Je ne tenais pas à écrire d’article sur le tollé des fans concernant les mauvaises images de l’épisode 5 de Dragon Ball Super. Je pense que les polémiques devraient rester à leur place, et seul compte pour moi le strict déroulement de l’histoire. Mais le tollé suscité par ces images (assez aberrantes d’ailleurs) et le fait que le net se soit enflammé pour améliorer la situation, m’ont poussée à changer d’avis. Voici donc un résumé des faits, ainsi qu’une liste des suspects, monsieur le juge !

Les fans de Dragon Ball Z d’il y a 20 ans ont bien remarqué que le trait de crayon a évolué. Personnellement, et au risque de passer pour nostalgique, je trouve que les anciens dessins étaient bien mieux réussis que maintenant. Cette illustration résume tout à elle seule :

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Le rendu toujours plus affligeant des dessins de l’épisode 5 a été largement relayé par les différents groupes dédiés à Dragon Ball Super sur les réseaux sociaux. Et quand on voit certaines images, il y a de quoi faire de sacrés cauchemars !

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Alors pourquoi ces dessins sont-ils si ratés, me diriez-vous ? Bien que la TÔEI Animation n’ait pas encore communiqué de raison officielle, il n’est pas difficile d’analyser le pourquoi du comment, grâce à d’excellentes sources que j’ai pu glaner ici et là.

Plus personne n’ignore que les conditions de travail des animateurs japonais sont carrément ingrates. Les animateurs situés tout en bas de l’échelle sont souvent très mal rémunérés (soit de l’ordre de 700 € par mois), voire pas du tout quand ils sont débutants ! C’est dire. Et comme ils sont payés à la page de dessinée, les délais de travail ne permettent pas toujours de couvrir le coût de production, ce qui fait des salaires et des moyens de décalés… Étant donné que les délais de production sont de plus en plus réduits, ce genre d’erreurs était prévisible. Certes, de tels problèmes ont déjà existé par le passé, et certains plans de Dragon Ball Z étaient parfois quelque peu brouillons. Mais ça n’avait encore jamais été aussi… disons… étrange que maintenant. D’autant plus que les animateurs dessinaient à la main, et que paradoxalement, les mouvements et les expressions des personnages étaient souvent beaucoup mieux rendus à l’époque. Un sujet édifiant sur les conditions de travail d’un dessinateur japonais est disponible ici pour découvrir tous les détails de ces mésaventures. Mais ce qui est certain, c’est que c’est davantage le manque de temps qui est responsable de ces cafouillages. Je m’explique. Selon une autre source que j’ai découverte (un excellent article à lire ici), le nombre d’animateurs était très conséquent pour cet épisode, soit de l’ordre de 18 personnes ! Ce qui, pour un seul épisode d’animé japonais, est énorme. C’est le manque de délai disponible qui est à l’origine de ce laisser-aller. La personne chargée de vérifier les dessins avant le montage finale, n’a tout simplement pas eu le temps de s’occuper de ceux de la scène de combat. En effet, les images intermédiaires, très rapides à l’écran et que le spectateur n’a jamais le temps de voir, sont le fruit du travail de « l’intervalliste ». Chacune de ses images doit être vérifiée et validée ensuite par un « sakkan », ou directeur de l’animation, qui doit repasser derrière chaque image et la redessiner, si besoin. Pour l’épisode 5 de Dragon Ball Super, cette supervision était assurée par Naoki Tate, un vétéran de l’animation japonaise et lui-même ancien intervalliste. Il travaille également sur la série One Piece, et s’était déjà occupé de plusieurs scènes de Dragon Ball Z. Il était donc loin de ne pas s’y connaître. Mais les délais sont trop serrés, sachant que les dessinateurs travaillent à un rythme infernal pour toujours répondre à la demande croissante de dessins animés. Les meilleurs animateurs sont rares et n’arrivent plus à superviser plusieurs projets à la fois correctement : les intervallistes (qui sont surtout des débutants) sont donc moins bien encadrés, ce qui entraîne ce genre de problème. Et pour cet épisode, c’est la scène du combat centrale qui a été sacrifiée.

Ainsi, seules les images où Goku se bat avec Lord Bill, (ou Lord Beerus, tout dépend des versions), sont mauvaises. Mais le reste de l’épisode 5 est bien dessiné. Les scènes d’attente avant la tempête n’ont strictement rien à se reprocher. Elles sont dessinées comme d’habitude. Mais tout de même ! Il n’y a rien de plus important que les scènes de combat dans Dragon Ball ! Ce sont des scènes capitales ! La consternation des fans, même si elle peut paraître exagérée ou amplifiée par les sirènes des réseaux sociaux, est quelque peu justifiée dans un dessin animé largement basé sur la philosophie du kung-fu. Au point que même un fan s’est proposé de corriger un dessin, faisant ainsi un bien meilleur travail que tous les animateurs de la TÔEI réunis !

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En France, l’indignation est telle que même le journal l’Express en a fait un article ! Chose plus qu’inattendue pour nos élites françaises qui ont longtemps considéré ces dessins animés tout juste bons à lobotomiser nos chères petites têtes blondes. L’article est également à voir ici mais malheureusement, les journalistes se sont trompés dans le titre, car non, ce n’est pas par manque de moyens que cet épisode a été bâclé. Mais je le répète, c’est surtout le manque de motivation et de temps qui sont les responsables. Car la TÔEI a bien les moyens pour faire de bons épisodes. Espérons qu’ils prendront en compte la colère des spectateurs et qu’ils s’amélioreront ! Une pétition a même été créée pour cela, et si vous êtes intéressés, vous pouvez inscrire vos signatures ici.

Chose à savoir : cette situation s’était déjà produite avec le reboot de Sailor Moon, intitulé : « Pretty Guardian Saylor Moon Crystal », diffusée depuis 2014. Quelques dessins avaient déplu, et suite à une pétition mise en ligne, les animateurs ont rectifié leur trait de crayon. Gageons que la TÔEI offrira une oreille attentive aux revendications des fans les plus chevronnés, mais vu les critiques et les caricatures de tous bords dont leurs dessins ont été affublés partout sur la toile, ce serait étonnant qu’ils ne s’en soient pas déjà aperçus.