France, Masters of the Universe a finalement été relégué directement sur Prime Video. Une arrivée discrète pour une adaptation pourtant basée sur une licence culte : la gamme de jouets Mattel et le dessin animé des années 80 qui ont marqué toute une génération.
Alors forcément, une question se pose : pourquoi une sortie aussi discrète ? Le film a-t-il été victime d’un échec américain mérité ? La réponse est plus complexe… mais globalement, oui.
Car Masters of the Universe est un film qui assume totalement son côté kitsch et décomplexé. Si vous aimez les productions qui jouent avec leurs propres codes, qui n’hésitent pas à faire rire de leurs personnages et de leurs situations, vous pourriez passer un bon moment. En revanche, si vous cherchez une grande aventure épique avec des héros qui imposent le respect, le film risque de vous laisser sur le côté.
Musclor, un héros impossible à moderniser ?
Revenons aux bases. Musclor, c’est le nom français quelque peu improbable donné à He-Man, personnage emblématique de la pop culture des années 80. Derrière cette montagne de muscles blonde à la mâchoire carrée se cache en réalité le Prince Adam, héritier du royaume d’Eternia.
Face à lui : Skeletor. Un nom qui, en français comme en anglais, annonce immédiatement la couleur. Un méchant au visage de crâne, obsédé par le pouvoir et décidé à prendre le contrôle du royaume.
L’univers des Maîtres de l’univers mélangeait alors héroïc fantasy et science-fiction, avec des châteaux, des épées magiques, des créatures étranges et même une touche de space-opera. Un mélange improbable, très marqué par les années 80, mais qui possédait une identité visuelle unique.
Les costumes étaient kitsch, les personnages parfois caricaturaux, mais il y avait une vraie atmosphère. Quelque chose qui semblait venir d’un autre monde.
Et sur ce point, Travis Knight (Bumblebee) réussit son pari.
Eternia prend vie avec une fidélité étonnante
Visuellement, Masters of the Universe est probablement l’une des adaptations les plus respectueuses de son matériau d’origine.Eternia existe enfin à l’écran avec des décors grandioses et surtout une chose devenue rare dans les blockbusters modernes : de la couleur.
Des costumes aux paysages, des créatures aux effets visuels, tout rappelle les jouets et le dessin animé original. On a parfois réellement l’impression de voir ces figurines prendre vie devant nous.
Le problème, c’est qu’un jouet n’a pas besoin d’avoir une personnalité. Un film, si. Et c’est précisément là que Masters of the Universe commence à montrer ses limites.
Trop d’humour tue l’aventure
Le principal défaut du film est son ton. Masters of the Universe n’est pas vraiment un grand film d’aventure avec quelques touches d’humour. C’est avant tout une comédie d’aventure. Chaque scène semble chercher son gag, son clin d’œil ou sa petite phrase qui casse l’ambiance. Le problème n’est pas que le film soit drôle : certaines blagues fonctionnent. Le problème est qu’elles empêchent souvent les moments importants d’avoir un véritable impact.
Le meilleur exemple reste Skeletor. Esthétiquement, le personnage est une réussite totale. Son design est impressionnant, son apparence respecte parfaitement l’imagerie originale. Mais son écriture le transforme presque systématiquement en clown.
Il se moque de lui-même, de son rôle de méchant, des clichés du genre et même de ses propres grands discours maléfiques. L’idée pouvait fonctionner quelques minutes, mais sur toute la durée du film, elle finit par réduire le personnage à une succession de grimaces.
Jared Leto est d’ailleurs difficilement reconnaissable. Sa performance repose essentiellement sur sa voix et son interprétation très théâtrale. Le problème n’est pas l’acteur, mais le choix de transformer Skeletor en personnage constamment en représentation.
Un méchant peut être drôle. Il doit aussi être menaçant. Ici, il ne l’est jamais vraiment.
Un casting solide mais inégal
Du côté des héros, Nicholas Galitzine s’en sort correctement dans le rôle d’Adam, un personnage naïf qui découvre progressivement son destin.
Mais c’est probablement Camila Mendes (Riverdale) qui tire le mieux son épingle du jeu. Son personnage apporte davantage de sérieux et d’efficacité, avec un charisme qui manque parfois au reste du groupe.
Idris Elba, en Maître d’Armes, adopte une approche plus décontractée et devient finalement l’un des personnages les plus intéressants du film, notamment parce qu’il bénéficie d’une vraie évolution.
À l’inverse, Alison Brie semble malheureusement sous-exploitée. Son personnage existe surtout pour accompagner Skeletor et réagir à ses excès, sans réellement trouver sa place dans l’histoire.
Une ambiance rétro qui ne fonctionne pas toujours
La musique participe également à ce décalage permanent. Avec ses guitares très présentes et ses sonorités volontairement rétro, la bande originale cherche clairement à rappeler l’époque du dessin animé et des films d’action des années 80. L’intention est compréhensible, mais l’exécution renforce parfois le côté kitsch plutôt qu’elle ne crée une véritable identité.
L’utilisation de « Princes of the Universe » de Queen est l’exemple parfait. La chanson est évidemment associée à Highlander, autre grande licence fantastique des années 80 qui doit également revenir prochainement avec Henry Cavill. Mais ici, au lieu de créer un moment épique, la scène finit une nouvelle fois par basculer vers la plaisanterie. Même avec les arrangements de Brian May, difficile de faire oublier un choix musical qui semble plus nostalgique que réellement pertinent.
Un blockbuster qui arrive peut-être trop tard
Travis Knight livre malgré tout un film sincère et visuellement généreux. On sent une vraie envie de respecter l’univers original.
Mais il manque quelque chose d’essentiel : le souffle épique. Les héros sont rarement véritablement iconisés, les scènes d’action manquent parfois d’ampleur et certains effets spéciaux, pourtant nombreux, ne sont pas toujours au niveau attendu. Le montage révèle également quelques faux raccords assez visibles, surtout lorsque l’attention se porte davantage sur les défauts du film.
Avec ses 2h20, Masters of the Universe aurait pu sembler interminable. Pourtant, le film reste divertissant et avance sans véritable temps mort.
Son problème est peut-être ailleurs : il semble avoir environ quinze ans de retard. Comme John Carter, autre grande adaptation d’un univers difficile à transposer, le film arrive avec une proposition qui paraît décalée par rapport aux attentes actuelles. Le public moderne accepte très bien les univers fantastiques, mais il demande souvent un équilibre entre spectacle, émotion et second degré.
Donjons & Dragons : L’Honneur des voleurs, autre adaptation d’une licence jugée difficile, avait réussi ce mélange en trouvant le bon équilibre entre humour et aventure.
Masters of the Universe, lui, choisit presque toujours la blague. Ce n’est pas un naufrage. Ce n’est pas une trahison de l’œuvre originale. C’est simplement un film qui aurait peut-être dû croire davantage en ses personnages.



