La Bouche du Diable,Deep Water, Trash : les films de requins sont-ils tous nuls ?
On est gâtés pour ceux qui aiment les requins avec Deep Water sur Netflix et Devil’s Mouth sur Prime Video. Deux films de requins, deux façons de faire ? Oui. Et ça nous montre aussi pourquoi les films de requins sont jugés comme mauvais la plupart du temps.
Deep Water a débarqué sur Netflix sans faire de bruit. Et pourtant, il a de quoi faire parler de lui, car c’est le retour aux affaires de Renny Harlin. Pour ceux qui ne connaissent pas, il est le réalisateur de classiques comme Le Cauchemar de Freddy, 58 minutes pour vivre ou Cliffhanger : Traque au sommet. Et il est aussi connu pour un film de requins réputé : Deep Blue Sea / Peur bleue.
Ce film où Samuel L. Jackson délivre une punchline avant de se faire dévorer par un requin a sa petite réputation. Alors Harlin se remet dans le genre avec Deep Water, où un avion se crashe dans une mer infestée de requins. C’est plutôt efficace comme pitch.
DEEP WATER (Netflix)
Et Deep Water embarque Ben Kingsley et Aaron Eckhart en pilotes d’avion qui amerrissent tant bien que mal leur engin. Eckhart jouera les héros avec une certaine efficacité. Si la plus grande partie du film se passe au beau milieu de la mer, on est plutôt servi par une réalisation solide, avec des requins assez rapides et furieux.
Ça fait franchement le taf, malgré des personnages un peu clichés. Le film a notamment le mérite de proposer un crash d’avion très bien fichu, où Harlin reste à l’intérieur de l’engin pour montrer toute la catastrophe. Les effets sont réussis, le suspens est présent, la tension est palpable. Surtout que, comme dans tout film catastrophe, il y a son lot de personnages plus ou moins attachants. Deep Water les fait tous : la grand-mère, l’enfant, le connard, le gentil…
Le réalisateur de la trilogie The Strangers — bon premier film, deux suites catastrophiques — sait toujours y faire avec l’action.
NATURE PREDATRICE (Netflix)
Quelques mois auparavant, nous avions eu Nature prédatrice (Thrash) sur Netflix, réalisé par Tommy Wirkola (Seven Sisters). Prenez Crawl d’Alexandre Aja et remplacez les crocos par des requins. Ça donne un film catastrophe loin d’être mauvais, très bien foutu, avec de vrais moments de bravoure…
Certes, ces moments de bravoure mettent notamment en scène une femme enceinte qui arrive à accoucher dans la pire des situations. Comme dans Crawl, on sent la panique arriver, la pression est bonne et on passe un moment loin d’être désagréable.
Oui, c’est un peu idiot. Mais si ça ne l’était pas, on s’ennuierait. Et c’est exactement ça que les films de requins essaient de faire : sortir des sentiers battus.
Comment faire mieux ou différent ?
Car finalement, depuis Les Dents de la mer, on peine à proposer des films de requins réellement réussis. Pourquoi ? Aucun ne ressemble à Jaws, car personne ne veut être comparé au chef-d’œuvre de Spielberg. Alors nous avons des films qui n’essaient même plus d’offrir un point de départ original.
Ce sera le plus souvent des touristes, jeunes et beaux, un peu idiots, qui se feront bouffer par des requins parce qu’ils ont pris de mauvaises décisions. C’est une facilité à tous les niveaux : le tournage est plutôt plaisant au milieu de plages paradisiaques, le casting est jeune et bon marché, et tout le monde sait plus ou moins à quoi s’attendre.
Quels films de requins nous viennent à l’esprit ?
Peur bleue, film de SF qui parle de requins augmentés, de base sous-marine, avec un casting de série B efficace. Instinct de survie avec Blake Lively en maillot de bain, coincée sur un rocher. Sharknado et sa nanaritude, maintes fois copiée.
Même Sous la Seine, le film français de requins, a été un carton et proposait un concept nouveau. Il faut oser faire différent.
À quel moment le film de requins a-t-il basculé vers le teen movie d’horreur ? Shark Attack et ses déclinaisons ? Sûrement. Et c’est là-dedans que s’engouffrent les productions, pour n’en sortir que très peu de réussites.
Le genre est plutôt moribond dans son ensemble, souffrant alors, comme dans un cercle vicieux, de critiques navrantes. Et en plein été 2026 sort Devil’s Mouth, qui sent bon la production cochant toutes les cases : jeune casting, plages, touristes piégés, requins mal faits.
LA BOUCHE DU DIABLE (Prime)
La Bouche du Diable faisait partie des scripts les plus aimés de la fameuse Black List des scénarios en 2019. Le script s’appelait Apex, écrit par Aja Gabel et Myung Joh Wesner. Il aura donc fallu sept ans avant que Jeff Wadlow, réalisateur de Kick-Ass 2, Action ou Vérité ou Nightmare Island, mette en images ce film pour Prime Video.
Le casting est plutôt attirant pour la Gen Z avec Kathryn Newton (Freaky), Lana Condor (À tous les garçons que j’ai aimés), Gavin Casalegno (The Summer I Turned Pretty) et Tayme Thapthimthong (The White Lotus).
L’histoire est simple : des touristes veulent découvrir des grottes. Ils prennent le chemin le plus dangereux. Et il y a un requin.
Ce serait bien trop simple de résumer le film à ça, car il y a une explication. Les grottes se remplissent d’eau de mer avec la marée et beaucoup de poissons et autres animaux se retrouvent coincés lorsque la marée redescend.
Le prétexte est bon. Les décors sont plutôt efficaces, d’ailleurs. On sent bien la claustrophobie à l’image : il fait sombre, les roches sont dangereuses, et on sent constamment le danger. C’est mal fait ? Non. C’est même plutôt avare en requins, en jouant à fond sur l’aileron. Les attaques sont violentes, brutales et rendent honneur au script, qui se veut vraiment oppressant grâce à son décor.
Malgré tout, La Bouche du Diable souffre de longueurs. Surtout quand on tourne un peu en rond dans ce décor et que les situations manquent de variété. Le pire, c’est que certaines scènes se répètent deux fois pour créer du suspense. Cela handicape le métrage de plus en plus et on finit par trouver le temps long, malgré les efforts du casting, Kathryn Newton en tête. Et je saluerai toujours les tournages sous l’eau.
Les trois films cités sont loin d’être des ratages. Ceux qui les notent très bas sont peut-être simplement ceux pour qui le genre n’a jamais été destiné à faire partie de leurs préférences.
Les trois films proposent trois univers différents, trois prétextes différents, trois moments de bravoure variés. On ne peut pas faire dix mille situations différentes avec un requin sans que ça devienne ridicule. Et c’est ça qui biaise le jugement de beaucoup de spectateurs :
Requin = ridicule.
Il n’en est rien. C’est une menace qui ne peut pas vraiment varier son environnement. Si on le fait, ça donne Sand Sharks, Snow Sharks et autres nanars en puissance. Et côté personnages, difficile de jouer les héros sans tomber dans la farce.
Mais comment faire autrement ?





