Dans la Vie D’un Sériephile : Le Deuil (5/5)

Dans la Vie D’un Sériephile : Le Deuil (5/5)

Tout le monde est sériephile, du moins tout ceux qui voient plus d’une série par jour. Mais un vrai sériephile de nos jours, c’est quoi ? Un adulte qui a grandi avec les séries ? Une personne qui voit toutes les séries qu’il faut regarder ? La définition est floue. Je ne cherche pas à définir le mot mais à définir les étapes de ce bonhomme étrange.


 

Partie 5 : Le deuil – La fin d’une série

Le jour est arrivé. Votre série se termine. Vous redoutez de commencer l’épisode, vous vous êtes posé des centaines de questions sur la fin idéale. Vous lancez l’épisode, vous ne voulez pas être dérangé. Ce moment sera historique, au moins pendant 22, 45, 60 ou 90 minutes.

Combien de fins de séries avez-vous vécu ? Des vrais, celles qui terminent au moins 4/5 saisons, qui concluent ce qu’elles peuvent conclure ? J’ai fait le compte. A part les vieilles séries comiques des années 80/90, je dois compter sur MacGyver, Lois et Clark, X-Files, Dawson, Demain à la Une, Ally McBeal, Six Feet Under, Chuck, House, Lost, Prison Break, , Scrubs, The Office, How I Met Your Mother, Spartacus, Californication.

La plupart de ses séries m’a marqué, le reste m’a intéressé et je suis resté avant tout pour savoir comment tout ça se terminerait.

Je dois le dire, les larmes étaient souvent mes compagnons les plus fidèles à la fin de ses séries. Les fins sont toujours touchantes, il y a rarement la volonté de terminer sur une note plutôt joyeuse. Prison Break, Scrubs (hors saison 9), Lost, Six Feet Under ont une fin plutôt pessimiste, triste, logique quand X-Files, Chuck ou Ally McBeal proposent  une solution originale mais pas forcément réussie.

Mes souvenirs de fins de séries marquants le sont souvent non pas par la qualité de l’épisode final mais plutôt par les émotions que celui-ci suscite. Etrangement, si les émotions sont là, ça ne veut pas dire que l’épisode était réussi. Il y a tout un tas de ressentiments qui apparaissent quand la dernière image de la série disparait. On frémit, on réfléchit, on sourit, on pleure, on est déçu, heureux, content, affligé mais la plupart du temps on est mélancolique. Nous disons au-revoir à des personnages qui ont côtoyé nos soirées pendant plusieurs années. Tel un ami à sens unique, le personnage sériel ne nous écoute jamais mais nous parle, n’est pas influencé mais nous influence, en bref c’est une relation spéciale. On entre dans l’intimité de personnages et ne plus les voir, ne plus avoir en face de nous une histoire qu’on nous raconte, des personnages évoluer, c’est un gros manque. En effet, le personnage en tant que tel,n’évoluera plus devant vous mais dans une sphère autre, non palpable. Le personnage meurt devant vous mais vit encore hors de votre vision. Il existe quelque part mais vous ne pouvez plus le voir. La série est donc morte.

Dawson et Scrubs ont été les deux grands mentors qui trouvaient écho dans ma vie, ils sont représentatifs de deux périodes de ma vie. How I Met l’était pendant un temps mais j’ai vite déchanté.
En gros s’il fallait faire ma vie en série ce serait : Dawson > Scrubs > How I Met > Californication !

Series Finale Dawson

Bref revenons à nos moutons. Dawson a été un final parfait, très fan service et plutôt très bien accueilli. La saison 6 peinait à devenir intéressante avec un Dawson effacé et une Joey devenue star de la série et même insupportable. Les derniers épisodes se recentraient sur l’esprit de groupe et terminaient la saison sur une bonne note. Le final ne conclut pas la saison mais bien la série en se passant 5 ans plus tard. Le moment n’est pas du tout triste mais quand on sait que Dawson va rencontrer son idole, je ne sais pas mais ça m’a vraiment fait quelque chose. Le rêve de ce mec qui était proche de moi se réalise. J’étais content pour lui et triste pour moi. Très étrange comme sensation. Grosse émotion pendant ce final qui me marquera vraiment avec toute cette nostalgie ambiante, ce passage de relais et cette conclusion intelligente. L’épisode est un best-of à lui tout seul de la série. D’ailleurs terminer sur des flashbacks ne sont pas toujours des plus conseillés…

X-Files a osé faire un épisode best-of…, le final n’est pas grandiose mais savoir que l’on dit au-revoir aux personnages est intense. La série a été un hit, elle a fait de moi quelqu’un de différent et voilà que la musique augmente, que les personnages livrent leurs derniers dialogues, la pression monte et la série s’achève. Direction les forums de l’époque pour partager avec les fans et se sentir moins seul, moins désespéré, moins triste. Les fandoms sont là pour partager les émotions, les souvenirs… Si la série n’avait pas la qualité de son âge d’or, c’est surtout que le plus souvent, les séries partent pour des raisons simples : l’audience et/ou la qualité et dans ce cas, la passion du spectateur évolue dans ce sens.

How I Met Your Mother a été une longue aventure que nous avons quasiment tous partagé. C’est l’une des rares à avoir encore aujourd’hui été vue par une majorité. La conclusion diffusée, le débat a pris forme, les déçus, les satisfaits et ceux qui laissent le pouvoir aux créateurs.

Demain à la Une se termine sur une note fine et sobre mais le côté « moraliste » de celle-ci m’a touché, elle touchait le côté humain, concluait l’histoire mais donnait un conseil au spectateur, une finalité, un message. Encore une émotion différente avec Smallville qui se termine logiquement parce que le postulat de départ impliquait une fin de ce genre. Clark devient Superman, c’était écrit à l’avance et ça ne surprendra personne.
J’étais soulagé que Chuck se termine mais moins que pour House et The Office. Mais pour ces deux séries, le résultat sera différent. House n’a pas une galerie de personnages fixe, The Office a eu un départ de taille en la personne de Steve Carell mais les personnages secondaires étaient plutôt bien fournis. Dans House, le turnover était un peu élevé. Je n’ai eu aucune grande réaction pour le final de House à part le fait qu’il était très moyen et facile e que le personnage central ne m’était d’aucune sympathie. Pour The Office, c’est différent, il y a des personnages affectueux comme le couple Jim / Pam et Michael Scott joué par Steve Carell. Son départ était parfait et sonnait le glas d’une série mourante… tout comme Scrubs. La série a tenté de se renouveler avec une saison 9 annoncée comme différente mais elle était tout sauf différente. D’une banalité affligeante, elle occulte la fin parfaite de la saison 8. Tout était réuni pour offrir une belle porte de sortie aux personnages. Scrubs me parlait intérieurement et le final a répondu à beaucoup de choses.

 

Les fins ne sont jamais faciles.
Je les imagine toujours dans ma tête, et elles ne peuvent jamais répondre à mes attentes, alors je finis toujours déçu.
Je ne sais même pas si la façon dont les choses se terminent ici a vraiment une importance.Je pense que c’est parce qu’on veut tous croire que ce que l’on fait est très important, que les gens s’accrochent à toutes nos paroles, qu’ils font attention à ce que l’on pense. Mais la vérité… C’est qu’il faut se considérer heureux lorsqu’on arrive occasionnellement à faire en sorte que quelqu’un, n’importe qui, se sente un tout petit peu mieux. Après ça, tout vient des gens qui font partie de votre vie.
Et pendant que mon esprit errait en repensant aux visages que j’ai déjà croisés ici, je m’attachais aux souvenirs de ma famille… de mes collègues…de mes amours perdus…  même de ceux qui nous ont quittés. Ils sont tous venus à moi  sous la forme d’une vague de souvenirs.
Et même si c’était chaleureux et réconfortant, je savais que ça devait finir. Ce n’est jamais bon de vivre dans le passé trop longtemps. Quant au futur, ça n’avait plus l’air si effrayant. Ca pourrait être exactement comme je le voudrais.
Et qui sommes-nous pour dire que ça ne se passera pas comme ça ? Qui peut me dire que mes rêves ne deviendront jamais réalité ?
Juste pour cette fois ?
JD – Dernier épisode de Scrubs saison 8

 

 

Six Feet Under m’a touché car formellement parlant, c’était réussi même si la série ne m’a pas autant marqué que ça. Prison Break est une fin réussie (hors téléfilm de conclusion qui annihile tout l’effet dramatique) si on prend le personnage principal comme un être humain diablement mené en bateau, qui s’est donné à fond et qui a souffert. Oui la série a trop duré mais le personnage vivait encore pour beaucoup. Je rejoins cet avis pour Lost. La série est partie totalement dans des directions différentes que la dernière choisie n’était pas des plus judicieuses. Et si le final joue cette carte, il joue aussi la carte de l’attachement aux personnages et la larme est assurément au rendez-vous quand vient la conclusion.

Une chanson vous vient en tête ?

Il faut savoir dire au-revoir aux séries. Le principe est même déroutant. Une série est par définition quelque chose qui se suit mais qui peut se revoir. Alors la question est simple : est-ce que revoir une série c’est ressasser des souvenirs? Redécouvrir des personnages ? Ou est-ce simplement suivre que des histoires qu’on a aimé écouter et voir ? L’effet de surprise disparu, revoir une série est un processus étrange mais tout à fait envisagé dès que la série se termine mais difficilement envisageable la seconde où la dernière image de la série fond.

La fin d’une série est une étape qu’on ne peut pas louper. Certains la font reculer et ne regardent jamais la dernière saison ou les derniers épisodes comme pour ne jamais dire au-revoir, garder de la découverte. Ils ne veulent pas classer certains personnages et histories comme des souvenirs. Dans ce cas, il y a une relation vraiment spéciale entre le spectateur et la série. Les personnages et l’histoire n’évoluent pas hors de l’écran et c’est là le seul pouvoir du spectateur : laisser l’histoire se figer dans le temps.

Partie 1 : Le constat – être sériephile

Partie 2 : La rencontre – Le pilote 

Partie 3 : La fusion – Les épisodes spéciaux

Partie 4 : L’évidence – Quand ça devient moins bien

About The Author

Thomas Wachnicki

Créateur de SmallThings, 1er Geek Picard de la planète Exilé dans le 92

2 Comments

  1. Je ne suis pas vraiment d’accord avec toi.
    Tu expliques que les séries étaient pour toi plus attractives avant. Mais les choses ont changé ce qui s’explique par l’évolution des médias et des supports. De nos jours, on peut regarder quand on veut les séries en replay en direct en streaming, avant la tv nous dictait comment on devait les suivre. Selon moi, être cinéphile s’explique par le fait d’aimer les séries et de diversifier au max sa culture et non par le mode de diffusion. De plus, être cinéphile ne signifie pas aimer tout ce que l’on regarde.
    Pour les épisodes pilotes, généralement ils sont peu attractifs parce que l’histoire ne peut réellement démarrer sans que les téléspectateurs comprennent un minimum les personnages et le contexte. Certaines séries sont plus ou moins longues à démarrer selon la complexité de l’histoire. On ne peut juger sur les premiers épisodes.
    Avec l’évolution d’internet et l’apparition des réseaux sociaux, les forums ont disparu puisque maintenant on est habitué à l’instaneite. Écrire sur un forum est devenu trop long . Ceci explique le nouveau mode de diffusion qui se développe à travers netflix: diffuser tout les épisodes d’une saison d’un coup. Les gens donnent essentiellement leurs avis parce que aujourd’hui ils ont un réel poids dans le scénario. Comme on peut le constater des scénaristes demandent souvent leurs avis et les examine. Par exemple how i meet tour mother a dû créer une deuxieme fin parce que la première avait fait polémique ou comme la série community qui contrairement à ce que tu explique n’a pas été arrêté dans l’indifférence mais à été sauvé par ses fans qui ont su prouver qu’il y avait une réelle et grande communauté de fans. Et les fans en donnant leurs avis communiquent entre eux sinon il y aurait aucun intérêt pour eux.
    Les anciennes séries semblaient plus attractives parce qu’il y en avait peu comparé à maintenant. De nos jours, il existe une multitude de séries et de thèmes qui peut plaire a tout les types de personnes.

    C’est dommage de parler de s cinéphiles sans parler des plus grandes séries et des plus connues.

    Réponse
    • Déjà c’est sériephilie pas cinéphilie 😉
      Je parle de sériephilie comme d’un rituel, les goûts ensuite, c’est autre chose.
      L’évolution des médias? oui évidemment mais je ne suis pas pour cette évolution, la série a un rythme, un rite, qu’on perd au final.
      Mais le nombre de fans n’est pas vraiment un critère. Community est sauvé certes mais pas parce que 100% du public l’a soutenu. Ce sera quand même dans l’indifférence (et je suis fan).

      Et non, il y autant de séries qu’avant ! Mais on ne parle que des mêmes, celles du cable qui cassent le moule des networks. Les plus grandes ne sont pas les plus connues et inversement

      Réponse

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