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Critiques de films

Detective Conan : The Scarlet Bullet – Le Fantôme des J.O. de Tokyo ?

Le film Detective Conan: The Scarlet Bullet (名 探 偵 コ ナ ン 緋色 の 弾 丸, Meitantei Konan Hiiro no Dangan ) vient de sortir au Japon le 16 avril 2021 (et c’est déjà un beau succès). Il devait normalement être diffusé dans les salles nippones en avril 2020, mais une certaine pandémie a reporté sa sortie.

Il s’agit déjà du 24e opus de la célèbre saga de film des « Detective Conan », le précédent se nommant « Detective Conan et le Poing de Saphir Bleu » sorti en 2019. En France, la sortie était également prévue le 21 avril 2021, mais la crise sanitaire qui s’éternise a malheureusement repoussé sa sortie. Pourtant, au bout de 23 films, c’est la toute première fois qu’un long-métrage Detective Conan débarque dans l’Hexagone. Et il lui en a fallu du temps, vu que la série, née en 1994 sous le coup de crayon de Gosho Aoyama, en est à son 98e tome de manga et à plus de 1000 épisodes dans la série animée !!! Ce grand classique défie les ravages du temps en nous resservant toujours de nouvelles énigmes policières, ce qui en fait l’un de ses secrets de longévité. Mais qu’en est-il de cette énième enquête au cinéma ? Smallthings est allé le voir pour vous.

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Résumé rapide de la série : Bien qu’il ne soit pas indispensable de connaître tous les épisodes précédents pour apprécier ce film, un rappel indispensable de la série est effectué dès le générique du long-métrage, afin de s’y retrouver. Conan est en réalité Shinichi Kudo, un lycéen qui a eu le malheur de se fourrer dans les affaires de « l’Organisation des hommes en noir». Une fois qu’il a été capturé, les membres de cette Organisation lui ont fait boire une drogue, l’APTX, qui a rétréci son corps au lieu de le tuer. Lui… Ainsi que Shiho Miyano, la créatrice de cette même drogue ! Ils sont pour l’instant incapables de trouver un antidote permanent, et doivent travailler ensemble dans des enquêtes. Afin de ne pas se faire repérer, ils se font tous deux passer pour des enfants. Shinichi a bien sûr changé de nom pour se faire appeler « Conan » et il vit chez le père de Ran Mori, son amie d’enfance, mais qui est bien plus grande que lui. Conan est amoureux de Ran mais il ne peut rien lui dire de part sa petite taille, et surtout parce que cela la mettrait en danger. Lors de ses enquêtes, il fait tout pour la protéger en plus de ses recherches d’indices.

Parallèlement, il travaille avec Shiho, bien sûr, mais aussi avec Masumi, une détective venue de Londres avec sa mère Mary. Mary a également été intoxiquée à l’APTX, c’est pourquoi sa fille s’est rapprochée de Conan pour trouver un antidote. Elle a un frère qu’elle ne parvient pas à retrouver : Shuichi Akai. Il est en fait devenu un agent du FBI très talentueux et méthodique, mais qui se déguise régulièrement, ce qui empêche Masumi de le reconnaître. Masumi est une alliée précieuse pour Conan, surtout dans ce 24e film : sa rapidité et sa force de déduction se montreront utiles afin de confondre les véritables criminels. Nous ne pouvons hélas pas détailler chaque personnage du film car ils sont très nombreux : tout expliquer reviendrait à rallonger cette critique de 5 pages au moins ! Mais passons tout de suite au reste du film.

Résumé du film sans spoiler : Conan, Ran, Shiho et ses amis de l’école primaire sont invités à un congrès où ils découvrent le lancement des World Sports Games à Tokyo, soit les WSG. Un tout nouveau train sera inauguré à cette occasion, le « Hyper Linear » ou « Japanese Bullet », capable de rouler à plus de 1000 km/h. Mais lors de ce congrès, des enlèvements étranges ont lieu, sans que la violence n’ait été utilisée. Les enlèvements concernent toujours de hautes personnalités, mais à chaque fois elles sont retrouvées saines et sauves, tout juste assommées. Conan fait directement le lien avec une affaire similaire survenue 15 ans auparavant à Boston. Sauf qu’à cette époque, l’un des patrons enlevés s’était enfui… avant d’être abattu d’une balle dans le dos. L’auteur du crime avait été un Japonais injustement accusé par le FBI, et qui a dû être rapatrié au Japon avec sa femme et sa fille…

Comme nous pouvons le constater, les WSG font directement allusion aux Jeux Olympiques de Tokyo qui devaient avoir lieux en 2020, justement. Et le film devait sortir en avril de cette même année, c’est pourquoi on ne peut s’empêcher de faire le parallèle. C’est d’autant plus étrange que cette cérémonie est gâchée par des enlèvements suspects avec une ambiance de paranoïa qui n’est pas sans rappeler l’épidémie de Covid-19. Malgré tout, c’est très rafraîchissant de revoir Conan dans cette ambiance délétère, petite figure familière de notre enfance qui ajoute un semblant d’espoir dans toute cette atmosphère. Shiho travaille de concert avec lui, ainsi que les agents du FBI dépêchés sur les lieux suite à la forte similitude des événements de Boston. Tous les personnages de la série sont là ou presque, et ils ont chacun leur personnalité, leurs manies et leurs talents. On apprécie de les retrouver même si l’on ne connaît pas la série, un peu comme de vieux amis que l’on revoie des années après ! Les indices se multiplient au fur et à mesure, les événements se confrontent jusqu’à former le puzzle final, les réflexions fusent et les révélations s’enchaînent au fur et à mesure de l’intrigue. Le tout donne un résultat savoureux avec une histoire bien ficelée « à l’ancienne » qui nous tient en haleine. Le tout reste certes classique, mais très efficace. On voit bien les grosses ficelles de ce type de série à la Sherlock Holmes, mais qu’importe, on en redemande ! A présent, attention, car nous allons passer à la partie spoilers.

 

La suite de notre critique comporte des SPOILERS majeurs susceptibles de gâcher votre visionnage. La suite de la lecture s’effectue à vos risques et périls.

                       Suite à un « quench » survenu dans un hôpital, causant un autre enlèvement, Conan doit s’infiltrer dans le « Japanese Bullet » qui a démarré vide pour plus de sécurité. Un quench survient lorsque le système de sécurité d’un scanner d’IRM se met en marche (c’est un peu plus compliqué que ça, mais c’est pour résumer). Comme le responsable de cette panne devait être à proximité des aimants magnétiques du scanner, son téléphone portable n’a pas pu tenir le coup. Les agents du FBI ont donc l’idée pas exagérée du tout d’appeler tous les détenteurs d’un téléphone portable dans le Shinkansen, afin de retrouver le coupable (!) Et le coupable n’est autre que… la fille du Japonais accusé à tort du meurtre du patron enlevé à Boston. Ayant vécu dans la honte et voulant venger la mort de sa mère à cause du déshonneur, c’est elle qui est à l’origine des enlèvements. Parallèlement à ça, Shuichi Akai, le frère de Masumi et agent du FBI, met ses talents de snipers à contribution. Pour rappel, c’est lui qui s’est infiltré jadis dans l’Organisation des hommes en noirs et depuis, il en est ressorti avec le surnom de « Silver Bullet ». Ce n’est pas pour rien qu’il a un tel surnom. A des kilomètres de «l’Hyper Linear », Il tire une balle en argent au millimètre et à la seconde près, blessant la coupable qui menace de son arme Conan, Masumi, et l’ancien chef du FBI qui travaillait sur les évènements de Boston. « Silver Bullet » est un nom très proche de « Scarlet Bullet »… Il est indéniable que Shuichi est bien plus important que Conan dans cet épisode.

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Ajouté à cela que les scènes d’action sont très impressionnantes bien qu’elles fassent un peu sourire : les 1000 gadgets de Conan dans sa montre, ses deux portables, les réalisations fulgurantes à la seconde près, des trucs et astuces façon « parfait petit détective » sont un peu redondants mais… ça fait aussi partie du charme de l’œuvre, quoiqu’on en dise ! C’est un style à la Agatha Christie, on aime ou on n’aime pas, mais ça reste indéniablement un classique.

Un peu plus tard, on apprendra que le deuxième complice n’était autre… que l’ingénieur qui a conçu le train lui-même. C’était un peu gros comme révélation. D’autant plus que les saboteurs des SWG ont fait tout ça pour rien, sachant que le Japonais arrêté à Boston… était bel et bien coupable. Le FBI l’avait exfiltré au Japon en le faisant passer pour un innocent, mais apparemment en vain. Est-ce une manière de montrer que le Japon doit se montrer moins méfiant envers les Américains ? C’est sans doute une possibilité. Ce que je trouve personnellement dommage, c’est que dans beaucoup d’épisodes de Conan, le coupable est souvent une personne fragile injustement traînée dans la boue elle et sa famille, avec un passé authentiquement douloureux, et qui se venge pour de bonnes raisons. Mais ça ne l’empêche pas d’être punie à la fin. Ça nous laisse avec un sentiment d’injustice un peu frustrant, car on aurait plutôt aimé arrêter une véritable ordure qui l’aurait bien mérité. Mais ce n’est que mon avis.

 

   En conclusion, nous pouvons affirmer sans hésitation que ce film est une réussite totale. Il est très équilibré entre les scènes d’actions, les scènes comiques et celles plus calmes, avec un scénario dense au timing serré mais c’est justement ce qui fait tout le suspens du film. C’est un peu comme si nous avions devant nous un coffre-fort avec une douzaine de verrous qu’il fallait décoder un par un pour avoir la clé de l’histoire. Nous sommes tenus en haleine du début à la fin, tout va à 100 à l’heure, et malgré le très grand nombre de personnages au passé très dense, ils ont chacun leur place et leur utilité dans le long-métrage et comme dit plus haut, nous sommes presque « heureux » de les retrouver. Il y a une seule chose qui m’a choquée dans le rendu de l’animation, c’est la grosse différence de dessin entre les personnages principaux de la série, et les nouveaux, ainsi que la foule plus lointaine. Conan et son entourage ont un chara-design très reconnaissable, très « années 90 » avec de gros yeux et les cheveux en pointe, ce que n’ont pas du tout les autres personnages de ce nouveau film. Les autres sont dessinés de manière plus réaliste, avec des traits équilibrés et de petits yeux, ce qui est très étonnant ! La logique voudrait qu’ils soient tous dessinés pareils, enfin je crois ? A noter également l’utilisation très présente de la CGI, surtout pour animer le train et les scènes d’action, mais c’est déjà moins choquant.

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Une scène post-générique existe à la toute fin : on y voit seulement Shuichi qui a retrouvé son déguisement, seul dans sa voiture la nuit, mais qui menace de se faire tuer par Mary. Mary qui ignore complètement qu’il s’agit de son fils. Cela annonce certainement un autre film sur Conan, et vraiment nous avons hâte ! Eurozoom a eu du flair en proposant un film de cette série mythique en France, et on espère que cela se poursuivra. Gosho Aoyama, l’auteur des aventures de Conan, avait déclaré qu’il avait la fin de la série en tête dans une vieille interview de 2007. Pourtant, bien que nous soyons en 2021, il ne semble pas prêt de s’arrêter… Cela a peut-être ses inconvénients, mais aussi ses avantages. Et je ne parle pas seulement du point de vue financier. Conan est un héros de notre enfance, tout comme Goku, Sailor Moon, ou Saint Seiya. Et cela fait parfois du bien, en ces temps troublés, d’avoir des repères aussi rassurants. Des repères qui ne vieillissent pas en même temps que nous, des repères qui nous apaisent en ces temps d’inquiétude, et qui nous redonne la joie de vivre d’un enfant.

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