Tombé sous le charme du premier épisode de Atypical, on a voulu vous dire tout ce que la série propose tellement elle est généreuse.

Sam, un jeune autiste de 18 ans découvre que l’indépendance va se gagner maintenant. Sa famille, elle, découvre que les choses « normales » de la Vie sont les plus difficiles à gérer.

On ne peut que difficilement vous dire plus que ce qu’on a dit pour le premier épisode. Atypical reste très fidèle à ses débuts et arrive sans peine à faire durer le plaisir.

Dans un prochain article, nous parlerons de l’éloge de la simplicité avec des séries comme This Is Us, Better Things, Downward Dog et Atypical. Car c’est bien simple, Atypical ne révolutionne rien mais nous parle avec une aisance rare sur les choses de la Vie. Il y a une différence étrange et fascinante entre les séries dramatiques que l’on connaît et ce genre de séries. La façon dont on raconte les sentiments a changé. Atypical ne se complique pas avec des intrigues longues et pesantes. Tout semble d’un naturel confondant. C’est peut-être banal comme traitement et nous sommes peut-être conditionnés avec des séries majoritairement boursouflées par des intrigues lourdes. Personne ne se comprend car chacun a son mode de pensée et d’interprétation. L »autisme est donc une fenêtre vers plus de simplicité et clarté. Sam, qui parait hermétique, est en fait celui qui est le plus alerte. La légèreté d’Atypical tranche avec cette atmosphère de conditionnement.

atypical critique

Le premier degré permament de Sam nous fait rendre compte de la complexité de la réception des choses par les personnes. Quand Zahid le meilleur ami du héros lui dit qu’il l’emmène à Nichonville, Sam répond simplement : ça n’existe pas. Et c’est foutrement drôle. Pourquoi sommes-nous dans une vision aussi multi-couches ? Par le biais de ce personnage, nous sommes donc face à des intrigues qui gagnent en limpidité de lecture. Face à une approche simplifiée des rapports humains, Atypical ne propose ni plus, ni moins, que la juste façon de voir les choses. Quand Sam et Paige parlent de sentiment, Sam ne se pose pas mille questions. Il prend, sans réfléchir, les réflexions et parle sans arrière pensée, aucune. Le danger est que les personnes devant lui ne sont pas comme ça et prennent les paroles comme tout individu le prendrait : avec un contexte particulier.

 Whoever said practice makes perfect was an idiot. Humans can’t be perfect because we’re not machines. The best thing you can say about practice is that it makes…better. – Sam

Evidemment, Sam n’est pas au centre des attentions. Les autres personnages n’ont pas la même approche des choses alors qu’ils sont clairement dans la même dimension sociale. La sphère sociale est très réduite pour eux. Ce qui les importe est ce qui les touche, rien de plus. Casey (exceptionnelle Brigette Lundy-Paine) est une ado qui ne demande pas que le monde tourne autour d’elle ou que le monde la regarde. Elle demande simplement à ce que tout aille bien pour elle. Son duo avec l’étonnant Graham Rogers (Caleb dans Quantico, donc un homme de 26 ans dans la peau d’un ado…) forme l’une des attractions du show.
Rien n’est égoïste dans ce genre de situations. C’est tout naturel de croire en plaisir. Si dans d’autres séries, les histoires personnelles semblent prendre des proportions immenses, ici, tout semble discret. Ca n’empêche nullement Atypical de nous toucher directement sans que l’on se sente voyeur et spectateur d’une vie morne et plate.

La façon de raconter d’Atypical fait du bien et rassure sur la condition humaine. La communication est la colonne vertébrale de toutes ces séries qui prône l’humain plutôt que la société. “Accepter les risques inévitables de la vie, c’est ce qui fait la noblesse de la condition humaine.” disait le médecin Alexandre Minkowski. Ne voir qu’en soi et son mode de communication rappelle furieusement que nous ne sommes rien sans les autres. On le voit à travers les deux parents (Jennifer Jason Leigh et Michael Rapaport) qui se rendent compte, dès le premier épisode, que la vie de la famille va changer. Tout se passera via le prisme des parents qu’ils sont par rapport à l’homme et la femme qu’ils devraient être également. Le père n’a pas d’intrigue propre, ce qui facilite peut-être l’accueil que l’on a du personnage joué par Rapaport. Lui qui est insupportable dans toutes les séries dont il joue développe presque en nous de l’empathie. Les histoires autour de Jennifer Jason Leigh ne sont pas des plus originales (on a connu ça dans Dawson et La Famille Green pour ne citer qu’elle). Ressortir ce genre d’intrigue pour une mère de famille est la solution de facilité et ce ne sera pas l’intrigue la plus intéressante de la série.

Si Atypical est touchante dès les premières minutes, elle développe sur 8 épisodes un sentiment de sécurité. Robia Rashid a su créer un univers pertinent, clair et précis porté par un Keir Gilchrist précis. On sent un petit air de 90s quand les séries étaient encore loin d’être des monuments formels. La musique rend chaque scène sincère sans tomber dans la niaiserie. On nage en plein bonheur. Les défauts sont existants évidemment avec notamment un épisode 6 qui joue sur des ressorts dramatiques beaucoup trop téléphonés. Les personnages secondaires sont plus des stéréotypes que des archétypes. On rira de et avec Zahid, le pote de Sam, dans les parties plus tee-show d’Atypical, sorte de personnage fantasque attiré par les filles. Zahid gagne en sympathie par une complicité évidente avec Sam. Il n’hésite jamais à abandonner ses clients pour apprendre les dernières avancées de la vie sociale de Sam. Tout est encore tourné à la comédie avec lui mais si saison 2 il y a et que le dramatique vient poindre, ce sera, à coup sûr, des scènes très intéressantes.
L’originalité n’est pas des plus pertinentes, il faudra faire abstraction de tout désir d’être pris dans des tourments mélo-dramatiques. Les non-événements sont légions, loin des tourments de grosse séries trop soapesques. Cette identité peut paraître fade. Si vous avez aimé la sincérité de This Is Us, vous comprendrez aisément que Atypical touche aux mêmes zones de notre intellect émotionnel.