(Mise à jour d’un article publié en 2011)

Depuis que je suis sur le Net, je fréquente des forums. J’ai commencé par LVEI, le forum sur X-Files qui a perdu beaucoup de sa superbe depuis la fin de la série et la reprise par un autre admin.
J’ai poursuivi par des forums séries, mais au tout début, je ne quittais pas LVEI ! Ma phase ultra-fan de X-Files était la plus forte. Je ne suivais pas d’autres séries aussi assidûment et je partageais que sur celle-ci !

Puis je me suis intéressé au cinéma et à la télévision, il y a eu le forum du Front de Libération Télévisuelle, EpidermiQ, SeriesLive, AlloCiné mais jamais aussi activement qu’avec LVEI. Ou alors si mais toujours harponné par certains membres Grands Esprits, anti-débats.
Puis les WebSéries sont venues à moi, non pas les webséries vidéos mais celles écrites, un univers à part, une communauté de fans de séries, de romans qui étaient aussi auteurs plus ou moins prolifiques. Une demi-douzaine de forums est née et j’étais plutôt actif.

Bref là n’est pas le débat. A chaque fois je suis dans les meilleurs posteurs des forums, ce qui me fait dire que je dois être le seul à agir comme je le fais. Suis je trop à fond. J’aime parler séries, films et tutti quanti mais jamais les gens sont aussi à fond dans les sujets.. Quand ils le sont c’est pour des choses qui ne m’intéressent que moins ! Etrange.

Depuis l’avènement du net, du téléchargement, du streaming, les discussions entre fans sont de moins en moins passionnantes. A part les forums spécialisés sur une série, le reste est morne. Je me retrouve donc sur un serpent qui se mord la queue.
Désormais, le spectateur lambda a accès à tout et il ne se gène pas pour tout regarder, à s’intéresser à tout mais n’est fan de rien… ou alors d’un seul produit tous les six mois. Effectivement, j’en entend de plus en plus me dire : « tu es sur quoi en ce moment ? »

Prenons SeriesLive, chaque saison, le forum perdait des membres, des messages, de l’intérêt. Aujourd’hui il est un cimetière pathétique. les gens sont partis pour parler sur Twitter ou dans leur blog.
Chacun visionne désormais à son rythme., il n’y a plus ce rendez vous télévisuel devant nos écrans.

A l’époque de LVEI et donc de X-Files, les fans attendaient 9 mois entre chaque saison, il y avait une frustration mais elle n’était pas vaine. A cette époque aussi, beaucoup de jeunes spectateurs demandaient inlassablement sur les chats (oui je fréquentais beaucoup les chats de Caramail à cette époque 🙂 ) « ses quand la nouvel saison de… » ? Nous, x-philes, attendions 9 mois. Eux, ils n’avaient pas cette patience.
Le premier constat est donc que je suis un fan de séries d’une génération disparue. Celle qui patientait, qui ne téléchargeait pas.

J’ai du mal à suivre autant de séries que certains ou plutôt j’ai l’impression que je regarde les séries que les autres ne regardent pas ou plus. La consommation est devenue de masse et aucunement de plaisir. « J’ai tout regardé en un week-end » peut-on lire. Ces phrases là me font dire que les séries n’ont plus ce rôle de fédérer, de rassembler mais plutôt de consommer. Il n’y a plus de barrière entre série et film puisque les séries se « bouffent » en tas de 10 épisodes par jour, le suspens entre chaque épisode est artificiellement perdu par un sentiment de quelques secondes entre l’arrêt de l’épisode et le lancement du suivant. L’envie devient une immédiateté.

Il n’existe plus de forum généraliste qui marche ! Désormais, chacun regarde les séries qui l’intéressent de la façon qui les intéresse ! C’est le constat qui existe depuis 5 ans maintenant. Il n’y a qu’à voir le bordel monstre quand Game Of Thrones revient sur nos « écrans ». La guerre anti-spoiler fait rage, chacun regarde l’épisode dès qu’il est disponible en téléchargement ou sur OCS ou quand il a le temps tout simplement. Et comme le spectateur lambda est prisonnier aussi de ses réseaux sociaux, il ne peut plus trier l’information et se retrouve dans un conglomérat de spoilers. La règle du spoiler n’a presque plus de définition, le spoiler vit et meurt à chaque instant. Si tu n’as pas vu tel film ou telle série au bout de quelques semaines, tu es hors-jeu et tu n’as plus aucune excuse d’être spoilé

Avant tout un partage, la discussion se retrouve désorientée, « timeless ». Poster une review et partir c’est effectivement ça les blogs, là pour combler ce vide. C’est peut-être pour cela que les gens ont une manière de visionner les séries propres et ainsi se débarrassent des aspects communautaires pour s’orienter vers leur propre blog où ils parlent ce de ce qu’ils veulent…

Les forums spécialisés sont là pour consolider le fandom d’une série, LVEI l’a été, et a été même un pilier dans la construction de la sériephilie en France puisque le chat du site a permis au réseau IRC de se développer d’une certaine manière.
Un forum spécialisé a toujours une partie « autres » avec des sujets sur d’autres séries, un membre aura du mal à redire systématiquement les mêmes choses s’il est sur deux ou trois forums spécialisés et même généralistes !

Le constat est encore là : il est difficile de nos jours de créer une communauté ! Les séries les plus mal connues ont quand même des spectateurs mais d’une quantité moindre et encore moins de fans purs et durs !!! En France, il y a dix ans, les séries arrivaient quand elle avait déjà une ou deux saisons d’avance, les chaînes se permettaient de la programmer car il y avait une garantie de moyen à long terme. Désormais, une série a beaucoup plus de chance d’arriver sur nos écrans même si sa durée de vie est courte.

Voici donc notre paysage sériephilique français : des blogs de spectateurs, des séries qu’il faut voir obligatoirement sous peine de n’intéresser personne. Ce n’est qu’un juste retour aux sources mais la source s’est tarie.

Venons-en au sujet de l’article : « t’es sur quoi en ce moment ? »

Depuis les séries feuilletonnantes, beaucoup attendent que la saison soit terminée pour pouvoir TOUT REGARDER ! Le rythme de visionnage est donc devenu différent d’un spectateur à un autre, les avis sont donc rendus en décalé, les réponses également. C’est alors qu’un nouvel âge d’or communautaire est né : le blog.
Qui n’a pas son blog de reviews de séries ? Les blogs sont quand même une antithése des forums. Là où les forums généralistes parlent de tous avec tout le monde, les blogs sont là pour parler de tout… ce que regarde UNE PERSONNE en particulier. Je ne remets pas en cause mon enthousiasme mais plutôt le fait qu’on partage de moins en moins. Peut-être le fameux AGE D’OR… avant on avait la curiosité des magazines, des nouveautés (du temps de Buffy et autres), ensuite les séries « en direct des usa » et là ça semble passer. Désormais on a le « coup de coeur du moment ». « Tu es sur quoi en ce moment ? » résonne comme un aveu de faiblesse : tu ne dois pas regarder une série à un rythme régulier, tu dois la bouffer, la recracher, la digérer, bref savoir quel goût elle a à la sortie pour pouvoir donner un avis.

Je ne m’abrutis pas l’esprit par une seule série pour l’oublier ensuite telle un désir de classifier ses visionnages, d’archiver ses goûts en série ! C’est pourquoi personne n’a le même rythme de visionnage et donc plus personne ne peut discuter de l’excitation qu’il a eu à regarder tel ou tel épisode. L’instantané n’existe plus.

Parlons vrai, le téléchargement a mis tout à disponibilité, le tri a été fait entre les séries à voir, les trouvailles et les vieilles séries. Les trouvailles sont là pour faire patienter entre deux séries à voir. Et là commencent le ballet des phrases chocs : « ce sont des épisodes courts », « il n’y a pas de fin, c’est nul ». Des épisodes courts, ça n’existe pas. Si vous n’étiez pas aveuglés par GoT et les séries HBO vous sauriez qu’un épisode « court » n’est en fait qu’un format qui a 60 ans : le 20 minutes. On se retrouve avec des arguments entre sériephiles qui n’ont plus de sens. Les gens cherchent à tout prix une série pour passer le temps, on consomme une histoire segmentée en abolissant tout le sel du genre : l’attente. D’ailleurs le terme sériephile est galvaudé, on bouffe, on consomme de la série, ça ne veut pas dire qu’on adore et qu’on sait à juste titre en parler. Un cinéphile n’aligne pas les films.

La série se rapproche d’un mode de consommation littéraire. On lit des livres à la chaîne, on les stocke et on conseille tel ou tel ami sur quel livre lire sans qu’on ne soit coincé dans une chronologie des médias. On parle des films récents mais on ne parle pas des séries récentes sauf événement (les fameuses séries à voir). Netflix avec House of Cards ou Orange is the new black, crée l’événement quelques jours puis plus rien, on ne reparle plus de ces séries. On se rapproche alors du cinéma avec une proposition annuelle d’histoires comme au cinéma, on a le lot de films Marvel de l’année. Les séries se transforment non pas dans la forme, dans le fond mais dans leur consommation, leur forme finale. Elle prenne alors l’identité d’un monstre, celle que le spectateur veut bien lui donner.

Amitiés sériephiliques.