C’est avec beaucoup de retard que nous publions un article sur Steven Universe, et nous nous en excusons. Ayant fait le tour du net, cette série demeure très marquante pour aborder avec sensibilité le thème de l’amour, avec un grand A.

Oui, cette série parle avant tout d’amour. L’amour filial, l’amour familial, l’amour terrestre, l’amour extraterrestre, l’amour hétérosexuel, et surtout l’amour homosexuel. Et non, vous ne rêvez pas, nous sommes bien dans un dessin animé pour enfants qui passe sur Cartoon Network, depuis fin 2013.

Créée par Rebecca Sugar, une scénariste qui a auparavant oeuvré sur Adventure Time, elle partage des thèmes liées à sa bisexualité. Nous vous proposons donc un résumé de chaque saison de Steven Universe, de la première à la cinquième. Car nous avons beaucoup de choses à en dire, et ce serait bien dommage de passer à côté.

Attention, cette critique comporte des spoilers.

Tout commence au bord de la mer, à Plage-Ville. Le petit Steven, âgé de 13 ans, vit entouré de trois femmes mystérieuses qui sont en réalité des extraterrestres, « les Gemmes de Cristal ». Présentes sur terre depuis des milliers d’années, elles veillent sur Steven qui s’avère être, en vérité, un être mi-humain, mi-gemme. Il a d’ailleurs une gemme en forme de quartz rose comme sa mère avant lui, la mystérieuse Rose Quartz, que les autres gemmes semblent beaucoup admirer et vénérer. Chacune de ces trois gemmes a un caractère différent. Perle est la plus rationnelle de toutes et veille à ce que tout soit bien ordonné. Améthyste est la plus rebelle et n’hésite pas à énerver Perle pour son plus grand amusement. La plus silencieuse des trois, et aussi la plus forte, c’est Grenat, capable de voir le futur. Elle est la plus calme et la plus réfléchie, cependant elle cache un étrange secret…
Rose Quartz a disparu depuis longtemps. On apprend au fil de la première saison qu’elle a abandonné sa forme pour donner naissance à Steven, suite à sa relation avec un humain, Greg Universe. Cela ressemble à Harry Potter, avec la disparition de Lily pour sauver son fils. Pourtant, rien n’a réellement poussé Rose à faire ça, c’est seulement qu’elle était amoureuse de Greg et qu’elle souhaitait se « réincarner » en humain à travers Steven. Ce dernier, toujours joyeux et prêt à aider les autres, y compris les « méchants », poursuit ce désir de Rose de découvrir la beauté de la Terre. D’ailleurs, il partage avec Rose le pouvoir de guérir et de cicatriser les gemmes et les personnes. Les épisodes où il en apprend plus sur sa mère sont très touchants, même si Steven lui adresse symboliquement des reproches quant à sa disparition.

Voici le passage où Steven découvre sa mère pour la première fois:

Autre sujet qui aura marqué l’identité de la série, c’est la récurrence des thèmes LGBT, et plus précisément de l’amour lesbien entre gemmes (j’aime?). En effet, toutes les gemmes ont l’apparence d’une femme humaine, bien qu’elles n’aient rien d’humain. Leur corps n’est que la projection astrale de la pierre dont elles sont issues. Chaque pierre est différente, ainsi que son pouvoir. Ce sont les fans de lithothérapie qui seront servis ! Ainsi nous faisons connaissance avec Lapis-lazuli qui a le pouvoir de l’océan, et plus tard de Saphir, qui peut voir dans le futur. Mais plus intéressant, les gemmes peuvent « fusionner » et en créer une plus puissante qui combine leurs pouvoirs. Ce troisième être n’a plus rien à voir avec les deux gemmes qui la constituent, mais compose une créature à part entière. C’est là qu’est la flèche de lance de la série. Car si les gemmes doivent fusionner, elles doivent d’abord être d’accord l’une et l’autre, ne pas être prise de force, et accepter une danse avant de s’unir. Et la danse est très sensuelle, le dessin animé ne s’en cache pas ! (ça reste raisonnable, c’est pour les enfants). Deux gemmes peuvent tomber amoureuses et rester fusionnées très longtemps, incapables de se séparer. Mais une gemme peut prendre de force une autre plus affaiblie, et c’est ce qui arrive à Lapis-Lazuli qui se retrouve dominée par Jaspe, exactement comme un couple à la relation abusive dans la vraie vie !

Cependant, plusieurs gemmes peuvent fusionner dans l’urgence si elles veulent être plus fortes face à un danger. Perle acceptera de fusionner avec Améthyste (même si Perle affiche du dégoût à cette pensée) pour devenir Opale. Grenat demandera à Perle de fusionner avec elle dans un autre épisode, créant ainsi la chouette Sardonyx. Perle est très émue que Grenat lui propose la fusion, ce qui fait réellement penser à des sentiments amoureux. Mais celle dont Perle était réellement amoureuse, c’était Rose Quartz. Cela fait mal au coeur de la voir si désespérée quand elle se remémore tous les moments passés avec Rose. Elle reste tout de même pour veiller sur Steven, car c’est tout ce qu’il lui reste de sa bien-aimée disparue. Encore maintenant, c’est difficile de savoir si Rose avait des sentiments réciproques pour la pauvre Perle.

Bien évidemment, ce serait agir avec maladresse d’affirmer que cette série est « gay » et qu’elle ne s’adresse qu’à eux. Surtout ne vous méprenez pas, ce n’est pas ce que je sous-entend ici. La série n’a jamais voulu être présentée comme telle, et même si le motif LGBT y est très clairement décrit, ce sont surtout les gemmes qui s’aiment entre elles. Et bien qu’elles aient des apparences de femmes, elles n’en sont pas moins des pierres précieuses avant tout, même si elles fusionnent. C’est ça qui rend la série si intéressante, c’est que tout est en subtilité, et qu’il n’y a pas de parti pris. C’est mieux quand on ne peut pas mettre d’étiquette, et Steven Universe fait partie de ces œuvres inclassables.
Mis à part les gemmes, les humains occupent aussi la série. À commencer par Greg Universe, le père de Steven, qui est un doux rêveur qui vit au bord de la mer. Et surtout Connie, une jeune fille d’origine indienne dont Steven tombe amoureux, et avec qui il réussit… à fusionner, dans le très bel épisode « Seul et ensemble ». L’être qui en découle, « Stevonnie », est si belle qu’elle séduit tout le monde, aussi bien les hommes que les femmes. Pourtant, et cela semble une certitude, Stevonnie est un trans, car on la voit se raser au cours de la série. C’est pourquoi ce dessin animé est si exceptionnel, c’est qu’il permet de voir la beauté en tout individu, qu’il soit un homme ou une femme, ou quelque soit son orientation sexuelle.

steven universe

Connie, Stevonnie et Steven

 

Mais la saison 1 comporte des défauts. Très longue, elle compte pas moins de 52 épisodes, et elle s’éparpille inévitablement. Les passages concernant les humains m’ont paru les plus ennuyeux à regarder, car ils n’apportent presque rien au déroulé de l’histoire. Certains sont très caricaturaux, comme l’enfant bizarre qui ne parle jamais, le maire qui est le cliché du politicien égocentrique qui ne cesse de clamer : « Votez pour moi ! » alors qu’il n’a aucun autre concurrent, Lars l’ado superficiel et égoïste, le vendeur de frites qui ne pense qu’aux frites, le vendeur de pizzas qui ne pensent qu’aux pizzas, etc. La série en sort malheureusement inégale. Et d’autres clichés sont véhiculés sur les enfants, car certains s’expriment de manière compliquée comme des adultes, alors qu’aucun enfant ne parle ainsi. Et je ne parle même pas de l’épisode « L’univers de Grenat », qui était complètement inutile. On dirait que Rebecca Sugar a subi la pression de Cartoon Network et qu’elle a été obligée de créer des épisodes « fillers » avec des humains, afin que la série ne soit pas boudée à cause des Gemmes de Cristal, personnages nouveaux et difficiles à faire connaître au début. Alors que non, c’est bien les gemmes qui nous intéressent le plus. Grosse exception pour Lars et Saddie, deux personnages qui n’osent s’avouer qu’ils s’aiment, et qui tombent joliment dans les bras l’un de l’autre dans « Une île paradisiaque ».
La série se rattrape néanmoins à la fin, lorsque d’autres gemmes attaquent la terre. Les gemmes se font capturer, et on apprend que Grenat est en réalité… une fusion. Elle est issue depuis tout ce temps de Rubis et de Saphir, deux gemmes au statut social très différent qui sont tombées amoureuses l’une de l’autre. Une fois refusionnée, Grenat affrontera Jaspe dans une chanson mille fois relayée sur le net, « Stronger than you ».

Ainsi, si vous n’avez pas encore vu ce dessin animé, je vous conseille de foncer. Abordant avec beaucoup de sensibilité des sujets différents sur les rapports humains, elle traite avec subtilité de nombreux thèmes liés à l’amour. Les couleurs sont très délicates, avec un mélange de rose et de bleu sur la plage (le masculin et le féminin?). L’histoire est prenante et on a hâte d’en savoir plus sur Rose et le passé des gemmes de cristal. Steven prend de la maturité au fil des épisodes, mais sera-t-il à la hauteur de sa mère ? Ou fera-t-il mieux encore ? La série est une réussite, malgré une première saison parfois trop longue, mêlant habilement le train-train quotidien parodique à la manière des Simpsons, et les aventures de super-héros comme dans les mangas (d’ailleurs, un clin d’oeil est fait dans la série, notamment avec un portrait de Sailor Moon). Les autres saisons ont heureusement deux fois moins d’épisodes avec une bien meilleure intrigue, alors restez avec nous pour le prochain article !

Steven Universe saison 1 est disponible sur Netflix