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Critiques de films Par Rebecca 20 septembre 2026

Tous obsédés par Obsession ?

L’énorme carton, Obsession, réalisé par Curry Barker, sort en DVD le 6 octobre en France, et il est déjà en précommande. Sorti sur nos écrans en mai 2026, les vidéos qui analysent ce long-métrage continuent de paraître encore aujourd’hui : c’est dire s’il a marqué ! Mais en fait : est-ce qu’on n’en ferait pas un petit peu trop avec « Obsession » ? Mérite-t-il une telle hype ? 

Bear : ce « faux gentil » qui ne vous veut pas du bien

Bear, Ian, Sarah et Nikki sont quatre amis qui travaillent dans un magasin de musique (on dirait le début d’un mauvais conte de fée). Bear, de son vrai nom Bairon Baley, est un jeune homme renfermé qui est fou amoureux de Nikki depuis des années. Il finira par faire un vœu pour que celle-ci tombe amoureuse de lui, ce qui les conduira tous à leur perte.

Bear et ses Amis Obsession

« Si vous êtes une femme et que vous vous retrouvez seule dans une forêt, préfériez-vous être face à un homme, ou à un ours ? » Cette question formulée par des néo-féministes est devenue un gimmick sur internet. Or, choisir l’ours est totalement absurde : c’est un animal dangereux qui peut vous mettre en pièces ! C’est sur ce paradoxe que repose le prénom du personnage principal, nommé ainsi par Curry Barker, qui a bien compris cette culture d’internet. En effet, Bear, sous ses airs de « nice guy » (donc de gentil nounours en peluche), se révèlera être un véritable prédateur pour parvenir à ses fins. Cela renvoie à la culture des « incels », les célibataires involontaires qui en viennent à faire du mal aux femmes. Et ça, on commence à le voir grâce à une scène clé du premier chapitre : 

Sandy, le chat maltraité

Bear vit seul dans l’ancienne maison de sa grand-mère. Son chat, une femelle nommée Sandy, est retrouvée morte après avoir ingéré accidentellement des médicaments. Ce qui interpelle, déjà, c’est que ce chat était gravement négligé par Bear qui ne lui donnait pas assez à manger. Il faut bien savoir une chose :  la négligence est une forme grave de maltraitance, et la pire qui soit. Bien pire que les coups ou les cris. On découvre donc que la négligence de Bear a conduit son chat à la mort. Un commentaire sur Youtube disait très pertinemment que Bear ne devrait jamais prendre soin d’un autre être vivant. Ce chat est un bon indice prophétique de la suite de l’histoire. De part sa négligence et sa passivité, cela conduira Bear à maltraiter son entourage, en particulier Nikki. Même s’il pleure la mort de son animal, il ne se sent pas responsable pour autant et le jette même dans un sac poubelle sans enterrement digne de ce nom. 

Chat Sandy dans Obession

De plus, le chat, ici, est une femelle. Donc, une chatte, qui est aussi le surnom grossier que l’on donne au sexe de la femme (cela fonctionne en VO, avec le mot anglais« pussy »). Bear lui a justement donné le prénom d’une femme, « Sandy », ce qui montre son vide affectif et sa solitude extrême. Mais ça ne l’empêche pas de maltraiter « le sexe féminin » de manière métaphorique en ne connaissant rien aux femmes, et en voulant les posséder sans connaître réellement leurs besoins. Nikki, une fois ensorcelée par le vœu, n’aura plus aucune volonté propre et se laissera littéralement violée par Bear ! C’est une scène du film très directe qui le montrera plus tard. 

Enfin, ce chat représente le destin funeste de Bear lui-même qui, acculé par les conséquences de ses actes, avalera une boîte entière de pilules pour échapper à la Nikki envoûtée. Son corps fini étendu dans le salon, tué par sa propre passivité coupable, un peu comme si le karma lui faisait payer ce qu’il a fait subir aux autres. 

« Je veux tout, tout de suite »

 

On pourrait se poser beaucoup de questions sur le vide affectif de Bear : déjà, où sont ses parents ? Ils ne sont mentionnés nulle part… Sont-ils décédés ? L’ont-ils abandonné ? Et cette grand-mère qui l’a élevé, comment était-elle avec lui ? Était-elle trop sévère, ou encore négligente, ce qui pourrait expliquer son comportement vis-à-vis du chat ? Ce n’est jamais expliqué, mais on devine que Bear a pu être un enfant manquant d’amour et qu’il va tout faire pour le posséder de gré ou de force. D’ailleurs, son accoutrement fait vraiment penser à un enfant triste : il porte des pulls moches de Noël ou, lors de la fin du film, un sweatshirt à capuche avec des cordons, ce qui évoque plutôt un adolescent. D’autant plus qu’il n’a jamais grandi avec un modèle, un guide ou une figure paternelle capable de le mettre sur le droit chemin. 

Et pour ce qui est de la séduction, on peut comprendre pourquoi il a si peur d’avouer ses sentiments à Nikki : après tout, c’est toujours très désagréable de risquer de subir le rejet de l’être aimé. Mais le rejet, même s’il est dévastateur, nous permet de grandir. Et grandir, se prendre des coups, prendre en maturité, Bear en est définitivement incapable. Et lorsqu’il se procure le « One Wish Willow », soit un bâton de sorcier acheté dans une boutique ésotérique, c’est une manière pour lui de « griller les étapes » et d’arriver à ses fins sans effort. Alors que pendant des siècles, les hommes ont développé des stratégies très complexes pour séduire une femme, Bear veut tout, tout de suite. Cela revient à signer un pacte avec le diable pour obtenir ce qu’il souhaite, contournant le consentement de Nikki et toute éthique morale.

Nikki suppliciée

Impossible de faire l’impasse sur le calvaire de Nikki dans le film.  Suite au vœu, elle est victime d’une « possession » par une entité maléfique qui la fait agir contre son gré : elle suivra Bear et se montrera éprise de lui, jusqu’à atteindre la folie meurtrière. Et pendant tout ce temps, c’est elle qui passera pour une folle aux yeux de ses amis, c’est elle qui passera pour « obsessionnelle » et maltraitante… ! C’est plus atroce encore quand on sait que la vraie Nikki est toujours piégée dans son corps, et qu’elle parvient brièvement à s’écrier « Ce n’est pas moi ! » avant que l’entité ne reprenne le dessus. Elle essaye d’envoyer des messages, elle démontre un mal être évident, et sa santé physique se dégrade. Mais Bear, toujours passif, décide de ne rien voir et de profiter de la situation. C’est là tout le génie de Curry Barker : le « méchant » est un jeune homme timoré qui a une apparence de victime, tandis que la « victime » est une jeune femme violente qui a une apparence de prédateur. C’est juste brillant. L’une des scènes les plus poignantes, c’est quand la vraie Nikki parle dans son sommeil et supplie Bear de la tuer. Bear rétorque d’une manière totalement puérile et détestable : « Pourquoi ce serait si mal d’être avec moi ? »  On a la confirmation qu’il punit Nikki de ne pas l’aimer. Et si Nikki est excessive et violente, c’est uniquement car elle reflète la terrible obsession de Bear, soit un effet miroir de son amour désespéré pour elle. Bear ignore tous les red flags. Pire, c’est lui-même qui les a érigés. 

Horreur - Tous obsédés par Obsession ? Nikki

Lorsqu’il appelle le service après-vente de la baguette de saule, il tombe sur la voix d’un homme désabusé qui n’est guère enclin à l’aider. (D’ailleurs, le paquet est rouge avec des taches blanches, ce qui fait penser à un champignon vénéneux !). « Si vous souhaitez annuler le vœu, vous devrez mourir. » En nouant ce « pacte » avec de mauvaises intentions, il ne mérite aucune compassion pour avoir emprisonner la vraie Nikki. Son crime est impardonnable.

Une parodie des comédies romantiques

Et cela renvoie à la profanation au sens large : dans ce film, l’amour est perverti et profané de différentes manières. Lorsque Bear fait son vœu en VO, il dit « I wish Nikki could love me more than everything in this fucking world”. Le mot “fucking” est bien plus important qu’on ne le croit : il a utilisé de la magie noire, en quelque sorte, et cette grossièreté dite à l’orale va salir ce qu’il souhaite. La Nikki envoûtée va détruire tout ce qui est moralement sain pour Bear : elle va finir par massacrer Sarah qui était sincèrement intéressée par lui, détruisant une belle histoire d’amour qui aurait pu arriver ! Et le corps de Sarah sera déterré et supplicié, comme le chat, et comme le corps souillé de Nikki. 

De plus, sa « romance » forcée avec Bear est comparée à une relation incestueuse entre Hansel et Gretel. Bear n’est qu’un frère pour elle. Nikki n’a jamais eu de sentiments pour lui, et cette romance imposée en devient d’autant plus monstrueuse. 

Quant à la dernière scène, c’est une parodie de la fin de Roméo et Juliette. Nikki, après avoir tué Ian et Sarah, harcèle Bear qui est acculé dans la salle de bains, contraint de consommer une boîte de pilules entière. Sous l’emprise du dernier vœu de Nikki, il n’est plus libre de son corps et meurt empoisonné dans les bras de la jeune femme, comme Roméo aux pieds de Juliette. C’est la seule bonne action de ce personnage. Mais le fait-il pour faire cesser le vœu, ou ne fuit-il pas encore ses responsabilités ? Nikki est libérée de l’envoutement, mais son calvaire ne fait que commencer. Elle devra vivre avec la mort de Ian et de Sarah, elle a poussé Bear à mourir, sans compter les attouchements et viols à répétition qu’elle a subis. La prison l’attend, alors qu’elle n’y est absolument pour rien. Dernière survivante du massacre, elle est à l’image de la « final girl » dans les films d’horreur : elle jette le corps de Bear à ses pieds, le rejetant comme un déchet, en larmes et traumatisée. La chanson « Forever » des Little Dippers, une musique très douce et romantique, contraste terriblement avec l’anéantissement de Nikki lors du générique de fin. 

Bear fin de Obsession

« Obsession » mérite-il autant de succès ? 

D’un côté, oui, car c’est un film très maîtrisé qui connaît bien le mal-être de la génération Z. Les jeunes hommes, en particulier, n’ont plus confiance en eux et ont même développé une peur des femmes. Ils préfèrent avoir un chat, qui est devenu une star sur internet mais aussi, un symbole de solitude. Et j’adore quand un film d’horreur met bien le doigt sur quelque chose qui ne va pas : forcer l’amour de quelqu’un qui ne vous aime pas est une abomination. Et certains, dans le monde, contournent le consentement sans vergogne. Que ce soit en mettant du GHB dans le verre de leur victime, en utilisant des techniques d’hypnose (coucou Gérard Miller !), ou en abusant de leur pouvoir pour obtenir les faveurs de quelqu’un. 

Curry Barker a bien appuyé sur ce mal être, lui qui détient une chaîne Youtube et qui a bien décortiqué les malheurs de la friendzone. Sans compter que les acteurs principaux, la brillante Inde Navarette et le peureux Michael Johnston, sont très attachants et ont réussi à être proches du public ! Inde est une actrice également présente sur Twitch, renforçant son aura auprès des geeks. Michael a un air de nounours qu’on aimerait protéger, ce qui rend sa prestation d’autant plus incroyable. Plus troublant encore, Michael est homosexuel dans la vraie vie, et Inde a confirmé être bisexuelle. Bien sûr, leur orientation n’influence pas leur métier d’acteur, mais est-ce que ça ne rendrait pas leur romance forcée, dans le film, encore plus impossible ? C’est juste un avis de ma part.

 

 Mais à l’inverse, ce film peut très bien être un peu surcoté, quand on sait qu’il n’arrive pas à la cheville du premier Alien, par exemple. Ce n’est pas le plus grand film d’horreur de tous les temps, mais en appuyant sur la solitude de notre génération et en utilisant des acteurs attachants, il a réussi à se montrer viral, et arrive bien au niveau d’un « It Follows ». Surtout qu’il surfe sûrement sur la vague de la série « You » pour le côté « dark romance ». En outre, la Nikki possédée peut faire penser à la « yandere », soit à ce personnage féminin de manga obsédée par quelqu’un, jusqu’à finir par tuer. Ce long-métrage a été si marquant qu’il a créé un genre à lui tout seul, le « incel-horror ». C’est dire. 

Encore maintenant, je n’arrive pas à me convaincre que Bear est le méchant du film, malgré tout le mal qu’il a fait. Bear semble gentil, mais ses actes sont égoïstes et il n’agit que lorsqu’il est trop tard. On ne peut donc pas en conclure que c’est une bonne personne. Car ce sont les actions, et non pas les bonnes intentions, qui comptent vraiment. 

En tout cas, ce film nous aide bien à surmonter les déceptions amoureuses : celles-ci nous enseignent qu’il ne faut jamais forcer une personne à nous aimer alors qu’elle n’est pas faite pour nous. Et c’est peut-être cette grande leçon sur l’amour qui fait la force du film. 

 

 

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