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American Horror Story saisons 1 à 4 : l’âge d’or de la série

Et si l’on vous disait qu’American Horror Story n’était pas qu’une simple série d’épouvante ? Qu’elle proposait des thématiques culturellement très ancrées aux États-Unis et qu’elle pourrait avoir été une grande série à un moment ?

 

Bien plus qu’une série anthologique (Chaque saison propose une histoire et des personnages différents), American Horror Story raconte en quatre saisons plus que des histoires épouvanto-fantastiques. Deux hommes sont derrière la série : Ryan Murphy et Brad Falchuk. Les deux compères ont produit Nip/Tuck et Glee, des séries totalement opposées dans leur démarche artistique, mais furieusement connectées dans leurs thématiques. Si Nip/Tuck ne propose rien de moins que la recherche de la perfection, Glee est le produit de l’Amérique parfaite avec des codes à respecter et un certain standing à tenir. On sent bien que les propos des deux séries se rejoignent. Il serait évidemment réducteur de penser qu’elles sont à prendre au premier degré. Il y a une vraie volonté de dénoncer les excès en tout genre. Chirurgie réparatrice du corps et destructrice de l’âme pour Nip/Tuck et réussite formelle et échec social pour Glee. Déjà dans sa première création, la série ado Popular, Murphy utilisait l’ironie du monde des ados populaires comme source inépuisable pour la série

Vous l’aurez compris, Murphy ne fait pas dans la sobriété. Il était peut-être l’un des créateurs les plus intéressants de ces dernières années avant de trop forcer son « talent » et de tomber dans des travers caricaturaux.

« J’étais passé de Nip/Tuck à Glee. C’était logique de passer à quelque chose qui serait sombre et un vrai challenge », disait Murphy, à Entertainment Weekly, en octobre 2011.

 

American True Story

American Horror Story est venue dans l’esprit de Ryan Murphy quand il s’est replongé dans ses souvenirs d’enfance. Sa grand-mère l’obligeait à regarder Dark Shadows, le soap-opéra où vampires et autres créatures vivaient en communauté. Quand Murphy et Falchuk ont eu l’idée de proposer une heure hebdo de terreur, ils n’ont pas hésité à redéfinir le concept de série anthologique. Telle une troupe de théâtre, American Horror Story allait proposer, chaque année, une dizaine d’acteurs dans de nouveaux rôles. La série anthologique renaît de ses cendres et American Horror Story débarque en 2011 sur la chaîne câblée, FX.

Bourrée de références aux films de genre, de L’Exorciste à Shinning en passant par Poltergeist et nourrie des souvenirs télé de Ryan Murphy entre documentaires et vielles séries, American Horror Story dresse le portrait de personnages hauts en couleur qui redéfinissent, si ce n’est le genre, la société d’aujourd’hui. Mais oublions les inspirations pour se concentrer sur l’essence de la série, ses thématiques, ses résurgences. American Horror Story n’est autre que le portrait d’une Amérique en proie à son propre modèle.

La mention “American” dans le titre expose donc bien le portrait d’un pays avec ses traditions, ses illusions, ses fantasmes et son fameux rêve américain (American dream). 

American Horror Story de Ryan Murphy

Les quatre premières saisons d’American Horror Story se composent de Murder House, Asylum, Coven et Freak Show. Pour résumer en une phrase, Murder House évoque une maison possédée par les esprits des anciens locataires dans une Amérique contemporaine, Asylum raconte la vie des patients et médecins d’un asile psychiatrique dans les années 60, Coven conte la vie tourmentée d’une école de sorcières de nos jours, et enfin Freak Show nous fait découvrir un cirque de monstres dans les années 50.

Il faudrait développer davantage pour résumer efficacement chaque saison tant l’histoire explose en route et explore des scénarios inattendus. Pourtant, des sujets sont à même d’être mis en évidence et en commun dans chaque saison. Si le rêve américain transpire dans chaque recoin des quatre saisons, ce n’est que pour mieux faire ressortir des thématiques lourdes de symboliques. De pratiques sadomasochistes à l’exorcisme, de l’immortalité à la recherche d’autorité, c’est la société dans toute sa décadence qu’American Horror Story dépeint. Entre le sain d’esprit, le Saint-Esprit et le sein d’épris, American Horror Story a des choses à dire.

 

La figure du groupe

Le casting d’American Horror Story (que l’on appellera AHS par la suite), avec en tête Jessica Lange, est un vivier de talents. La jeunesse de Taissa Farmiga et d’Evan Peters face aux confirmées, Kathy Bates ou Frances Conroy, c’est toute l’histoire de la télévision et du cinéma qui défile sous nos yeux, démontrant une énième fois que le petit écran accueille tous les talents.

Cette petite troupe se glisse dans la peau d’une galerie de personnages très dense. Il est indéniable que chaque saison d’AHS met en avant un groupe avec ses us et coutumes, ses relations et ses problématiques.

Dans Murder House, c’est la cellule familiale qui est en jeu sans omettre de souligner l’importance du voisinage. Entre l’explosion du couple pour infidélité et la gestion d’une adolescente en crise, les personnages joués par Dylan McDermott (Stalker, Hostages) et Connie Britton (Friday Night Lights, Nashville) se découvraient beaucoup de failles que l’on explorera plus loin dans l’article.

Dans Asylum, une communauté vivant sous un même toit nous est présentée : malades mentaux, esprits divergents, marginaux, c’est une toute autre galerie de personnages que les médecins doivent gérer, mais toujours cette idée de groupe qui est soulignée.

Plus choral que les précédentes saisons, Coven évoque la rivalité parmi un groupe de jeunes prometteuses, pour essayer de trouver qui sera la nouvelle Sorcière Suprême. On souligne une fois de plus que la cellule est entourée par des figures autoritaires, ici la Suprême vieillissante remplaçant les parents de la saison 1 et les médecins de la saison 2.

Cette année, on n’a pas pu passer à côté de la troupe du cabinet de curiosité d’Elsa Mars rempli de freaks en tout genre. Créatures extraordinaires, mais toujours humaines, les personnages sont malgré eux coincés dans ce groupe mené par Elsa Mars.

Si l’évidence de faire jouer un groupe d’acteurs pour mettre en scène une cellule familiale, institutionnelle ou communautaire est à souligner, il n’est pas clairement identifiable que l’effet de groupe était indispensable. Cependant, AHS joue à fond la carte de la série chorale sous le prisme d’une recherche fondamentale sur les relations humaines, quelles que soient leurs formes. Dès lors, il est tout simple de faire ressortir toute l’ambiguïté de ces relations.

 

Failles et faiblesses

AHS dresse le portrait de personnages tous très différents, mais il est facile de regrouper certains aspects sous la mention “failles et faiblesses”. La série explore les plus bas instincts de l’Homme, mais aussi ce qui peut le rendre vulnérable.

Le couple de Murder House débarque à l’écran avec un lourd passé. Ils doivent surmonter l’infidélité du mari en se cachant derrière l’achat d’une maison pour reconstruire leur foyer. En découvrant les fantômes de la maison, c’est l’amour et l’échec qui sont mis en avant. Le mari a trompé sa femme et n’arrive pas à la reconquérir, le fantôme de sa maîtresse vient le hanter, les fantasmes de la femme se matérialisent dans un ballet SM de haute tenue. Le couple gay qui ne tenait pas, le manquement à l’éducation du fils qui revient hanter les lieux et cette bonne à tout faire qui se révèle vraiment “bonne” à tout faire sont autant d’exemples démontrant la fragilité des personnages.

American Horror Story de Ryan Murphy

Ce manquement aux principes “humains” est encore plus prononcé dans les saisons suivantes avec certaines figures qui se retrouvent bien mal à l’aise, entourées de fous dans Asylum ou de jeunes premiers dans Coven. Le self-control est de mise dans l’asile de Briarcliff, et il n’est pas rare de ne plus distinguer qui est le fou du sain d’esprit. À la Nouvelle-Orléans, les sorcières se rendent compte que la Suprême n’assume plus son rôle. Bousculée par la génération suivante, Fiona Goode (incarnée par l’incroyable Jessica Lange) n’a que peu d’armes pour lutter. Le temps fait son oeuvre. On retrouve un peu cette figure perdue et vieillissante dans Freak Show où cette même Jessica Lange prouve une fois encore qu’il est difficile de lutter contre le temps qui passe et qu’être différent est une épreuve de plus à surmonter.

 

Fantasmes et illusions

Les faiblesses rendent compte de failles qu’il est important de combler par une volonté forte. AHS n’est pas une série au positivisme flamboyant, c’est vraiment une Amérique pessimiste qui est dessinée. Le rêve américain est à portée de tous, mais il faut faire des efforts qui semblent surhumains. Désir de fonder la famille parfaite, autrement dit un couple qui s’aime avec enfant bien éduqué, habitant dans une grande maison dans Murder House, volonté de se sentir utile dans Asylum : deux façons de vouloir exister à tout prix, au sens noble du terme. L’Homme doit être comblé et se dit qu’il y a un minimum à avoir comme objectif de vie. Ce minimum se transforme rapidement en dure mission, mais pas plus difficile que les deux dernières saisons où sans vouloir se sentir utile, c’est rentrer dans la postérité qui est recherché. Fiona Goode et Elsa Mars sont des personnages en quête de renaissance et reconnaissance pour parvenir à une certaine immortalité. Tous ces fantasmes plus ou moins réalisables ne sont pas le fruit d’extravagances, mais bien la recherche d’une perfection de l’existence. Les sorcières de Coven que ce soit Zoé, Misty ou Madison n’ont pas d’autres raisons d’exister que d’être le prochain chainon tout comme Jimmy, Bette et Dot ne souhaitent qu’être acceptés quelque part dans Freak Show.

 

Le sexe, nouvelle forme de dégoût

Si AHS fait parler d’elle avec des soupçons d’épouvante, de glauque ou de malaise, elle ne tombe pas dans l’érotisme facile. Au contraire, les moindres passages sexués sont d’autant de preuve que le sexe est plus une gêne qu’autre chose. Il faut voir l’orgie de Freak Show pour tomber de suite dans une représentation malade du désir et du plaisir. Il serait même difficile de ne pas soupçonner le rapport sous contraintes que la scène voulait dépeindre.

Jamais approprié, le sexe est source de conflits. Ben et Vivien Harmon dans Murder House ont une vie sexuelle qui peine à redémarrer et par deux moyens différents, AHS propose de rendre le sexe limite tabou. Un homme en costume de latex intégral vient rendre visite à Vivien qui pense que c’est son mari. Le sexe devient alors surréaliste, honteux et malsain. Du côté du mari, c’est la femme de ménage, soixantenaire, qui apparaît sous ses yeux en jeune trentenaire séductrice et dévoreuse d’hommes. On tombe dans le désir caché de “se faire la bonne”.

En parlant de bonne, nos chères soeurs d’Asylum ont une sexualité débridée qui tranche fondamentalement avec la figure quasi immaculée de leur rôle. Et quand un patient joué par Evan Peters vient assouvir une pulsion en compagnie de la jolie Lizzie Brocheré dans une scène purement soft-core, elle est rapidement interrompue. Quand l’acte est consenti et durable, c’est hors-champ, mais on devine tout de même que le threesome de Coven n’est pas innocent. Evan Peters joue un zombie dénué de paroles qui va avoir Taissa Farmiga et Emma Roberts en partenaires. On a connu pire. Ce même Evan Peters est finalement bien loti, puisqu’il est une machine à plaisir dans Freak Show en utilisant ses mains difformes. Du beau sexe ?

American Horror Story de Ryan Murphy

Entre sadomasochisme, redécouverte des sens, pratiques douteuses, le sexe dans AHS n’est jamais d’une pureté absolue et d’une imagerie saine. Si on pouvait chercher un peu d’érotisme dans la série et en passant outre la scène horrible d’avortement dans Asylum ou la pratique esclavagiste avec un Minotaure dans Coven pour dire qu’AHS n’est pas si prude que ça.

 

Lange du pouvoir

Lauréate d’un Emmy bien mérité pour Coven, cette année, Jessica Lange est la figure de proue de la série. Pour sa première expérience dans une série, Lange explose littéralement en offrant à chaque saison une interprétation troublante de sincérité. Détentrice d’une aura énorme et d’un charisme à toute épreuve, elle irradie chaque saison d’AHS avec des rôles qui redéfinissent la notion même de pouvoir et d’autorité. Voisine curieuse, Bonne Sœur tiraillée, Sorcière Suprême et prêtresse ultime, Jessica lange enchaine les figures charismatiques. Prenant de plus en plus une position de domination dans les rôles, Lange possède à elle-seule toute la magie de la série. Jamais à court de ressources (la scène formidable de Fiona Goode face à Cordelia –Sarah Paulson, de plus en plus bluffante- est un must-see), Lange semble être possédée par chacun de ses rôles. On sent que les personnages sont écrits pour elle et que le propos de chaque rôle comporte un sous-texte jamais idiot. Si elle est en retrait et à côté des histories principales de Murder House, c’est pour mieux veiller sur la troupe d’acteurs en devenir tout comme elle devient la bienveillante Mère Supérieure de tout le monde dans Asylum. Fiona Goode dans Coven est peut-être le personnage qui lui colle le plus à la peau tellement Goode semble essayer de préserver au maximum son aura et de revenir à une splendeur d’antan. Cette recherche d’immortalité transcende vraiment l’actrice, et on ne distincte plus la volonté de survivre dans l’Hollywood actuel que de simplement exister en tant que femme de 65 ans. On retrouve un peu de tout ça dans Freak Show où Elsa Mars a connu le succès, la reconnaissance et doit tenter de proposer quelque chose de nouveau pour survivre. Bien malin celui qui saura nous dire si la série peut survivre sans elle. On parlait d’une ultime saison en sa compagnie, mais la façon dont est exploité son personnage dans Freak Show semble pointer vers un passage en personnage secondaire qui pourrait ravir l’actrice. Elle a souvent déclarée que les tournages étaient assez fatigants (même si on est dans une série chorale de treize épisodes). Même si elle devait partir, la montée en puissance de Sarah Paulson ne devrait que rassurer les fans de la série.

 

Bousculer les institutions

L’Amérique a une histoire courte, mais très riche. En cela, la série parvient à retranscrire ce que le pays a pu développer en idéaux : le mariage, l’autorité, le partage et le souvenir. Retranscrire oui, mais le détruire aussi. Le mariage n’est plus un plaisir, mais un quasi refuge dans Murder House quand l’autorité est mise à mal dans Asylum par des forces extérieures ou des démons intérieurs. Et que dire alors de l’autorité remise en question dans Coven ? Ou de la force de l’héritage ? Freak Show a proposé cette année une mise en perspective des institutions avec l’autorité de la police, l’héritage de la tradition et l’idéal du partage. Le cirque de freaks est un peu une société marginale qui crée ses règles tout comme la société “secrète” des sorcières créait les siennes. Tout ce qui gravite autour de ces communautés a bien du mal à parvenir à être actifs, la police échoue souvent, la société semble créer des martyrs et les us et coutumes sont bien mis à mal. AHS n’est pas un ensemble d’indivualités puisqu’il y a sans cesse une volonté de fournir une justification aux agissements. Chacun n’y va pas de son ego, mais de son écho. On cherche à s’institutionaliser, à créer une sous-société où l’on régnerait en maître, en modèle ou en digne héritier. 

 

D’héritage sordide en tradition morbide

En parlant d’héritage, il est quasi impossible de ne pas parler d’une certaine idée de l’Amérique dans AHS avec un côté tragique. La série propose un fil rouge qui prend de plus en plus de place au fil des épisodes et se rejoint finalement facilement en mettant côte à côte les saisons. Le résultat est affolant : l’Amérique offre son visage le plus cruel avec le meurtre. Le serial-killer est une figure très importante et très présente dans la série. Chaque saison propose son serial-killer entre le tueur SM en saison 1, le père Noël psychopathe et Bloody Face en saison 2, le joueur de jazz en saison 3 et le fameux clown, en saison 4. L’Amérique a souvent pleuré ses patriotes, victimes de meurtres tristement célèbres. Si ce n’est pour rajouter une couche violente à ses histoires, AHS dépeint plutôt une Amérique perdue dans son histoire, coincée entre son désir de divertir et celui de se contrôler.

American Horror Story de Ryan Murphy

Le tueur est assimilé à des symboles traditionnels et de loisir dans la série. Jugez plutôt : le clown, le père Noël, le beau gosse, le SM, le joueur de jazz. Ce n’est ni plus ni moins que les grandes images d’Épinal que l’Amérique nous a offert depuis cinquante ans. La décadence de l’Amérique avec les pratiques loin d’être prudes, la perfection du gendre idéal, l’anniversaire où le clown apparaît, la musique lounge, les fêtes de fin d’année, cinq grands symboles d’un pays aussi riche qu’effrayant de possibilités. La série bouscule les idéaux et transforme un pays en bombe géante à retardement dont le compte à rebours a commencé à tourner. Encore une façon de dire que le temps passe…

 

Collision du temps 

Le temps passe et les erreurs s’accumulent, mais on ne combat pas une force invisible et inarrêtable. Les fantômes du passé volent au-dessus de chaque saison de la série. Il est presque triste de constater que les personnages se retiennent à une quelconque nostalgie. Si les fantômes de la maison de Los Angeles dans Murder House ne peuvent pas quitter la bâtisse, les erreurs du passé submergent certains anciens nazis dans Asylum. On ne peut rien faire contre le temps qui défile, et Fiona Goode l’a bien compris en essayant de rester jeune et belle et de vivre par procuration, en voyant les jeunes pousses arriver. Les années passent et la roue tourne. Le mari ne peut plus effacer son infidélité, la chanteuse ne peut plus renouer avec le succès et le meurtrier ne peut plus faire disparaître les cadavres.

Outre le monde de la série en lui-même, c’est la narration qui s’éclate dans le temps. Les retours en arrière sont légion dans la série. Ce sentiment de chronologie fragmentée renvoie à la nostalgie, aux souvenirs, à la mémoire, à l’histoire même des Américains, résidents d’un pays qui se rappelle souvent et qui oublie parfois.

A l’extérieur et à l’intérieur, les personnages d’American Horror Story sont deux entités distinctes.

 

Une volonté d’être différent

Cette saison, Freak Show a dévoilé une galerie de créatures hallucinantes et n’a fait que souligner le désir des scénaristes de vouloir aller dans la psychologie de la différence. Les personnages d’AHS ont tous quelque chose qui les distingue par rapport à nous. Murder House a beau être plus proche de “notre” monde, ses personnages veulent à tout prix ne pas avoir une vie toute tracée, le libre-arbitre est en cela une de leurs conditions. Le moule que l’Amérique souhaite imposer est à chaque fois brisé par la série. On a beau être un médecin ou un cadre supérieur, chacun a ses démons intérieurs qui le travaillent. Extérieurement et intérieurement, les personnages d’American Horror Story possèdent deux entités distinctes. C’est grâce à cela que les sorcières de Coven n’ont aucun scrupule à utiliser leurs pouvoirs avec dédain, car elles savent qu’elles ne peuvent passer outre et que la normalité n’existe pas dans l’univers d’American Horror Story. Alors que dire des freaks de la saison 4 qui ne se trouvent normaux que parmi leurs semblables. Jimmy est le personnage qui semble accepter le moins sa condition alors qu’il est une bête de foire depuis son enfance (voir la splendide scène de l’accouchement). Il voit le monde “réel”, celui qu’il aperçoit quand il va au Diner, il y voit des codes différents, des gens parfaits et comprend alors que la différence existe et qu’il est loin d’être du bon côté de la barrière.

Cette différence forge des caractères éclectiques, mais qui tend vers une seule conclusion : il n’y a aucun gentil dans la série. On ne peut pas dire qu’un personnage est vierge de tout soupçon. Prenez Meep, le charmant freak de la saison 4. On a beau être devant un jeune homme horriblement mal gâté par la nature, pour lequel on a une empathie forte, mais il n’est en aucun cas un gentil : il décapite des poussins !

Cette empathie est la force même de la série : aimer des gens imparfaits.

 

Trouver sa place, c’est un peu le fer de lance de toute l’histoire d’AHS de Murder House à Freak Show. Que l’on soit sorcière, freak, fantôme ou malade mental, l’humain dans AHS possède une personnalité forte à l’empathie indissociable de l’admiration que l’on a pour son côté malsain, contraire, divergent ou fragile. La série donne une image de l’Amérique riche en enseignements, mais aussi pauvre en compliments. Nous sommes clairement devant un spectacle qui juge le puritanisme historique des États-Unis. AHS ne touche que peu à la religion et n’en fait jamais un procès. Elle démontre simplement que les dérives sont possibles chez tout le monde en toute circonstance. Aucune institution, aucune loi ne peut empêcher la morale humaine de dévier. L’Homme est libre, et c’est ça qui est effrayant dans American Horror Story. Une Histoire de l’Horreur Américaine plutôt qu’une Histoire Américaine d’Horreur serait un titre plus proche de la vérité.

American Horror Story est disponible sur Disney+ et en est à 12 saisons.

 

Tom Witwicky

Créateur de SmallThings, 1er Geek Picard de la planète Exilé dans le 92

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