Nous avons vu La Tête haute, film d’ouverture du festival de Cannes 2015. Un film d’Emmanuelle Bercot, avec Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier et Rod Paradot, présenté comme une révélation.

Un film d’ouverture qui calme tout de suite. La Tête haute nous met immédiatement dans le bain. Dans la première scène, Malony, 7 ans, se trouve dans le bureau d’une juge pour enfants, accompagné de sa mère et de son demi-frère qui n’est encore qu’un bébé. La mère (Sara Forestier) semble incapable de gérer ses deux enfants. Alors que le petit hurle, Malony a l’air plutôt calme et lance des regards étonnés dans tous les sens. « C’est un boulet pour tout le monde », dit sa mère au sujet de son aîné. Ce décalage entre l’hystérie de la mère et le calme de l’enfant déchire le cœur. Désespérée, elle laisse à la juge Malony et ses affaires, qu’elle avait préparées avant de venir.

tete-haute-afficheQuelques années plus tard, Malony, 15 ans, est devenu délinquant. Habitant de nouveau avec sa mère depuis quelques années, il vole des voitures et se retrouve régulièrement devant la juge, qui finit par l’envoyer en camp de redressement. Ce camp, perdu en pleine campagne, représentera pour Malony une première chance de s’en sortir. Il fait la connaissance d’un nouvel éducateur, interprété par Benoît Magimel, lui-même ex-délinquant qui le comprend donc bien. Il rencontre aussi une jeune fille avec laquelle il commence une relation amoureuse. Mais le passif de Malony le poursuit et il retombe chaque fois dans ses travers. Sa mère, toujours aussi paumée, ne cesse de le tirer vers le bas.

Si La Tête haute souffre de quelques longueurs et de répétitions, le film traite le thème de la délinquance de la meilleure des manières. Malony finit-il par « s’en sortir » ? Le film ne tranche pas vraiment la question. Il n’y pas de sortie de la délinquance, il n’y a que des raisons et des preuves de sortie de la délinquance. Les phrases toutes faites que prononce l’avocat du garçon telles que : « Malony veut devenir quelqu’un de bien » ou « c’est une plante sauvage qui a mal poussé » font sourire. C’est la grande qualité de La Tête haute. Le film reste factuel et raconte l’évolution et les rechutes du garçons telles qu’elles sont. Un enchaînement d’actions irréfléchies pleines de colère, qui ne provoquent pas forcément le regret chez son auteur, en ce qu’elles sont constitutives de ses errances à cet instant de sa vie. Alors que ses éducateurs font ce qu’ils peuvent, c’est une décision qui doit venir du jeune homme. Quel sera le déclic ?

La Tête haute tient aussi à mettre en lumière la mauvaise influence de la mère de Malony sur ses enfants. Pleine de bêtise et d’inconscience, cette femme semble être la raison principale de la délinquance de son fils. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas d’amour entre eux. Malony est incapable de se débarraser de l’influence de sa mère sur lui, mais les années avancent, et avec elles la volonté de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Mais n’oublions pas de préciser que l’action se situe à Dunkerque, ville qui pour Catherine Deneuve, est synonyme de « tristesse, alcool et cigarettes ». La mère de Malony ne serait donc pas la seule responsable dans cette affaire, selon l’actrice…

On regrettera cependant certains raccourcis qui aurait pu être évités. L’éducateur ex-délinquant qui revient de loin… Sa « rechute » dans le bureau de la juge, avec l’accent racaille qui va avec, n’était pas indispensable. On regrette aussi la facilité de l’histoire d’amour et la personnalité plutôt creuse de la petite-amie de Malony.

© Wild Bunch Distribution

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La Tête haute est une réussite. Emmanuelle Bercot traite avec brio et subtilité d’un thème loin d’être évident. Les acteurs sont très bons et Rod Paradot parfait dans le rôle de ce jeune homme qui porte la colère en lui.