La série animée Superman méconnue (Summer of Superman)
L’univers de Superman n’a jamais cessé d’évoluer, traversant les époques et les supports avec plus ou moins de succès.
Parmi les nombreuses adaptations, la huitième série animée* avec le personnage, My Adventures with Superman, s’impose comme une tentative audacieuse de renouvellement du mythe, en fusionnant les codes de l’animation américaine et japonaise.
Le résultat est un produit divertissant, décomplexé, mais dont l’empreinte reste finalement assez éphémère dans le paysage des séries animées de superhéros.
Depuis le mythique Superman des studios Fleischer en 1941 jusqu’aux récentes déclinaisons du personnage dans les séries Justice League ou Action Comics, la figure de l’homme d’acier a été façonnée par des générations d’artistes et de scénaristes. Chaque adaptation a apporté sa pierre à l’édifice, sans jamais atteindre la perfection absolue. Même le film emblématique de 1978, porté par Christopher Reeve, n’est pas exempt de défauts, et les tentatives ultérieures – de Brandon Routh à Henry Cavill – ont toutes été confrontées à des critiques et des attentes démesurées. Aujourd’hui, alors que le cinéma prépare un nouveau reboot avec Superman: Legacy de James Gunn, c’est par l’animation que le héros revient sur le devant de la scène télévisuelle.
*Superman par les studios Fleischer en 1941, Superman par Hannah-Barbera en 1973, Superman par les studios Ruby Spears en 1988, Superman : l’ange de metropolis en 1996, les déclinaisons avec Justice League, Unlimited et Action.
Saison 1, kawaï ?
My Adventures with Superman prend ainsi le relais, alors que la série live Superman & Lois semble toucher à sa fin. Diffusée sur Adult Swim et Max aux États-Unis, cette nouvelle série animée propose une vision rafraîchissante du Daily Planet et de ses journalistes. Clark Kent, doublé par Jack Quaid, y est présenté comme un stagiaire en colocation avec Jimmy Olsen, croisant la route de Lois Lane, également interne au journal. La rencontre entre les deux protagonistes est immédiatement électrique, et leur dynamique, marquée par une attirance mutuelle, sert de fil rouge à la série. Ensemble, ils enquêtent sur les mystères et les menaces qui planent sur Metropolis.
Ce qui frappe d’emblée dans My Adventures with Superman, c’est son audace stylistique. Là où Superman: The Animated Series (1996) de Bruce Timm privilégiait un ton sérieux et une animation classique, MAWS s’inspire ouvertement du style animé japonais. Les personnages arborent des traits anguleux, des yeux immenses, des expressions exagérées, et les effets visuels – joues rouges, gestes amplifiés, émotions surjouées – sont omniprésents. Ce choix graphique, assumé, donne à la série une identité visuelle forte, mais aussi un ton décalé, teinté d’humour et de légèreté. Le résultat est une ambiance « fun », parfois limite enfantine, où les personnages hurlent, prennent des décisions impulsives et foncent tête baissée dans l’action.
Sur le fond, la série ne cherche pas à rivaliser avec la profondeur narrative ou la tension dramatique de ses aînées. Les intrigues sont expéditives, les enjeux rarement à la hauteur de la mythologie du personnage. Les scènes de dialogues, nombreuses, sont portées par des comédiens qui s’amusent visiblement, mais peinent à installer une véritable émotion ou du suspense chez le spectateur. Le climax final, censé rassembler tous les ennemis de la saison, est anéanti par un manque cruel de tension. On ne croit ni à la relation entre Lois et Superman, ni aux menaces qui pèsent sur la ville. L’illusion d’un enjeu majeur se dissipe rapidement, notamment lors de la confrontation avec un robot géant, trope déjà éculé dans l’animation japonaise, qui frôle ici le ridicule.
L’un des points faibles de la série réside dans sa gestion de l’identité secrète de Clark Kent. Alors que ce thème est au cœur de la mythologie de Superman, MAWS le traite de façon maladroite, avec des faux raccords et une cohérence narrative parfois défaillante. Les scénarios, écrits de façon assez approximative, laissent apparaître des trous béants et des incohérences, ce qui nuit à l’immersion.
Malgré ces défauts, My Adventures with Superman ne manque pas d’ambition. La série s’adresse clairement à un public jeune, voire adolescent, avec un ton décontracté et des codes visuels empruntés à l’anime. Pour ceux qui ne sont pas familiers ou réceptifs à ce style, la série peut paraître niaise ou infantile, avec des combats exagérés et des situations parfois ridicules. L’épisode 9, centré sur un monstre géant, illustre parfaitement cette tendance à la surenchère et au second degré.
Saison 2 plus mature ?
La première saison, composée de dix épisodes, n’a pas laissé un souvenir impérissable, mais elle a le mérite d’exister dans un contexte où Superman peine à renouveler son image. La saison 2 apporte quelques ajustements notables. Le ton, toujours léger, gagne en sérieux et en gravité, notamment avec l’introduction de nouveaux antagonistes comme Lex Luthor et Brainiac, ainsi que l’arrivée de Kara, la cousine de Superman. L’arc narratif de Supergirl est l’un des points forts de la saison, bien développé et porté par une écriture feuilletonnante qui prend le temps d’explorer les relations entre les personnages.
L’univers de la série s’élargit, avec des références à d’autres figures de l’univers DC, mais reste encore limité. Les personnages secondaires, comme Amanda Waller ou le Général Lane, servent surtout de caution « grand méchant », sans apporter de réelle profondeur au trio principal. Les autres superhéros, bien que sympathiques, manquent de singularité et d’identité visuelle sauf quand l’introduction de Supergirl permet d’enrichir la dynamique du groupe.
Sur le plan technique, l’animation et le dessin sont désormais acceptés comme une marque de fabrique. Le style, inspiré de l’anime, ne fait plus débat et trouve son public. La série devient plus sérieuse au fil des épisodes et tend vers un climax plutôt intéressant.
En conclusion, My Adventures with Superman est une série animée qui assume pleinement ses choix stylistiques et son ton décalé. Elle ne cherche pas à rivaliser avec les adaptations les plus sérieuses ou les plus ambitieuses du personnage, mais propose une vision rafraîchissante et accessible de Superman, destinée à un public jeune et amateur d’anime. Si elle ne convainc pas tout le monde, elle a le mérite de renouveler l’image du héros en attendant son grand retour sur grand écran.
Disponible en VO et VF sur Max, My Adventures with Superman aura une saison 3.




