ActusInterviewsSériephilie

« Ainsi Soient-Ils » (Arte) : l’intranet des Capucins, extranet du LOL (interview)

Dans la série des extensions transmédia de leurs programmes, Arte n’est pas en reste, loin de là. Après un minisite très sophistiqué en marge de la saison 2 de « Real Humans », l’équipe du pôle Web a pris l’approche inverse pour « Ainsi Soient-Ils », en mettant sur pied un faux intranet désopilant du séminaire des Capucins.

Capture d’écran (2)

Des tests psycho-affectifs à des pistes budgétaires qui seront mises en avant dans la saison 2 diffusée dès ce soir à 20h45, l’intranet des Capucins offre une prolongation interactive de la vie au séminaire dans la série. Mais avec un twist de taille : n’ayant visiblement pas mis à jour leur intranet depuis 1998, les infos des séminaristes sont dispatchées avec un sens du mauvais goût sans égal. Une pochade-surprise, en ligne depuis une semaine, qui est décryptée par le chargé de programmes Web d’Arte France, Alexander Knetig, qui a travaillé sur le site avec l’agence Super Gazol.

Comment s’est déroulé l’élaboration du webdesign très old-school de l’intranet?

Alexander Knetig : C’est bien sûr volontaire. L’idée était de se dire qu’ « Ainsi Soient-Ils » est une série qui fait d’excellentes parts d’audience et parle à un public relativement jeune. SI on veut accompagner la série sur le Web, il faut trouver une entrée plus second degré, plus geek, afin d’acquérir un public qui ne regarde plus forcément la télé, mais peut être intéressé par nos séries. Il peut venir à travers le replay et le +7 notamment. On avait imaginé le concept en lien avec les épisodes : si vous voyez les tractations entre le Pape et la conférence des evêques de France, l’Eglise est vue comme une entreprise très hiérarchique, qui a un département RH pas très au point, tout comme son équipe de communication interne. On s’est dit que ça pourrait être marrant de trouver un point commun à cette Eglise en tant qu’entreprise. Et quel est le point commun à toutes les petites et grandes entreprises? L’intranet.

A quel point vous avez poussé le bouchon pour être « volontairement » rétro, et vous inspirer des sites de la fin des 90s?

Alexander Knetig : On a demandé à l’agence Super Gazol d’être le plus rétro possible. Certains DA s’y sont opposés, parce qu’ils veulent quand même mettre en avant leur travail ailleurs (sourires). Clairement, pour nous, on s’est dit : « Plus on va pousser le bouchon, plus l’internaute va remarquer le second degré ». Au départ c’était très sobre, mais là on est sur quelque chose d’assez ignoble. Si les Capucins avaient un intranet, ça ressemblerait pas à un site très classe, ça ressemblerait à peu près à ça.

Le trombinoscope mélange des acteurs de la série et des gens qu’on n’a jamais vu. C’était une volonté d’étendre, malgré tout, l’univers des Capucins sur Internet?

A.K. : Oui, tout à fait. L’idée était d’étendre l’univers narratif à côté du site un peu plus classique, pour informer sur les personnages, et qui va faire la majorité des visites. On est clairement sur quelque chose d’humoristique, avec les options des séminaristes ; et le test psychologique, inspiré des tests psycho-affectifs de la série, mais qui n’est pas exactement la même chose. Là on a été chercher du côté des atroces tests de pureté qui faisaient fureur au début des années 2000. Et aussi le « serious game » qui n’est pas très « serious » sur le budget de l’Eglise.

A quel point la production a-t-elle été impliquée dans la création de ce site, et en valider certains aspects?

A.K. : Nous avons consulté la production, après elle n’était pas impliquée dans l’élaboration des éléments, à la différence de certains autres séries de la chaîne. Dans certains cas c’est vraiment important pour nous que les auteurs soient impliqués dans le processus ; dans le cas d’ « Ainsi Soient-Ils » c’est vraiment un projet qui s’est fait à part de la production, mais avec une validation à plusieurs étapes. On faisait un gros pas de côté par rapport à l’univers narratif de la série, ce qui nous semblait nécessaire pour acquérir un nouveau public, plus Web et plus second degré à notre sens.

Vous-ont ils demandé de revenir sur certains aspects, concernant la rupture de ton? Quelle a été leur réaction en découvrant les rubriques du minisite?

A.K. : Globalement, la réaction a été bonne, ça les a fait rire. On nous a dit : si vous allez sur ce créneau, poussez le bouchon vraiment loin, pour qu’on voie que c’est du second degré. Ils étaient très bons joueurs, à la fois nos collègues de l’unité Fiction et la production. Ils nous ont conseillé de ne pas trop coller aux trames narratives, même si on en respecte certaines. Dans ce cas, faites un site multicolore, de façon à ce qu’on voie que c’est à l’intérieur de cet accompagnement sur le Web, mais de manière volontaire, un pas de côté par rapport à l’univers de la série.

Est-ce que le site va évoluer avec la diffusion de la saison 2? Et quelles rubriques?

*ATTENTION SPOILERS*

A.K. : Effectivement il y aura différentes mises en avant selon les semaines. Il y aura une mise en avant du budget la deuxième semaine, où on va surtout parler des problèmes d’argent et cette épée de Damoclès qui commence à peser sur le séminaire des Capucins. En troisième semaine, on parlera de la partie santé, des prières et des rites, et en quatrième semaine, on mettra en avant la brocante avec la possible fin du séminaire des Capucins, comme s’il y avait une grande braderie. On a tout mis en ligne de suite, car d’expérience, avec des mises en ligne progressives, les gens ne revenaient pas au-delà de la première semaine, alors qu’il y avait de nouvelles choses. On fera de l’animation sur le site d’Arte et sur nos réseaux sociaux, en fonction des extensions narratives en rapport direct avec ce qui sera en diffusion sur les quatre soirées.

Vous vous êtes amusés, sur des séries comme « Odysseus », à créer des faux comptes Twitter pour des personnages secondaires. Sera-ce le cas avec « Ainsi Soient-Ils »?

A.K. : Ce n’est pas dans le projet, non, on l’avait étudié pour ces programmes. On est plus dans la mise en avant de contenus sur les réseaux sociaux que dans la création de contenus. Y a des visuels, des petites vidéos qui vont circuler, mais qui vont renvoyer vers l’intranet des Capucins.

Est-ce qu’en poussant le bouchon si loin, est-ce que vous n’avez pas peur d’être mal perçus par la communauté chrétienne? Au niveau de l’utilisation de l’humour, était-ce une inquiétude?

A.K. : Ce n’était pas une inquiétude de la production ou de nous. On essaie de montrer à la communauté chrétienne qu’on est pas sérieux et qu’il ne faut pas le prendre au premier degré. Il faut voir les réactions de la communauté chrétienne, la saison 1 ayant fait l’objet de polémiques. On est jamais à l’abri de ça, clairement. On essaie de rire de ça, et d’une morale un peu rigide, mais pas de la foi ou de la croyance en soi. Ce n’est pas une attaque volontaire ou voulue envers la communauté chrétienne.

Vous avez fait quelque chose de technologiquement avancé avec « Real Humans », puis de très lo-fi avec « Ainsi Soient-Ils »… C’est quoi la suite?

A.K.: La suite, c’est une intégration de plus en plus importante des séries dans le Web. On essaiera de faire de belles extensions pour les séries à venir. Le privilège en travaillant pour Arte, c’est qu’on part toujours du contenu.  Je ne pourrais pas vous dire comment, systématiquement on va poursuivre l’accompagnement de nos séries. Y aura de très belles choses en 2015, pour « Peaky Blinders », et en coproduction pour la saison 2015-2016 : une série en tournage, « Trépalium », et « Occupied », sur une idée de Jo Nesbo.

En d’autres termes, vous réfléchissez aux extensions transmédia de plus en plus tôt, dès la mise en chantier des séries…

A.K. : Tout à fait, afin d’impliquer les scénaristes, les porteurs d’idées originales et les scénaristes, dès le début. Y a de plus en plus de demandes, ce qui ne fait que nous encourager dans ces démarches-là. Tout dépend du travail des auteurs, ce qui est plutôt une belle chose. Mais la stratégie sera toujours proche : l’idée est d’offrir une expérience complémentaire au téléspectateur, mais aussi attirer un public qui ne regarde plus la télé, mais sera intéressé par les programmes d’Arte. Aujourd’hui ne pas regarder la télé ne veut pas dire ne plus regarder de séries, bien entendu. Il ne s’agit plus de se plier à la grille de programmation de ce meuble trônant au milieu du salon. Y a un potentiel d’audience sous-exploité, des 25-45 ans, disons.

Est-ce que vous avez testé la compatibilité de l’intranet des Capucins sous Windows 98 ou Windows 2000? 

On l’a testé sous smartphone et tablette, donc ça marche pour ces supports, mais on a pas de matériel pour vérifier. Mais on a essayé de coller à du 3.1, donc j’imagine au vu le côté un peu low-tech, que ça doit fonctionner.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *