Projet de 15 ans, The Meg, adapté du roman de Steve Alten, arrive enfin sur nos écrans. Alors film de requin qui prend l’eau ?

Roman de 1997, Meg a intéressé Jan de Bont (Speed) pendant quelques années avant que New Line n’enterre définitivement le projet en 2007. La pré-production était quand même avancée avec quelques concept-arts notamment.

Mais c’était mal connaître Hollywood qui, désormais, s’intéresse à produire des idées de nanars à coup de 150 millions d’euros. Après Rampage, place à The Meg qui voit Jason Statham face à un requin préhistorique géant. On colle Jon Turtletaub, vieux briscard derrière Benjamin Gates, Last Vegas ou encore Rasta Rockett, derrière la caméra.
Au casting, outre Statham, beaucoup de têtes connues sont là comme Masi Oka (Heroes), Ruby Rose (prochaine Batwoman et apparue dans Orange is the new black), Rainn Wilson (Dwight Schrute de The Office), Cliff Curtis (10.000, Fear The Walking Dead), Page Kennedy (Radon Randell dans Blue Mountain State). Blockbuster oblige, le marché asiatique s’intéresse au projet et le co-produit. Dites donc bonjour à Li Bingbing (Transformers 4) et Winston Chao.

The Meg n’était pas le projet le plus attendu du monde mais pour les amateurs de films de monstre et de films de requin, le projet avait de la gueule. Depuis le succès des téléfilms Sharknado, il y avait un public d’amateurs qui pouvaient intéresser les investisseurs. The Shallows (Instinct de survie) était un bon exemple de film de requin qui prend la chose au sérieux. Depuis Open Water en 2004, on n’avait pas vu ça.

Rebaptisé en France, En Eaux Troubles, le film de Turtletaub est un très honnête divertissement. Evidemment, il n’évite aucunement les grosses ficelles du film « produit » (dans tous les sens du terme). Les ficelles grossières sont là dès le début avec le héros retiré des affaires qui se réfugient dans la boisson et qui sera rappelé, le milliardaire mégalo, les scientifiques rigolos, l’enfant trop mignon, le black qui a un nom trop cool (DJ !) et enfin les personnages asiatiques pour le box office asiatique qui auront des rôles clé. Et en parlant de l’Asie, la morale orientale sera aussi présente avec notamment une scène entre père et fille où l’honneur familial est de mise. Typiquement asiatique. Et un dernier exemple de l’emprise des « billets verts chinois » est la scène qui présente Shanghai pendant une minute… tout ça pour aller au milieu de la mer et annoncer sur l’écran « à 300 kilomètres des côtes chinoises ».

eaux troubles

Venons-en au script qui ne perd pas de temps. Les opérations de sauvetage se succèdent à un rythme effréné. Statham s’impose en héros cliché mais sans grosses fautes notes tandis que le requin se montre gentiment. Les scènes sous-marines de la première partie du film sont bluffantes, claustrophobes avec un suspens plutôt bien senti. La seconde partie du film est destinée à la traque et ça devient lentement un combat humain / megalodon.

En Eaux Troubles ne s’embête pas trop de montrer la menace, elle est quasi inexistante pour le commun des mortels. Mais pour les personnages, elle est omniprésente. La panique, le danger, les morts ne jouent pas sur le terrain du public. A peine la scène de la plage saura vous divertir mais 5 minutes, c’est trop peu. La prise de risque est donc minimum. Quand on voit que Piranha (2010) d’Alexandre Aja, s’en donnait à coeur joie, on a le droit d’être frustré de ne pas voir la même chose.

Le film de requin n’est jamais facile à aborder, soit on fait un film décomplexé comme tous les nanars comme Shark Attack et 2-Headed Shark mais avec du budget, soit on fait un film sérieux comme The Shallows. The Meg a l’apparence douteuse du projet bancal qui hésite sans cesse entre le divertissement putassier et la traque dramatique. Au final, comme Rampage cette année, le film fait le minimum syndical dans la portée dramatique, est généreux dans son action mais ne dépasse pas la limite pour être… cool ! Quand un des personnages, voyant Statham allait au charbon comme un héros, s’exclame « Cool ! » , on ressent la même chose. Alors que veut-on? Plus ou moins? Du grossier ou du cohérent? Peut-être un peu plus de sang, le film est bien trop sage et justifie son PG-13 à défaut du fameux Rated-R qui était prévu.

A noter pour finir la toute fin du film qui nous propose, après un faux suspens, un très désuet panneau FIN  qu’on n’avait plus vu depuis des lustres…

Puisqu’il faut défendre ce genre du film de rquin, allez-voir En Eaux Troubles, très honnête proposition, encore différent d’un The Shallows, d’un Jaws et finalement d’un Deep Blue Sea qui, lui, était conscient de son identité.