Vous aimez Star Wars ? Ça tombe bien, parce que Disney en propose en long en large et en travers maintenant. Vous êtes pas contents, ça fait trop ? C’est pareil. Avant d’attendre la première conclusion de la nouvelle trilogie en décembre 2019, Disney nous propose donc un spin-off pour patienter, centré sur le personnage d’Han Solo.

Han est un jeune homme perdu sur une planète pauvre, avec pour seul repère sa bonne amie Kira. Seulement, un concours de circonstance l’amène à prendre part à un gros coup, dont sa vie dépend de la réussite. Son périple va l’amener à croiser la route de Chewbacca, Lando, le Faucon Millenium, et lui permettra de forger sa légende, celle du célèbre Han Solo…

Si vous aimez le cinéma incolore, inodore et sans vraiment de goût non plus, ce film est fait pour vous. Vous irez le voir avec raison pour l’étiquette Star Wars, et c’est sans doute aussi la raison pour laquelle il est si peu soigné : au fond, on vend une marque avec la pub qu’on en fait, et pas vraiment avec le produit lui-même. Plein de passerelles vers d’autres films à venir, d’introductions de personnages qui attendront d’autres spin-off pour être développés (se reposer sur l’excellent jeu de Donald Glover en Lando ne suffit pas pour en faire un personnage, et c’est sans doute la raison pour laquelle un spin-off sur lui serait à venir), le film est lui même une publicité, somme toute très bien faite. Peu d’enjeux, une histoire dont les ficelles sont si voyantes qu’on peut réciter les actions de tel ou tel personnage dès qu’on le voit arriver pour la première fois, des références énormes, attendues mais très bien placées, le film a tout d’une bande-annonce convaincante pour l’univers Star Wars !

solo

Le potentiel de conviction du film est d’autant plus étonnant quand on sait d’où il vient, Disney ayant renvoyé leurs réalisateurs le film à peine terminé pour le retourner entièrement. Le passage de Lord et Miller à Ron Howard devrait se voir comme le nez au milieu de la figure, pourtant on est frappé de voir à quel point la structure du film est solide. Comme si les créatifs de 22 Jump Street et la Grande Aventure Lego, non contents d’avoir vu leur film terminé à leur place, voyaient aussi leur travail totalement lessivé par le filmeur de Da Vinci Code. Rien ne semble en effet rester du travail des deux compères, ni l’humour (jamais méta ici, ni vraiment drôle tout compte fait), ni la créativité visuelle (le film est pénible à voir dans son premier quart tant la lueur est sombre, et le reste se contente d’une réalisation efficace, mais très automatique et purement fonctionnelle)… Le spectateur doit se contenter de ce qui est moins une proposition de cinéma qu’un spot de pub de 2h15, avec un début et une fin et quelques morceaux de bravoure (le passage sur Kessel).

Scène après scène, le film raconte ce qu’on attendait de lui. Ici, la rencontre avec Lando, ici celle de Chewbacca… Rien n’est vraiment raté mais rien ne décolle vraiment non plus, la faute à une exécution encore une fois très automatique. On pourrait sortir une liste d’items à respecter par Solo et les cocher un à un, pour en sortir très satisfait. Paradoxalement, le film a cette qualité que peu de blockbusters ont aujourd’hui, à savoir de proposer exactement ce que sa promotion avait vendu. Les surprises ? Ce sera pour plus tard, en ce sens il faut se contenter d’un retour de personnage iconique qui semble sorti de nulle part, sans doute lié aux séries animées produites par Disney… Pour le reste, il semble difficile aux acteurs de proposer plus que ce qui est attendu, le jeune Solo oscille entre mimétisme raté (ce sourire…) et rôle de composition plus intéressant. Gravitent autour de lui des personnages secondaires qui, faute de vraie écriture, sont assez bien, bien qu’automatiquement, interprétés (Lando est très convaincant, Harrelson joue le rôle qu’on lui connaît mais Emilia Clarke montre une nouvelle fois qu’elle n’a pas les épaules suffisantes pour ce qui dépasse son rôle de Kaleesi).

Que reste-t-il de Solo ? Les acteurs n’ont rien à jouer, mais le font bien, pour la plupart. Le film n’a rien à dire, mais le raconte bien. La mise en scène n’a rien à montrer, mais ne le fait pas si mal. Que dire de plus ?

AMD