Damon Lindelof. Un blase qui donne encore de l’urticaire à une bonne moitié de la planète à cause de la fin de sa série-phare, une certaine Lost. Cette dernière fut une des séries de la décennie passée, et malgré sa fin, elle marqua un bon paquet de sériéphiles, dont votre serviteur. Alors, quand j’ai su que Lindelof revenait cette année sur HBO avec un pitch parlant de disparus, l’aiguille de mon excitomètre est devenue folle. Qu’en est-il au bout de deux épisodes ?

Adapté du livre éponyme sorti en 2011 et écrit par Tom Peralta – qui participe aussi à l’écriture du scénario, The Leftovers a été comparé dès la diffusion de son pilote aux Revenants ou aux 4400. Sauf que là, les fantômes sont dans les esprits, pas sur l’écran. On a plutôt affaire à une série dramatique pur jus, qui se voudrait intimiste. Ce qui intéresse Lindelof, c’est la vie d’une communauté après la disparition de 2% de ses habitants. Comment fait-on pour vivre après la perte inexplicable – et inexpliquée – d’un proche ? C’est ce point de vue qui est adopté par les scénaristes ici. Même si quelques intrigues secondaires émergent déjà ici et là – la secte Guilty Remnant et l’organisation de Wayne, Lindelof et Peralta se concentrent sur leurs personnages, les font évoluer lentement, au gré des interactions entre eux.

leftovers

©HBO

C’est la qualité et le défaut de la série. Lindelof et Peralta parviennent à créer une ambiance assez anxiogène, qui arrive à faire accrocher le spectateur à plusieurs moments. Cette ambiance est renforcée par une très bonne bande-son, très aérienne et onirique, et par le jeu des acteurs, tout en subtilité pour la plupart – je pense notamment à Liv Tyler (Meg) ou à Justin Theroux, parfait en flic dépressif qui doit gérer ses deux gosses infernaux. Petite digression, je dois avouer que revoir Christopher Eccleston est toujours un plaisir quand l’on est fan de Doctor Who – aparté terminé.

Néanmoins, il faut être motivé pour arriver à accrocher à The Leftovers. La faute à une lenteur très prononcée, à des séquences peu passionnantes (notamment quand ils mettent en scène les enfants du personnage joué par Theroux), et surtout à un propos déstabilisant. La série ne cherche pas à savoir ce qui s’est passé, elle fait table rase du passé ; or, ce qui aurait pu être un moteur narratif et dramatique très fort, n’est pas évoqué ici. Et les tranches de vie que l’on voit ne sont pas franchement passionnantes. J’ai du mal à saisir le but de la série, et je crains de décrocher à un moment donné par manque d’enjeux.

Lindelof voulait faire ce projet, et il parait pleinement impliqué dedans. Mais pour le moment, The Leftovers manque de mordant et de tension. A force de trop étirer la narration, de réduire les effets dramatiques au minimum, Lindelof fait l’exact opposé de Lost. Il ne reste donc plus qu’à trouver le bon équilibre entre ces deux extrêmes,  et j’espère qu’il sera trouvé avant la fin de cette saison, le 31 août.