Critiques de films

Le Sifflet : bon concept, mauvais film (spoilers)

Le Sifflet est le dernier film de Corin Hardy, réalisateur des très mal reçus La Nonne et Le Sanctuaire. A-t-il fait la passe de trois ?

Imaginez découvrir un objet ancien maudit qui a l’apparence d’un sifflet. Si vous soufflez dedans, vous aurez la mort à vos trousses. Sympa, non ? Pas pour la bande de lycéens qui récupère cet objet.

Alors, oui, c’est très bête comme concept, car qui dit objet maudit inutile dit des gens qui vont l’utiliser.

Objet et scénario maudits

Lors d’un match de basket-ball au lycée, Mason « Horse » Raymore, la star de l’équipe, est hanté par la vision d’un homme brûlé avant de s’enflammer mystérieusement et de mourir. Quelques mois plus tard, Chrys Willet (Dafne Keen, Logan), un nouvel élève, hérite de l’ancien casier de Mason et y découvre un sifflet en forme de crâne. Provoqués par Dean, un ancien coéquipier de Mason, Chrys et Dean sont tous deux envoyés en retenue par M. Craven, ainsi que la cousine de Chrys, Rel, Grace, la petite amie de Dean, et Ellie (Sophie Nélisse, Yellowjackets), une élève brillante atteinte de diabète.

Le Sifflet

Rien de bien original dans l’écriture puisqu’on a vraiment les tropes de la nouvelle arrivée au passé trouble, le couple de jeunes populaires, l’intello mimi, le gars drôle un peu lourd amoureux de la fille populaire. Vraiment, le scénario écrit par Owen Egerton aligne les poncifs du genre. Et cela se retranscrit dans les dialogues, bateaux au possible, et les situations, sans surprise.

Ce qui est positif, c’est que ce casting de jeunes têtes avec deux visages connus (Nelisse et Keen) rappelle furieusement les teen movies, slashers du début des années 2000. Et comme ces films n’étaient pas non plus les plus originaux dans l’écriture, cette sensation de trouver une perle de 2000 ajoute un petit côté rétro sympathique.

Le Sifflet a le souffle court

Donc on ne s’attend pas vraiment à un grand film. Et c’est le cas. Si le concept, casse-gueule, est quand même intrigant, il n’y a pas vraiment d’univers créé autour. On ne connait ni son origine, ni les règles. Pourtant, il y a bien cette scène attendue de la personne, un peu vieille, qui sait ce qu’il s’est passé, qui connait un peu la malédiction. Elle est là dans tous les films !

Concrètement, une fois le sifflement entendu, vous êtes maudit. L’image de vous dans l’état où vous serez à votre mort vous apparaît et vous mourez en avance. Oui c’est vraiment idiot comme concept. La première mort du film voit donc ce basketteur mourir brûler Pourquoi ? On ne sait pas vraiment pourquoi il serait mort brûlé… Et surtout, on ne sait pas quand on va avoir la mort en face.

Le Sifflet

Ce petit côté Destination finale (feinter la Mort) n’apparaît que tardivement dans Le Sifflet quand une règle apparaît pour déjouer la malédiction. Il faut que ton sang, maudit, touche une autre personne. Ainsi, la malédiction est transmise. Quand ce petit jeu se met en place, quand les personnages sont conscients du « règlement », alors le film gagne un peu en aspect ludique, comme un Destination Finale. Si on perd le gros côté « enchainement de situations » de la saga, on gagne des morts brutales et graphiques. À ce titre, la mort de Dean, qui serait mort dans un accident de voiture très violent, est particulièrement réussie On voit son corps se désarticuler et subir des chocs très brutaux, ou encore Rel qui devait mourir dans une broyeuse dans son aciérie. On le voit broyé, sans broyeuse, à vide. L’effet est saisissant.

Comme vous savez compter, vous voyez qu’il reste le fameux couple Chrys/Ellie qui verra son climax arriver dans une scène… oui… clichée, celle de la prise de médicament pour arrêter son cœur, tenter de se réanimer, croire qu’on échoue et finalement se réveiller.

Ultra-cliché

Le Sifflet aligne absolument tout ce que vous avez déjà vu ailleurs. Même la fin où la malédiction est passée mais l’objet se retrouve encore dans les mains d’une autre fille. Mais c’est une fin loin d’être positive. La jeune fille siffle dans l’objet devant tout le lycée. Bonjour le massacre à venir.

Passe-t-on un mauvais moment ? On s’ennuie poliment à quelques occasions, clairement les parents n’ont aucun poids dans la balance, et même les morts semblent ne pas troubler la ville. Tout reste dans ce petit cercle d’amis Si c’est, malgré tout, bien mis en scène, l’écriture faiblarde ne permet pas au film de jouer dans la même cour qu’un La Main, par exemple.

Le Sifflet

Parlons casting, Dafne Keen porte une horrible perruque qui la fait passer pour un cosplay d’ex-junkie. Elle fait la fille renfermée sur elle même avec efficacité mais le rôle ne lui offre pas d’immenses palettes à couvrir. Sophie Nelisse est l’innello gentille, rien de plus non plus à jouer. Les trois autres sont dans leurs rôles stéréotypés au possible : le nerd fan de BD (Sky Yang), la jolie fille blonde (Ali Skovbye) et le sportif un peu lourd (Jhaleil Swaby).

Et que vient faire Nick Frost là-dedans en professeur aux deux scènes ?

Le Sifflet a été un flop immense au cinéma (moins de 2 millions de dollars récoltés aux USA) et les critiques n’ont pas été tendres. C’est donc la passe de trois pour le réalisateur qui va devoir se trouver des projets encore moins ambitieux et originaux. Bonne chance à lui.

Tom Witwicky

Créateur de SmallThings, 1er Geek Picard de la planète Exilé dans le 92

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