Star Wars. Deux mots synthétisant une certaine idée de la science-fiction, de l’imagination, d’une certaine manière de la magie, bref du cinéma.

Une saga ayant émerveillé de nombreuses générations de spectateurs, dont l’auteur de ces lignes. Cette magie, ce souffle, cette âme, ce qui fait le sel de Star Wars… est en train de disparaître.

Pourquoi une telle introduction ? Parce que votre humble serviteur est désabusé de ce qu’il advient de cette saga. Depuis l’annonce du lancement d’une série de films estampillés Star Wars, deux films sont sortis : Star Wars : The Force Awakens, sur lequel l’on ne reviendra pas; et Rogue One : A Star Wars Story. Ce dernier a des défauts commun à The Force Awakens : un manque flagrant d’originalité et d’imagination (un comble pour un Star Wars) ; une manière de raconter l’histoire absolument aberrante, tant les incohérences sont nombreuses ; une musique calamiteuse ; une interprétation tout aussi calamiteuse…

Mais l’essentiel est ailleurs, et c’est ce qui fait de Rogue One…  un film encore plus problèmatique que The Force Awakens : son absence de personnalité et in fine, d’âme. Malgré ses nombreux défauts, le film de J.J. Abrams est un film s’inscrit parfaitement dans la filmographie du réalisateur, que ce soit dans sa volonté de prendre appui sur le passé pour mieux appréhender le futur, dans sa réflexion sur la notion d’héritage, ou par l’importance de la mémoire. D’une commande, il est arrivé à en faire un film personnel, reflétant au mieux ses préoccupations d’auteur. On pouvait d’ailleurs ressentir la passion, l’amour d’Abrams pour cet univers. Il y a de la sincérité dans le film d’Abrams, c’est indéniable. C’est précisément ce que l’on ne ressent pas dans Rogue One. C’est comme si Gareth Edwards se désintéressait de ce qu’il raconte, de ce qu’il met en scène, des personnages. Il n’y a pas d’émotion car il n’y a pas de passion, tout semble désincarné, froid, sans âme et sans vie. Froideur renforcé dans les 15 premières minutes par un montage que l’on qualifiera pudiquement de mauvais. Cette froideur, cette absence d’âme se ressent d’autant plus que, de par sa nature de prequel, le spectateur sait jusqu’où cela va nous mener et comment le film va se terminer. Dans un film comme Titanic, ou The Social Network, nous savons tous comment cela va finir et pourtant, nous sommes impliqués comme jamais dans le film parce que la dramaturgie, la manière de raconter l’histoire sont parfaites, parce qu’il y a une vraie sincérité de la part des réalisateurs, et parce que les personnages sont très bien écrits ET interprétés. Ce qui n’est absolument pas le cas pour Rogue One. En résulte cette froideur apparente, cette absence d’incarnation et donc ce désengagement émotionnel total chez le spectateur.

Rogue One: A Star Wars Story
L to R: (Felicity Jones) & (Diego Luna)
Ph: Film Frame
©Lucasfilm LFL

Si encore Edwards avait de bons personnages sur lequel se reposer, ce problème serait « « « secondaire » » ». Mais c’est exactement comme dans sa précédente réalisation, Godzilla : les personnages sont des coquilles vides. Leurs motivations, leurs agissements, leurs paroles, leurs comportements…obéissent à des logiques archétypales et jamais ils n’arrivent à transcender ses archétypes, ses cadres. Mais comment peut-il en être autrement quand les acteurs n’arrivent pas à donner vie et corps au personnage ? Il faut voir le jeu absolument calamiteux de Forest Whitaker, et celui de Felicity Jones, qui semble avoir autant d’expressions au compteur qu’une huître. Comment être impliqué dans l’histoire, comment ressentir quoi que ce soit pour ces personnages autre qu’une indifférence polie ?

Mais ne soyons pas trop difficile : il y a bien un personnage véritblement incarné, véritablement puissant dans ce film. Ce personnage, c’est Dark Vador. Qui n’apparaît pourtant que quelques minutes dans un film de 2h15. Et pourquoi ce personnage est-il aussi réussi ? Parce que c’est bien plus qu’un personnage, c’est un symbole. Un symbole du Mal, de la tyrannie, de la terreur, de la dictature, bref de l’Empire. Comme Leïa est un symbole de la Résistance, et de tout ce qui en découle. Un symbole grâce à son costume, grâce à son casque, grâce à sa respiration, grâce au thème musical qui l’accompagne. Peut-être est-ce manichéen, mais c’est autrement plus puissant, imposant et marquant que, par exemple, Kylo Ren dans The Force Awakens ou Krennic dans Rogue One. Krennic ne symbolise rien parce qu’il est symboliquement vide, tout comme Jyn Erso, tout comme Galen Erso, tout comme Cassian Andor, tout comme l’ensemble des personnages du film. Vide symbolique dû à une écriture et une caractérisation des personnages totalement ratées, on en revient à ce que nous disions un peu plus haut à propos des logiques archétypales.

Certes, Gareth Edwards est un cinéaste visuellement intéressant, ce qui lui inspire quelques money shots particulièrement réussies (que nous ne spoilerons pas, bien évidemment). Sa maîtrise du découpage lui permet de pleinement immerger le spectateur dans les séquences de batailles, et plus particulièrement lors du dernier tiers du film, spectaculaire. Mais comment ressentir autre chose que le traditionnel effet « waou », étant donné que l’on ne ressent absolument rien pour les personnages, que l’issue de la bataille est anticipée depuis le début du film ? Les personnages peuvent bien survivre ou périr, quelle importance ? C’était exactement le même problème dans Godzilla (désolé pour la répétition) : les personnages sont tellement insignifiants, tellement peu intéressants, que l’on ne craint absolument pas pour leurs vies lors de ces batailles titanesques. Alors oui c’est impressionnant, c’est spectaculaire, on en prend plein la vue. Au moins, beaucoup de monde sera comblée, tant mieux pour eux après tout.

 

Concluons cette critique en saluant Disney. Car en ressuscitant Star Wars, la compagnie va réussir l’immense exploit de réévaluer la prélogie. Avec Star Wars : The Force Awakens l’an dernier et Rogue One : A Star Wars Story, elle semble en tout cas bien parti. Et quand tout cela sera fini, nous n’aurons plus que les yeux pour pleurer. Mais enfin…on aura plein de figurines cool !

 

J. Bonnet