15 ans ! Il y a 15 ans, Brad Bird frappait fort en délivrant un des plus grands films de super-héros de tous les temps, mastodonte d’animation, de subtilité et de passion pour les comics de l’âge d’or : Les Indestructibles. Aujourd’hui, des années ont passé mais la famille Parr n’a pas changé, et il est temps pour elle de reprendre du service, dans Les Indestructibles 2. 

Après avoir vaincu le Démolisseur, la famille Parr est sans ressources. Les super-héros sont toujours interdits d’utiliser leurs pouvoirs pour faire le bien, et les destructions simultanées au combat menacent d’engager leur responsabilité. Toutefois, le soutien mystérieux d’un milliardaire fasciné par leur image leur permet d’obtenir ce qu’ils veulent : une maison magnifique, une vie de pacha, mais aussi des combats organisés et filmés qui, à terme, devraient les réhabiliter aux yeux du grand public…

Les Indestructibles 2

Les vieux super-héros, apparemment par nostalgie, sont aidés à sortir du placard.

Reprenant quelques secondes après la fin du premier film, Les Indestructibles 2 offre au public tout ce qu’il était en droit d’attendre, et même plus. Nous avions été laissés pantelants, désespérés de savoir l’issue du combat de la famille contre le Démolisseur. Ce dernier se déroule à présent sous nos yeux, et est à l’image du film : ultra satisfaisant, admirablement lisible, tendu en diable. Une drôle de sensation arrive à l’écran lors de la transition visuelle entre le premier et le second film : les moyens à disposition de Bird ne sont pas les mêmes, et on voit médusés à l’écran nos héros se battre contre des montagnes d’idées animées exécutées avec un sacré panache, alors que le premier film était déjà une petite merveille visuelle. C’est tout le paradoxe du film, comme toute suite condamné à forcément faire moins bien que l’original aux yeux du public, malgré ses efforts évidents pour aller plus loin. Pourtant, à nos yeux, ce second opus lui est supérieur sur tous les points.

Les Indestructibles 2 est un film plein d’idées. Il paraît improbable de les traiter les unes après les autres, tant Bird les fond entre elles pour former un amas compact de thématiques dramatiques et d’idées visuelles à pleurer visuellement (parfois littéralement : le film est à déconseiller fortement aux épileptiques vu l’emploi qu’il fait des lumières stroboscopiques). On entend ici et là que l’intrigue est prévisible, ce qui prétexterait qu’on dise que le film est vide et n’invente rien. On dirait ici que l’intrigue a finalement assez peu d’importance, le fil rouge n’étant que prétexte à innover dans la manière que Bird a de le traiter. Comme dirait l’autre, toutes les histoires n’ont-elles pas déjà été racontées ? On attend encore la liste d’exemples de films de cette nature ayant à ce point renversé le modèle du premier film, par le biais du genre : Elastigirl est choisie pour assurer les missions, quand M.Indestructible est « condamné » pour la majeure partie du film à rester à la maison pour s’occuper des enfants. Sur ce point, le film est toujours savoureux et bien pensé, détournant les poncifs attendus (le père fort en maths ? Nous verrons ça ! le méchant attendu ? Attendez de voir !) pour en faire de vrais gags, jamais moqueurs mais toujours malicieux.

Les Indestructibles 2

Elastigirl est parfaite.

Cette richesse thématique passe bien sûr par un traitement renouvelé des personnages clés du film. Ce dernier tient autant aux aspects physiques qu’aux aspects plus intellectuels de nos héros. Physiquement, c’est clairement Jack Jack qui vole l’écran : ce qu’on avait aperçu dans le premier film et dans le court-métrage consacré au personnage est ici un élément important du film, puisqu’il s’agit pour le bébé d’être un Indestructible à part entière, alors que les parents sont loin d’imaginer qu’il est doté de pouvoirs. Sur ce point, Les Indestructibles 2 ne déçoit jamais et les moments les plus drôles de films sont consacrés au bébé, notamment lors d’une scène hilarante et incroyable en terme d’idées, qui montre l’enfant se battre contre un raton laveur. Du point de vue de la personnalité, l’enfant est aussi développé, et on admire médusé la manière dont il imite Edna Mode après avoir été gardé par cette dernière… Jack Jack est définitivement le moteur du film, et son meilleur atout.

Pourtant, loin de nous l’idée de faire de Jack Jack le seul intérêt du film. Les personnages sont tous formidables, entre Violette qui traverse les affres de l’adolescence et peine encore à trouver sa place dans une famille pleine de personnalités si fortes et particulières, et surtout Elastigirl qui montre sur tous les points son potentiel admirable. On s’amuse des idées géniales trouvées par Bird pour exploiter le pouvoir d’élasticité de l’héroïne, et son duel contre l’Hypnotiseur lui permet de briller comme jamais. On est toujours surpris par la bienveillance qui caractérise le cinéma de Bird, son absence complète de cynisme qui fait tout son honneur : Elastigirl en est le symbole parfait, on voudrait voir tous les personnages féminins du genre traités avec le même respect et le même point d’honneur à montrer leur valeur humaine. Seul le petit Flèche, dans cet exercice de développement, semble rester en retrait : son intérêt est principalement sa rapidité et il ne sort jamais vraiment de son rôle de sale gamin qu’on lui connaissait déjà dans le premier film.

Les Indestructibles 2

Jack Jack pourrait avoir un film à lui tout seul…

Tant de choses restent à dire sur le film. La manière dont il s’empare d’un certain nombre de thématiques pour les faire siennes offre au film une densité particulière et admirable : quand le film parle de l’hypercommunication, du rôle de l’image dans la manipulation des foules et même des personnages filmés, il est aussi pertinent que quand il évoque, et c’est encore son sujet de prédilection, les liens familiaux et de filiation. Finalement, le film rayonne surtout, on a pu le dire, par son humanité, on le sent libre de contraintes et c’est sans doute la raison pour laquelle il est déjà si souvent cité en modèle de comparaison aux autres films du genre, certains oubliant parfois les différences importantes de contraintes de production qui existent entre les films. Reste qu’en lui même, et sans comparaison nécessaire, Les Indestructibles 2 est admirable et emporte immanquablement et avec une facilité déconcertante le sourire et la fascination du spectateur. Franchement, foncez-y.

AMD