Critique du film FALL
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Fall : vertiges de la tour

Fall est de ces films où vos phobies sont assisses à côté de vous et vous regardez dans les yeux en vous disant : t’as peur hein ?

Et si on escaladait une tour de métal de 600 mètres de haut ? Et si on ne pouvait plus redescendre ? C’est un concept et un pitch simples et Fall transforme l’essai avec une certaine efficacité.

Becky (Grace Caroline CurreyShazam) et Hunter (Virginia Gardner, Runaways) sont adeptes de l’escalade. Lors d’une ascension, le petit ami de Becky fait une chute mortelle. Un an après le drame, Becky n’a toujours pas retrouvé goût à la vie. Hunter lui propose de jeter les cendres du défunt du haut d’un émetteur radio de 600 mètres. Lors de l’ascension, l’échelle en très mauvais état se détache. Elles se retrouvent coincées au sommet de la tour.

Il y a des films comme Instinct de Survie (The Shallows) avec Blake Lively ou Buried avec son mari Ryan Reynolds qui vous mettent face à certaines peurs primales comme celle d’être enterré vivant ou d’être entouré de requins. Si le film est suffisamment bien emballé, c’est une réussite totale et on en ressort moite. Ces sueurs froides sont rares alors autant mettre en avant les films qui osent. Produire et tourner des séquences de solitude, de claustrophobie n’est pas chose aisée. Souvenez-vous de James Franco et de son bras coincé dans 127 Heures ! Pour rendre réalistes des situations aussi insoutenables, il faut qu’on y croit et qu’on y mette les moyens !

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Fall de Scott Mann y arrive plutôt bien ! Filmer en hauteur nécessite l’utilisation de drones et d’effets visuels propres. Pour une super-production, tout parait facile. Dans le meilleur des cas, il vous faut un Tom Cruise en forme et ça nous donne la scène du Burj Khalifa dans Mission Impossible 4. Alors pour un film à petit budget, c’est le système D qui prévaut. Fall et ses quelques millions de dollars ne font pas pâle figure. Même si on tique sur quelques fonds verts assez brouillons, le reste du film est plutôt propre. La sensation de hauteur – et de vertige – est là. Les tripes sont serrées à chaque situation où les personnages sont suspendus.

Quel est le secret ? Les actrices ont quand même tournées sur une tour reconstituée de la taille de la Tour Eiffel, soit 300 mètres. C’est déjà un exploit en soi.

Et si techniquement, le film est solide, c’est plutôt du côté de l’histoire que Fall perd des points. Les dialogues sont assez plats (si on accepte aussi l’improvisation de certaines situations), régurgitant des tunnels sentimentaux, des prises de conscience, des discours motivants. Au sommet de la tour quand, dans la vie normale, on ne devrait dire que des platitudes, les personnages se mettent à créer du drama dans des conflits un peu artificiels et entourés de scènes un poil grotesques.
Les situations pour amener du spectaculaire ou de la tension ne sont pas les plus intelligentes, et les bonnes idées sont présentes, mais ne tiennent pas la longueur. Le grotesque ne tue pas, c’est aussi le cahier des charges de ce genre de film : les décisions des personnages sont rarement aussi rationnels qu’on ne le pense.
 Le concept est alors plus fort que le film lui-même. On pardonne vite les écarts qualitatifs et créatifs. Que raconter au sommet d’une tour sur une passerelle d’un mètre sur un mètre ?

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L’ennui ne nous guette pas sauf que les situations dites grotesques et un peu étendue font que la durée du film, qui atteint les 1h40, aurait pu aisément être ramené à 1h20. Notre patience est récompensée par une conclusion loin d’être évidente.

Le casting est convaincant, même si on ne comprend toujours pas l’exploitation facile de la poitrine d’un des personnages…

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On croit à cette histoire malgré des situations où les détails qui semblent insignifiants trouvent leur écho plus tard (on appelle ça le fusil de Tchekhov où on montre et on insiste sur un objet qui aura une utilité plus tard). On salue la performance du duo Gardner / Currey et vous pourrez aussi profiter de la présence de Jeffrey Dean Morgan en figure paternelle.

Pour l’anecdote, Fall a bénéficié d’une censure par la technologie. Les actrices improvisaient beaucoup de jurons dans les dialogues. Le mot « fuck » a été trop souvent utilisé pour permettre au film de sortir sans signalétique contraignante. Au lieu de retourner les scènes, la production a utilisé un système d’intelligence artificielle pour effacer le mot et transformer les mouvements de lèvres en quelque chose de moins grossier comme « freak ».

Fall est un petit thriller efficace à l’identité forte. Alors qu’on nous abreuve de films de requins, il n’y avait pas plus simple pour offrir des sensations fortes et naturelles.

Ne faites pas ça chez vous !

Fall est dans les salles américaines depuis août. Aucune sortie française n’est prévue.

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Tom Witwicky
Créateur de SmallThings, 1er Geek Picard de la planète Exilé dans le 92

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