Ron Perlman est un vigilante, David Gordon Green filme la fin des 80’s et Jay Chandrasekhar livre une version de sa vie de famille. 3 pilotes en une critique!

 

Vous le savez maintenant, Amazon a lâché 5 pilotes pour évaluation par les internautes américains et britanniques hier. Tom a évoqué The Cosmopolitans et Hysteria, et c’est à mon tour de vous évoquer les trois restants. Contrairement aux deux précédentes fournées de pilote, il n y a pas grand-chose à sauver, et mon choix est assez clair quant aux séries à conserver.

Hand Of God

Ron Perlman a pas mal de flair pour choisir ses projets. Son amitié avec Guillermo Del Toro lui a valu un rôle de choix dans « Pacific Rim », et il a été un des aspects les plus solides de « Sons Of Anarchy » avec Clay. « Hand Of God » le voit donc tenir la vedette dans un pilote au pitch pour le moins sulfureux. Le juge Pernell Harris est sans doute un des plus craints de la petite ville d’une petite communauté. Pourtant, on le retrouve nu dans une fontaine en train de parler un langage incompréhensible. Il est « born again » grâce aux bons soins d’un escroc réformé, le révérend Paul Curtis. Sa femme Crystal essaie tant bien que mal de le faire reprendre ses esprits, mais quelque chose chez Pernell est définitivement cassé après la tentative de suicide de son fils PJ. Celui-ci a été forcé de regarder sa femme, Jocelyn, se faire violer une heure durant. Il commence à être pris d’hallucinations, et sa descente aux enfers ne fait que commencer en tentant de trouver le responsable du viol….

La direction de Marc Forster est rentre-dedans, faisant de tous ses personnages des êtres malignes, individualistes et antipathiques. La quête de justice et l’abus de pouvoir de Pernell sont mis en avant dans ce pilote, faisant obliger un suspect à se défroquer devant Jocelyn, un pétage de plombs qui se veut fort, mais qui est vide et vulgaire. Dana Delany, d’habitude si prompte à afficher tout son talent de vétéran, est bloquée dans le rôle de l’épouse tentant de calmer Pernell par tous les moyens possibles, et conserver les apparences d’un couple de pouvoir, mais n’est aucunement aidée par le peu d’alchimie affiché avec Perlman. Dans le rôle de l’escroc beau gosse et retors, Julian Morris a peu de choses à apporter, et l’entrée en scène de Garrett Dillahunt n’est pas vraiment pour rassurer. « Hand Of God », en se voulant anticlérical, cynique et profane, a bien du mal à cacher sa vulgarité nihiliste, et on regrette que ce pilote comporte la composition la plus réussie d’Andre Royo en tant que maire corrompu et énergique. Sans compter des grosses longueurs et du pathos qui fait dépasser les 60 minutes au pilote. A l’instar de son héros, « Hand of God » n’affiche pas vraiment de possibilité de rédemption.

Red Oaks


Un country-club du New Jersey en 1985. Après l’attaque cardiaque de son père, David (Craig Roberts, vu dans « Submarine ») se retrouve à être coach de tennis, avec le début de l’université approchant et ses perspectives de carrière assez floues. Là il va être pris comme protégé du playboy Nash, qui va l’initier aux règles de ce microcosme très huppé et déconnecté du monde ; et un stoner, Wheeler, qui travaille comme valet. Ecrit par Gregory Jacobs, assistant réalisateur attitré de Steven Soderbergh (également coproducteur de ce pilote). Mais la grande affaire, c’est surtout la réalisation de David Gordon Green, qui trouve dans le scénario un cousin spirituel de « Eastbound And Down », débridé, teenage et plus porté sur les clins d’oeil aux comédies cultes des 80’s façon « Fast Times At Ridgemont High ». La reconstitution est aussi kitsch qu’au poil, et la bande-son figure à coup sûr parmi les plus réussies de l’année.

Mais à trop prendre ses aises, « Red Oaks » a du mal à proposer une alternative sortant des clichés du triangle amoureux qui s’esquisse, des manoeuvres sentimentales à deux sous (tout ce qui touche à Wheeler, qui va réussir à récupérer la nana pour qui il en pince), ou les problématiques pré-universitaires qui pourraient la rapprocher d’un « Undeclared » ou « Greek ». Bref, plaisant, bien emballé, pas mal joué, mais un tout petit peu léger à l’arrivée. Ce qui ne l’empêche pas d’être le meilleur des 5 pilotes soumis.

Really


Si vous avez aimé les crises de couple de « Married », passez votre chemin. Si vous n’avez PAS aimé les crises de couple de « Married », passez votre chemin. Après avoir écumé les tranchées de la comédie américaine avec sa troupe de Broken Lizard, et aux commandes de multiples épisodes de série, Jay Chandrasekhar réunit une troupe de vétérans (Sarah Chalke, Selma Blair), et crée sa propre sitcom. Mais de fellations interrompues en discussions embarrassantes entre mecs, le ton de « Really » (titre aussi bizarre que passe-partout) n’arrive jamais vraiment à prendre, ni le point de vue. Si on fait connaissance avec l’ensemble des personnages lors d’un dîner où est amenée un rencard républicain totalement insupportable (approximativement, tout ça est traité tellement par-dessus la jambe…), la découverte par Jed du secret d’un de ses potes tente de donner une caution dramatique et un semblant d’enjeu. Trop tard. Malgré des échanges qui sonnent vrai, et sans doute semi-improvisés, la méthode de Chandrasekhar ne fonctionne clairement pas, et on passe à côté de ces tranches de vie entre trentenaires.

Une fournée Amazon qui, de surcroît, tente de mimiquer le ton trouvé dans des séries beaucoup plus réussies et tente de rivaliser avec les projets de chaîne comme Starz sans vraiment d’originalité. Finalement ce n’est pas avec cette fournée qu’on décrochera une série du calibre de « Transparent », et si le public suit mon avis, les commandes de série risquent de se réduire.