Sterling Point (Prime) : du bon, du bien, du frais
Parmi la tripotée de teen shows d’Amazon Prime, il y a Sterling Point, qui a fait son trou en ce mois d’août.
Les teen shows aujourd’hui, c’est beaucoup de personnages hystériques, de représentations très soulignées et de décontraction H24. C’est à tel point que je n’en suis quasiment aucun. Ce n’est pas tellement une question d’âge, même si, évidemment, je n’ai pas les mêmes attentes et que leurs problèmes ne sont pas les miens. Il est donc évident que je cherche des choses universelles : l’amour, l’amitié, le temps qui passe.
Les personnages sont, pour leur grande majorité, tous des pitres qui ne prennent quasiment rien au sérieux, ou alors à des degrés aléatoires. Tout prête à rire, à sourire, et les changements de ton sont assez schizophrènes. J’ai souvent l’impression que tous les personnages sont des Charlie XCX, des filles insupportables et incontrôlables.
Les représentations sont exacerbées. C’est une évidence : la jeunesse est ouverte, les séries avec des ados aussi. Et, génération oblige, on se sent parfois un peu sorti des préoccupations des autres générations.
Cela crée donc un contexte qui m’empêche d’apprécier beaucoup de teen shows actuels. Les derniers comme Off Campus, ou même Adults que je mets dans le même lot, ne m’attirent pas du tout. Le schéma semble toujours être le même, avec cette fille un peu ingénue et ce mec un peu toxique mais pas trop (Off Campus, Every Year After…), ou alors ce sont des groupes de jeunes qui semblent penser au présent et c’est tout (Adults, Overcompensation).
J’avoue que je cherche mon remplaçant de Dawson’s Creek depuis des années. Ce teen show était simple, parlait beaucoup, mais intelligemment. Il y avait peu de portables, pas de problèmes d’influence, de célébrité ou de surinterprétation de tout. Bref, Dawson, c’était la vie dans de beaux décors.
Voir arriver Sterling Point m’a donc surpris. La bande-annonce ne m’avait pas attiré immédiatement. Ça sentait les problèmes de famille et d’ados normaux, un peu clichés et sans cette petite once d’originalité. Et puis j’ai vu les paysages. La nature. Le temps. On sent les minutes et les jours. Les silences ont du sens. On prend le temps.
Alors j’ai lancé Sterling Point.
Au premier abord, cela commence comme beaucoup de séries, avec cette fille qui quitte sa ville pour un environnement auquel elle est étrangère. On a eu ça dans Hart of Dixie ou Sullivan’s Crossing. Cela rappelle aussi le retour aux sources de October Road ou Everwood.
Et puis le charme a opéré.
Cette ville lacustre a beaucoup de charme et semble vivre dans sa propre timeline. On n’est pas oppressé par la ville, les soirées, les téléphones ou la technologie. On se sent déjà reposé.
Et il y a Annie, jouée par Ella Rubin (The Girl from Plainville), aux faux airs d’Anne Hathaway. Elle veut en apprendre davantage sur sa famille, elle qui a été adoptée avec son frère. Elle hérite de l’île de son mystérieux grand-père au Canada.
Et elle découvre déjà un petit microcosme de jeunes gens comme Oona, Ramona, Ellis, Connor… Des jeunes sans téléphone, car ça ne capte pas très bien à Sterling Point. Alors ils sont dehors, ils se rencontrent, ils se croisent.
Il y a aussi des adultes comme Joe, joué par Jeffrey Dean Morgan (The Walking Dead), qui sont loin de mépriser les jeunes. Ils font partie intégrante de la vie de cette île.
Il faut le dire, le casting est plutôt bon côté filles. Côté garçons, on est surpris de voir des physiques plutôt banals, loin du stéréotype du joueur de foot ou du gars trop vieux pour jouer un ado. Mais ils manquent aussi un peu de charisme.
La série est vraiment portée par ses personnages féminins. On retrouve d’ailleurs la future princesse Zelda dans l’adaptation cinéma, en la personne de Bo Bragason.
Qui est derrière cette série ?
Sterling Point est une série originale. Aucun livre ne sert de base ! On respire !
C’est Megan Park qui est la showrunneuse de la série. C’est une actrice canadienne connue pour avoir joué le rôle de Grace Bowman dans La Vie secrète d’une ado ordinaire. Elle a réalisé deux teen movies sérieux et réussis : The Fallout, avec Maddie Ziegler et Jenna Ortega, et Mon futur moi, avec Maisy Stella et Aubrey Plaza.

Deux autres noms s’ajoutent à l’équipe : Josh Schwartz et Stephanie Savage, qu’on connaît très bien puisqu’ils sont derrière les séries Newport Beach et Gossip Girl, deux teen shows de la génération d’avant !
Autant dire que le CV de Sterling Point est solide.
Que raconte la série ?
Avec huit petits épisodes, on pourrait penser que la série va raconter l’essentiel.
Oui.
Et on regrette sincèrement qu’il n’y ait pas plus d’épisodes, tellement ce genre de projet se doit d’avoir au moins quinze épisodes pour raconter un peu le quotidien de ses personnages, les faire vivre, évoluer et se développer. En huit épisodes, Dawson n’avait encore rien raconté en saison 1. Tout prenait sens dans les derniers épisodes de la saison, car on avait appris à les connaître : leurs goûts, leurs envies, leurs relations.
En huit épisodes, tout va vite. Ils sont déjà tous amis depuis cinq ans en trois jours… Mais il y a de sensations de filler, des moments suspendus où ils vivent plutôt que de subir les intrigues.
Donc tout n’est pas parfait. Les rebondissements qui s’accumulent pour terminer la saison paraissent parfois un peu factices, mais les personnages sont plutôt attachants. Cette parenthèse estivale est ressentie. On sent qu’ils vont devoir se quitter. Et ça marche totalement.
Sterling Point fait du bien.
Ce n’est pas vieillot, il y a quand même un progressisme visible dans les relations LGBT. Les problèmes restent universels, côté amour et amitié. Les paysages sont mis en valeur dans des scènes intimes, des inserts de respiration et généreux. Si les personnages restent un peu clumsy pour faire rire la galerie, on est souvent dans l’introspection et on sait être sérieux la plupart du temps. Ce n’est pas Dawson’s Creek mais peu de séries ont réussi à recapter cette ambiance. Looking For Alaska l’avait frôlé. Sterling Point sent bon la vibe CW.
On aimerait vivre à Sterling Point.
Et revivre, un peu, nos 18 ans.




