Il y a trois ans sortait Sinister, production Jason Blum (Paranormal Activity, Insidious, The Conjuring…). Réalisé par Scott Derrickson (Hellraiser Inferno, L’Exorcisme d’Emily Rose, et bientôt le très attendu Dr Strange), le film s’était révélé une véritable perle du genre, angoissante et surprenante du début à la fin. Le film ayant bien marché au box-office malgré une distribution sabordée dans les salles françaises (le film sortait durant les dégradations de salle de Paranormal Activity 4), une suite, sobrement baptisée Sinister 2, a rapidement été mise en chantier, avec le retour de Scott Derrickson en simple scénariste, et à la réalisation un petit nouveau du genre, Ciaran Foy.

D’une manière un peu étrange et schizophrénique,mais déjà vue dans le genre, on fera remarquer d’emblée que cette suite se révèle à la fois meilleure et moins bonne que l’original. Clairement meilleure, d’abord, du point de vue de l’écriture globale : le Bughuul, seulement survolé et mystérieux dans le premier opus, voit ici sa mythologie développée. Rapporté d’une manière assez crédible et intelligente au mythe du Boogeyman présent, comme l’explique le film, dans la plupart des civilisations, l’entité n’en est que plus effrayante et fascinante aux yeux du spectateur, et sa manière d’opérer inquiète d’autant plus. Ramené aux origines par les recherches du détective et personnage principal, le spectateur se rend vite également compte que la créature, dont le visuel est toujours aussi attrayant, fonctionne en boucles rituelles : le film prouve pourtant, malgré toutes ces révélations, qu’il est assez intelligent pour ne pas abattre toutes ses cartes, laissant quelques zones d’ombres, si essentielles pour préserver l’inquiétude et l’intérêt du spectateur.

 

Sinister 2

@Blumhouse

Au delà de la mythologie, c’est l’écriture générale du film qui se voit améliorée dans ce nouvel opus. On se rend vite compte, à la lumière de cette écriture, que le premier film péchait un peu par manque de recherche à ce niveau, nous laissant par exemple dans un flou total en ce qui concerne les personnages principaux, se contentant d’une angoisse subtile et, certes, assez efficace pour que le spectateur se sente concerné par les évènements. Ici, on suit avec intérêt l’évolution de ces personnages hantés par un passé difficile (le détective, seul personnage à revenir, et pour cause, du premier opus, hanté par la mort de ses proches, et la famille monoparentale par un ex-mari et père violent et omniprésent), évolution qui se veut crédible et permet une identification rapide, et bénéfique pour le film, du spectateur.

Thématiques principales, l’abandon et les rapports de force font de Sinister 2 un film très adulte et mature, bien supérieur dans son écriture de la moyenne du genre. Ces thématiques et leur manière d’être abordées permettent au spectateur de mieux comprendre les raisons des répétitions des boucles meurtrières évoquées par le premier opus. La souffrance et l’orgueil, comme véritable moteur des motivations de chaque personnage, se révèlent alors facteurs clés pour que le spectateur parvienne à appréhender les meurtres présents dans le premier film et dans celui-ci. Un jeu d’acteur visiblement concerné, et très efficace pour les jeunes comme pour les adultes, aide beaucoup à cette appréhension de la profondeur thématique du film, cela étant d’autant plus louable que les jeunes acteurs, les frères Sloan, en sont à leur coup d’essai, un peu à l’image du réalisateur.

 

 

Ce coup d’essai, pour en venir aux sujets qui fâchent un peu, se voit d’ailleurs d’autant plus au niveau de la réalisation et de la terreur. Foy en est à son premier film d’horreur, et ça se voit : on constate à plusieurs reprises et avec frustration que l’horreur fonctionne très peu, la faute à un manque d’inspiration en matière d’idées novatrices. On sent que le sujet a été un peu mis de côté, des jumpscares un peu bas de gamme parcourant le film et laissant le spectateur désabusé. Un comble pour la suite d’un film dont la principale qualité était d’arriver à angoisser son spectateur, non pas à l’aide de sursauts gratuits mais plutôt d’une atmosphère lourde et palpable. On sent bien à l’image du film que le réalisateur s’est désintéressé de cet élément essentiel, ignorant la base même du genre dans lequel il évolue. Tout cela à l’image de la fin, attendue pour un film lambda mais infiniment inférieure à celle du premier opus, sans surprise et assez embarrassante. Au niveau de la terreur, ce qui blesse est donc que le film se base moins sur une maitrise de l’atmosphère que sur des « effets », qui n’inquiètent jamais. La côté un peu clippé et pas franchement inspiré du montage laissent un sentiment un peu déplaisant d‘inachevé.

Se basant donc plus sur l’écriture que sur la peur en elle-même, ce Sinister 2 est quand même à voir, élément complémentaire nécessaire au premier opus. Si il fonctionne, espérons que le 3 aura appris de ses erreurs et sera plus cohérent dans la qualité.

AMD