Gregg Araki, réalisateur qui ne vieillit jamais malgré ses 54 ans, offre une nouvelle version de l’adolescence avec White Bird, après des films remarqués plutôt que remarquables comme Kaboom, Mysterious Skin ou Doom Generation.

White Bird (White Bird in a blizzard en anglais) met en scène Shailene Woodley, dont la carrière est en plein boom. Kat Connor voit sa petite vie bouleversée quand sa mère quitte le domicile familial. Le résumé est on ne peut plus clair sauf qu’à partir de ce fait, Araki dresse le portrait d’une famille qui s’ennuie.

Il faudrait des heures pour étudier la filmographie d’Araki tant il aime parler de cette période de l’adolescence qui nous a tous concernés. Il serait idiot de résumer sa carrière à des jeunes perdus, sans repères, qui boivent et baisent. Non. Mysterious Skin est peut-être son film le plus respecté et Kaboom, son plus connu. Deux films diamétralement opposés dans leur traitement. On retrouve un peu des deux films dans White Bird avec cette thématique finalement grave et ce traitement un peu décalé entre visions et portrait ironique. Derrière un simple pitch de film dramatique, Araki, en adaptant un bouquin de Laura Kasischke, tente de dresser le portrait d’une adolescente qui ne comprend ni son père, ni sa mère, ni le monde qui l’entoure. Encore une fois, me direz-vous, comme dans tous les films d’Araki. Oui sauf qu’ici, le tout est teinté d’une aura étrange et fascinante où le pourquoi de la disparition de la mère (interprétée par Eva Green, impeccable d’étrangeté) plane sur chaque scène. Ce mystère permet de donner un ton différent à l’histoire qui ne se détache que de très peu d’une banale histoire de relation père / fille et d’amourette.

white bird

©Bacfilms

Le casting impeccable du film (comme souvent chez Araki) permet à White Bird d’être peu perfectible au niveau de la forme. Christopher Meloni (Man Of Steel, Law and Order) est monstrueux et donne tout son talent au personnage clé du film. Cette figure paternelle, massive, taiseuse est la clé de voûte entre le monde de Kat et celui de sa femme disparue. Mise en scène efficace, musique éclectique, personnages bien campés et écrits font de White Bird, un objet filmique pas si dérangé que ça. Il faudra alors chercher du côté du scénario pour tiquer un peu. En effet, difficile d’accorder un genre au film. Ce n’est pas tant un défaut mais l’histoire en elle-même ne transcendera le public que sur la longueur. Le scénario gagne en profondeur jusqu’à la dernière minute. On reste scotché avec une facilité déconcertante devant White Bird. Humour, froideur, comédie de mœurs, thriller, film noir, chronique ado, rêverie, White Bird pioche là où ça marche. 

Dans une scène, Araki se permet le luxe (peut-être est-ce dans le roman) de faire un discours méta où Shailene Woodley et Angela Bassett semblent être, non plus leur rôle, mais bien les actrices qu’elles sont. Il y a tant à recevoir de White Bird, tant dans les thématiques que dans les intrigues qui resteront parlantes même si le film se passe fin 80. Rêve américain brisé, manipulation, recherche de sensations, il y a une recherche charnelle dans le film qui se retrouve dans les 3 faits exposés. Ce corps impeccable que Woodley ose nous dévoiler serait-il la clé de ce monde ? On se met à croire que l’expression « prendre corps » serait la solution universelle dans un monde où les femmes ne seraient que déçues ? On pourrait voir en White Bird un discours peu malin sur le poids des femmes dans la société de cette époque (Araki le dit, la mère du film a eu comme modèle les années 50). Mère ou fille, elles utilisent l’homme comme défouloir d’émotion. White Bird, pro ou anti féministe ?

Le film sort le 15 octobre.