Predator ne dit sans doute plus grand chose à ma génération et celle qui la suit, sinon par le truchement d’Alien, mais le mythe reste important pour les trentenaires et plus. Après un faux remake en 2010 jugé raté, la saga revient sous la houlette de Shane Black, détesté ou adulé notamment pour son travail d’orfèvre sur Iron Man 3. Fausse suite et vrai reboot, déteste-t-on autant The Predator que les critiques américaines ?

Les Predators n’ont pas posé un pied sur Terre depuis 1997. Pourtant, l’un d’entre eux devenu loup solitaire tente l’escapade vers notre planète bleue, poursuivi par son escouade. Très vite, les bestioles sèment la mort sur le sol terrestre, et c’est à une bande de soldats à moitié fous qu’il revient de sauver le monde. 

Il est des films qui ne s’apprécient, selon le poncif consacré, qu’une fois le cerveau bien posé sur la table sans le solliciter. Il s’agit de comprendre avant d’y aller que The Predator est de cet acabit, tant son propos est maigre et son intérêt intellectuel moins que relatif. N’allons pas chercher dans le nouvel opus de la franchise un nouveau Fury Road, Man of Steel ou Logan, transcendances du style popcorn porteurs de messages d’humanité et d’imprégnations bibliques et mythologiques, mais plutôt un film dans la lignée directe de Fast and Furious, Le Transporteur ou encore Life. Il en faut comme il faut parfois un boite de nuggets pour recharger les batteries de nombre d’entre nous : des films à priori vides de sens mais spectaculaires et charismatiques, de nature à permettre un recul salutaire par rapport aux enjeux de la vie de tous les jours. En ce sens, The Predator doit probablement être jugé au regard de ce rôle, et rien de plus. Voici pour la grille d’analyse, que l’on s’efforcera de tenir au mieux.

The Predator

Le design de la créature est toujours aussi sympathique.

Qu’en est il, donc, des émotions cathartiques ressenties devant le nouveau Shane Black ? En premier lieu, et c’est totalement voulu par un créateur qui n’a jamais juré que par cela, le film déborde d’humour. Il n’est pas toujours très fin, certaines blagues datent un peu par exemple quand il s’agir de rire des handicaps, mais il fait souvent mouche. Tout passe par les personnages, une fois de plus, et c’est parce que bien des membres de l’équipe importante du héros constituent des machines à vannes que le film fonctionne : ici, le rigolo de service, là, la réincarnation intellectuelle et physique d’un Jésus sous amphétamines… Archétypes et même franchement stéréotypes se suivent sans déplaisir tant le film semble avoir conscience de leur inanité. De là à casser les codes ? Sans doute pas, The Predator est dans la lignée de Transformers 2 au regard de cet objectif, ne va pas plus loin que le respect de codes de toute comédie d’action qui se respecte sans jamais prétendre à la transcendance. En ce sens, il pourra paraître vain aux non initiés mais sera apprécié par les autres pour son absence de cynisme ou de prétention, plus rare qu’on ne le croit au sein des divertissements contemporains.

Est-il tout à fait percutant, toutefois, au regard de sa nature ? Sans doute pas assez, et c’est ce qui explique sans doute son accueil extrêmement froid dans son pays natal. The Predator est en effet, même dans l’analyse de la superproduction décérébrée qu’il est, trop imparfait pour prétendre rivaliser avec les grandes franchises qui lui sont opposés. Du point de vue du ton seul, d’abord, c’est quand il pense redevenir sérieux qu’il est le moins réussi, sans doute aussi en raison du manque de pertinence ou d’intérêt de l’intrigue entourant le jeune garçon interprété sans étincelles par Jacob Tremblay. Le propos du film, en ce sens, concernant les troubles du spectre autistique est franchement surexploitée, lourdingue et même empruntée à d’autres films. Comme pour le harcèlement scolaire, c’est quand le film tente d’évoquer des sujets de société qu’il est le plus balourd, tant sa forme et son objet lui impose de les traiter par dessus la jambe. Autant ne pas le faire du tout.

The Predator

L’action est présente et généreuse.

Peut-être le film manque-t-il aussi un peu d’exigence en terme de rendu visuel. Il n’est pourtant pas avare en idées, et se montre même assez généreux en spectaculaire et en effets sanglants. Toutefois, plus le film avance, plus le manque de finition se fait ressentir quand les têtes explosent ou les bras s’arrachent. Prévu pour être réservé aux plus matures du public, The Predator n’est en effet pas tendre et offre sa part de violence, celle ci restant donc totalement édulcorée par l’aspect très factice des mutilations. Malgré toute la bienveillance que l’on voudrait avoir, il paraît impensable qu’il tel objet soit aussi peu soigné lors de certaines scènes-clefs, si bien que le contrat semble parfois rompu malgré le spectateur.

Au fond, tout diverti qu’on est, on ne peut s’empêcher de temps à autres de regretter le film que The Predator aurait pu être, même au delà des problèmes liés à son manque d’exigence visuelle. Pourquoi le film n’a-t-il ni vraiment de début (le film commence en pleine débâcle et dans introduction), ni vraiment de fin (rien n’est vraiment réglé dans ce film qui balance au héros, avant le générique de fin, de quoi effectivement affronter les bestioles qui ne manqueront pas de revenir…) ? Où est l’iconisation, quand cette menace supposément mythique est introduite comme un personnage secondaire, balancée en début de film comme de la chair à canon ? Où est la constance dans ce film sans fil rouge, presque composé de sketches d’actions certes souvent réussis, mais sans véritable liant d’intrigue ? Pourquoi le Predator est il si bruyant, brutal, tenant plus de la bête sauvage que du chasseur tant vendu par les dialogues du film ? Où est, donc, la frayeur promise ? Au fond, pourquoi Shane Black et son équipe de production ont-ils confondu respect de cahier des charges et formatage évident ? Malgré tout le bien qu’on peut en penser, le film a un goût très amer quand on sait que son réalisateur osait, il y a quelques années, montrer un Tony Stark en proie à la souffrance psychologique et enfilant à peine l’armure d’Iron Man… Au fond, rien n’est vraiment osé, et les quelques aspects réussis n’empêchent pas l’inévitable oubli du lendemain de visionnage.

The Predator

La séquence d’introduction, bâclée, évite toute iconisation de l’extraterrestre mythique.

Reste que, sur le moment, on ne ressent pas d’ennui, et c’est avec un certain plaisir que se suit cet objet inconstant, sans vraie profondeur ni intérêt, qu’est The Predator. Au fond, on ne se rend compte de sa force que dans ce moment-là, tant il parvient sur le moment à prétendre qu’il plait. C’est déjà ça de pris.

Sortie le 17 octobre !

AMD