France Gall prête ses plus grands succès et ceux de son compagnon Michel Berger à une comédie musicale tendre et sensible.

Résiste, actuellement au Palais des sports jusqu’au 3 janvier puis dans le reste de la France par la suite, rend un bel hommage au défunt Michel Berger par ses propres paroles et celles de sa compagne, France Gall.

Loin d’être une comédie musicale spectaculaire, Résiste brille par sa simplicité et son ambiance bon enfant. Toute génération confondue connait dans un coin de sa tête les airs cultes de France Gall et Michel Berger, un couple qui aura connu bien des tragédies.

©Résiste

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Tous les soirs, c’est au Club Lola’s que les « Papillons de nuit » se réunissent pour chanter, danser et rire jusqu’au bout de la nuit.  La célèbre boite de nuit est tenue par Maggie, son père et sa sœur. Ce trio de choc travaille d’arrache-pied pour faire tourner l’entreprise familiale.  Mais la jolie Maggie n’attend t-elle pas plus de la vie ? Aller au bout de ses rêves ? Découvrir le monde ? Vivre le grand amour ?

Malgré une histoire plus que simpliste : il faut sauver le club Lola’s de la faillite sur fond de romance et de rébellion, le spectacle de France Gall et Bruck Dawit touche tout le monde. Tout au long de la représentation, enfants et grands-parents ont chanté et dansé sur des airs plus ou moins connus tout près de la scène, encouragés par les artistes. L’atmosphère manifestait sans aucun doute une joie de vivre universelle. Et c’est bien cela la magie de la musique, elle rassemble les foules… Et que chacun se mette à chanter, et que chacun se laisse emporter !

J’ai bien souvent critiqué la ringardise des comédies musicales françaises actuelles qui se veulent grandioses avec des numéros de haute-voltige, des installations ultra mobiles et des costumes complexes, mais Résiste réussit là où d’autres échouent lamentablement. Déjà, les costumes travaillés, mais pas trop, expriment juste assez de créativité pour être crédibles. Ensuite, malgré le statisme de la comédie musicale, c’est cohérent. Puis les titres nostalgiques s’intègrent naturellement à la mise en scène extrêmement moderne. On notera par exemple la présence des musiciens directement visibles sur scène, dans leurs propres rôles. L’idée d’avoir inséré des cinématiques avec France Gall elle-même et une gamine (pardon mais pas pardon, elle ne savait pas jouer) m’indiffère au plus haut point, même si, je le reconnais, cela montrait bien que le projet lui tenait à cœur. Par ailleurs, les chorégraphies contemporaines renforcent l’originalité de la production. Merci aux backup dancers qui se retrouvent tour à tour sous les projecteurs avec un mini-solo, et chapeau pour la précision de chaque placement (particulièrement dans la scène au ralenti). J’ai rarement vu une telle harmonie au sein d’un groupe, et même si on n’atteint pas le niveau de synchronisation de certaines troupes américaines, ils s’en sortent haut la main.

©Résiste

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Quant aux voix… Eh bien, la troupe de Résiste est jeune, très jeune. Comme la « jeune » génération qui reprend Jean-Jacques Goldman, les reprises remises au goût du jour envoient une bonne énergie de et des ondes positives. Ce que je reprochais principalement chez Goldman, c’étaient les arrangements trop « pop » à mon goût qui perdaient ainsi de l’authenticité de l’artiste original, mais après tout, j’appréciais quand même l’intention. Au contraire, les mots de France Gall et de Michel Berger sont repris avec justesse malgré quelques maladresses dans l’intégration à la narration, ils ont gardé cet aspect « variétés » qui semble tout simplement plus sincère. Le terme de « variétés » s’emploie avec un certain mépris de nos jours, mais loin de moi cette intention, cela signifie plutôt à mes yeux qu’ils assument un genre et qu’ils le respectent. La clarté et la prononciation distincte de Léa Deleau en font une Maggie assez remarquable et pleine d’émotion, et même si j’ai eu du mal avec le souffle dans la voix de Victor Le Douarec, il se débrouille plutôt pas mal en pianiste ténébreux. La dynamique entre Gwendal Marimoutou et Elodie Martelet (rétrospectivement, celle qui a le plus cafouillé et un peu trop jeune pour le coup) fonctionne bien, mais mon gros coup de cœur reste le timbre (et la parfaite diction) de Corentine Collier, plus grave et mature.
Bien sûr, des points pourraient être améliorés au niveau de l’écriture avec les tentatives d’humour ratées par exemple, mais l’essentiel qu’on retient, c’est ce bon moment passé.

(P.S. : Dommage qu’il n’y ait pas plus de chansons de groupe, c’est souvent quelque chose que je déplore aussi, mais au final, c’était une excellente surprise. Ah oui, faut que je le dise aussi, mais je trouve que l’héroïne là ressemble vraiment à Hilary Duff, et sa sœur à Maisie Williams, voilà.)