On a terminé

Stranger Things (saison 5 -Netflix) : une conclusion cohérente… mais épuisante

Stranger Things est l’une des rares séries actuelles à susciter encore un véritable engouement collectif. Qu’il soit positif ou négatif, cet accueil fédère. 

Inutile de la résumer : vous la connaissez, vous avez déjà tout lu à son sujet. Ce que vous attendez ici, c’est une critique. Le jeu est clair.

Alors, où en sommes-nous ? Globalement, au même point que lors de la saison 4. Les défauts persistent. Tout est trop long, trop expliqué, trop appuyé dans le jeu, trop écrit — ou parfois pas assez. Tentons d’y voir plus clair. Avec un univers aussi fortement défini sur le plan artistique, Stranger Things s’est peu à peu enfermée dans une absence de renouvellement narratif. L’Upside Down est au cœur de toutes les intrigues depuis maintenant cinq saisons.

Cinq saisons, cela peut sembler long. Pourtant, on parle de moins de cinquante épisodes. Sur le papier, rien qui ne laisse penser que la série aurait fait le tour de son sujet. Mais dans les faits, cet univers unique et cet adversaire unique constituent un frein au développement d’un véritable monde sériel. En termes de temps d’écran, on approche désormais les cinquante heures : c’est considérable pour un univers qui peine encore à évoluer. Sommes-nous alors face à une situation paradoxale, voire incohérente ? Oui. Car si l’on adopte le prisme de l’épisode — cette unité fondamentale de narration — la série raconte finalement très peu de choses. Le constat est particulièrement frappant dans l’épisode 5×06. À 56 minutes de visionnage, une question s’impose : qu’est-ce qui s’est réellement passé ? Presque rien.

Stranger Things fin de saison et de série

Même les limites traditionnelles de l’épisode ne fonctionnent plus. Les cliffhangers sont souvent de simples fins abruptes, interrompant une scène au moment précis où, enfin, quelque chose commence à se produire. Parlons-en, justement, des cliffhangers : ils sont omniprésents, car il faut maintenir artificiellement l’attention sur une demi-douzaine d’intrigues parallèles. La série multiplie les effets de suspense, souvent disproportionnés par rapport à leur réel enjeu.

On enchaîne les scènes, les groupes de personnages, les sous intrigues. C’est l’un des points faibles majeurs de Stranger Things : un casting trop large. Plus les personnages sont dispersés, plus les intrigues se fragmentent. Et plus ces intrigues se multiplient, plus les temporalités deviennent incohérentes. En théorie, lorsqu’un personnage quitte l’écran, il continue de vivre, d’évoluer. Pas ici. Le temps semble littéralement s’arrêter hors champ. Max et Holly découvrent une échelle : fin de scène. Dix minutes plus tard, on les retrouve en train de descendre. Entre-temps ? Rien. Le temps est suspendu. C’est un symptôme clair de problèmes de structure, d’organisation et d’écriture. Ce trop-plein de personnages entraîne aussi une dilution de l’intérêt qu’on leur porte. Qui est réellement capable de décrire l’évolution de chacun ? Lucas semble moins affecté que Dustin, alors qu’ils ont vécu des événements similaires. Holly bénéficie parfois de plus de temps de présence qu’Eleven. Mike devient un simple faire-valoir. Robin se contente de suivre. À force de vouloir donner l’impression d’une grande richesse narrative, la série crée une densité artificielle — aggravée par une écriture inachevée de ses personnages.

Venons-en à Vecna, une menace étonnamment passive. Il agit peu, et seulement lorsque le récit a besoin d’un sursaut de rythme. Cette mécanique rappelle celle des « big bad » de Buffy contre les vampires à partir de la saison 3 : un antagoniste bridé par un compte à rebours implicite, attendant patiemment l’épisode final pour passer à l’action. Dans Stranger Things, la question devient : quelle menace va ralentir nos héros pendant toute la saison ? Au fond, Vecna a-t-il réellement un plan ? Existe-t-il une urgence tangible ? D’autant plus que la population de Hawkins semble globalement indifférente à la situation. Tout va bien, apparemment.

Stranger Things fin de saison et de série

Revenons aux scènes longues. Dans l’épisode 6, Max s’apprête à franchir un portail. Elle s’offre alors une tirade interminable face à Holly, alors que, quelques épisodes plus tôt, elle n’avait pas su se presser et avait vu ce même portail se refermer sous ses yeux. Où est passée l’urgence ? L’urgence ne semble jamais être un moteur du récit. Les personnages ne sont ni dans la précipitation, ni dans l’exécution immédiate. Or, sans impératif clair, sans engagement fort, il n’y a pas de véritable promesse narrative. Cela peut sembler théorique, mais c’est un ressenti fondamental : quand une œuvre est maîtrisée, tout paraît fluide, évident. À l’inverse, quand le récit devient laborieux, on finit par percevoir les rouages, les failles du processus. Et c’est exactement ce qui se produit ici. Stranger Things nous propose des épisodes sans que l’on sache réellement quel personnage peut agir, quel enjeu est en jeu, ni quel objectif précis guide le récit. À un épisode de la fin, cette absence de cap interroge plus qu’elle ne captive.

Sur le papier, cette ultime saison de Stranger Things est plutôt cohérente avec ce vers quoi la série semblait vouloir tendre depuis plusieurs années. Les enjeux sont clairs, la menace identifiable, la fin globalement alignée avec la promesse initiale. Et pourtant, quelque chose cloche. Le principal problème reste le même que lors des saisons précédentes, mais poussé ici à son paroxysme : une écriture trop verbeuse, incapable de faire confiance à son récit et à ses personnages. La série parle sans cesse, explique tout, étire chaque idée jusqu’à l’épuisement. Résultat : 42 épisodes ressentis comme 80. En nombre d’épisodes, c’était suffisant. En nombre d’heures, c’était clairement trop.

La fin de Stranger Things (spoilers)

Le traitement des personnages cristallise particulièrement ces faiblesses.

Mike, lui, est fidèle à son rôle habituel : toujours présent, mais plus comme lien narratif que comme moteur de l’action. Will, en revanche, se révèle être le “Harry Potter” de la saison : un personnage fondamental sur le papier, mais dont le poids dramatique peine à exister à l’écran. Le jeu de l’acteur n’aide pas, et la polémique autour de ce dernier a achevé de parasiter le ressenti, notamment chez les spectateurs les plus critiques. Entre le coming-out de l’épisode 7 qui a gêné les plus idiots et ses propos de 2023, il était évident que les haters allaient l’abattre.

Max traverse la saison en pointillés, réellement marquante uniquement lors de l’épisode 6. Lucas, pourtant doté d’un potentiel dramatique équivalent à celui de Dustin, est totalement sous-exploité, il a perdu max mais ne semble pas aussi touché que Dustin l’est pour Billy. Dustin, à l’inverse, en fait parfois trop : overdramatique, un peu fatigant, mais il reste malgré tout le cerveau du groupe. Steve se contente d’être Steve : cool, sympathique, mais sans véritable arc. Jonathan est relégué au rang de figurant inutile, dépourvu de charisme. Nancy devient tellement “badass” que cela finit par nuire à sa crédibilité. Robin est purement et simplement inutile. Joyce, quant à elle, se limite à une succession de regards ahuris de Winona Ryder, sans réel impact narratif. Jim Hopper bénéficie de quelques morceaux de bravoure en début et en fin de saison, mais l’ensemble reste anecdotique. Et puis il y a Holly. Contre toute attente, c’est elle qui mérite presque les honneurs : à elle seule, elle porte certaines des rares scènes de tension réellement efficaces de la saison.

Stranger Things fin de saison et de série

Eleven est à nouveau remise au centre du récit comme personnage-clé, alors qu’elle passe la majorité de la saison dans une posture étonnamment passive. Son lien dramatique avec sa “sœur” se veut émotionnellement fort, mais reste superficiel, jamais vraiment incarné. Une importance scénaristique téléphonée, qui ne trouve jamais sa justification à l’écran. La mort de Kali ne produit rien vu que leur lien est inexistant… Alors quand il faut vaincre le grand méchant, on sort Eleven, alors qu’elle saigne du nez pour détruire une vulgaire caméra de surveillance, elle se met à être surpuissante face à Vecna et un kaiju… Quand on vous dit que l’écriture des Duffer est quand même pas maline. Tout prend son temps, on revient au travers de la saison avec une urgence mais du temps pris pour discuter, réexpliquer… Pire, le montage, un peu épuisant, fait en sorte que chaque scène batit quelque chose. Oui et non. On ressent quelque chose de factice, de « Netflix ». On crée du contenu, mais pas du contenant.

Au final, Stranger Things reste une série impeccablement produite, techniquement solide, visuellement maîtrisée. Mais cette dernière ligne droite confirme un mal profond : une écriture défaillante, aussi bien dans la structure épisodique que dans la gestion de la temporalité et du rythme des scènes. Une série qui savait captiver en peu de temps, et qui semble aujourd’hui incapable de s’arrêter de parler, au point de diluer ce qui faisait autrefois sa force.

Tom Witwicky

Créateur de SmallThings, 1er Geek Picard de la planète Exilé dans le 92

Une réflexion sur “Stranger Things (saison 5 -Netflix) : une conclusion cohérente… mais épuisante

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