Malcolm, Rien N’a Changé (Disney+) : un film honnête (Quoi ? C’est une série ?)
Malcolm est revenu en même temps que Scrubs. Deux séries des années 2000 qui reviennent pour raconter le temps qui passe. Mais pour Malcolm, si le titre nous dit que rien n’a changé… ce n’est pas vraiment vrai.
Tout revient ! Bientôt, il n’y aura plus que Sliders qui ne sera jamais revenu… et encore, on l’attend ! Si le retour de Buffy devra patienter, on sait que la série reviendra un jour ou l’autre.
Malcolm marque surtout le retour de Linwood Boomer, qui porte bien son nom, à l’écriture. Créateur de la série, ancien interprète d’Adam Kendall dans La Petite Maison dans la Prairie, il n’avait plus rien fait depuis… l’arrêt de Malcolm ! Il revient donc aux affaires, et on pouvait se demander s’il en avait encore sous le capot. Côté casting, on savait que tout le monde était revenu, sauf Erik Per Sullivan, le génial interprète de Dewey. Et il faut l’avouer : les autres n’ont rien perdu de leur personnage !
Commençons par le prétexte de cette réunion : l’anniversaire de mariage de Hal et Lois. À cette occasion, Lois souhaite rassembler toute la famille, qui peine à se retrouver depuis des années. Malcolm est le premier concerné, puisqu’il a fui la cellule familiale et refait sa vie. On le retrouve divorcé et père d’une adolescente. Frankie Muniz n’a pas bougé et tient son personnage comme jamais.
Sa fille, Leah (Keeley Karsten), est une petite Malcolm. D’ailleurs, on comprend vite l’enjeu de ce retour : ouvrir la voie à un spin-off centré sur elle. Elle s’adresse à la caméra comme son père, et on la suit dans son quotidien, contrairement au reste du casting, davantage présent en duo ou en groupe.
Si les années ont passé, notre attente a évolué aussi. Il est toujours compliqué d’entrer dans un revival : les personnages — et les acteurs — ont vieilli, et on espère retrouver les relations et l’univers d’antan. Sauf que c’est compliqué. Physiquement, tout a changé, et tout sonne un peu faux durant les premières minutes. Mais passé le premier épisode, c’est reparti ! On s’habitue, et on prend plaisir à retrouver cette famille dysfonctionnelle.
Hal et Lois sont toujours génialement campés par Bryan Cranston et Jane Kaczmarek, qui s’en donnent à cœur joie. Mention spéciale à Cranston, en grande forme ! Si c’est le seul acteur à avoir véritablement percé, son personnage est presque au centre de toutes les attentions. Le couple reste ultra attachant et vole même la vedette à Malcolm.
D’ailleurs, il y a peu de scènes entre eux trois, ce qui affaiblit un peu la dynamique de groupe. On voit rarement Malcolm dans son rôle de nerveux face à la famille. Il faut attendre les dernières minutes pour retrouver ça… et là, on est immédiatement projeté 20 ans en arrière. La série tente aussi de gérer les personnages moins développés en fin de parcours. Jamie, le petit dernier, avait peu de présence : on le retrouve dans l’armée, pour… trois scènes, dont la plupart via écran interposé.
Même traitement pour Dewey, désormais joué par Caleb Ellsworth-Clark. L’équipe attendait jusqu’au dernier moment un retour d’Erik Per Sullivan, mais son absence a forcé un remplacement en urgence. Résultat : Dewey apparaît surtout en visio. Et surtout… il a changé. Fini le petit lutin espiègle : il est devenu pianiste reconnu. On perd une part essentielle de l’énergie comique du personnage.
Kelly, elle, est une nouveauté. Lois était enceinte dans le dernier épisode de 2003 : c’est donc une fille. Enfin ! Mais l’écriture autour du personnage est plus bancale. Interprété par Vaughan Murrae, Kelly se définit comme non-binaire. Sa première scène insiste sur le pronom « iel », maladroitement introduit par Hal. L’intention est là, mais l’écriture manque de finesse. Même chose pour Stevie, désormais en couple et parent : ces éléments sont posés d’emblée, mais sans réel impact sur l’histoire. Ce qui devait enrichir les personnages devient presque leur seule caractérisation. Et ça sonne creux.
Les « têtes d’ampoule » sont de retour, tout comme plusieurs personnages secondaires, des amis de Hal à ceux de Francis. Quant aux absents… ils sont décédés, comme leurs personnages, mentionnés avec une certaine tristesse.
Au final, ces quatre épisodes sont inégaux. Cela ressemble parfois davantage à un téléfilm réunion qu’à une vraie suite. On prend du plaisir… sans vraiment s’emballer. On rit, on sourit, puis on oublie. Les dynamiques sont un poil différentes. On pense à Reese qui fait un duo intéressant avec Kelly, mais qui ne vaut pas le trio Reese / Malcolm / Dewey. Francis est à la maison, loin des expériences étranges dont il avait l’habitude.
Ce n’est pas un mauvais retour, loin de là. Mais le temps qui passe n’est jamais vraiment traité. Et ce sentiment étrange de vouloir refaire sans vraiment évoluer — comme si rien n’avait changé — est finalement le piège dans lequel tombent beaucoup de revivals. Ces épisodes tenaient facilement en film d’une heure trente… En faire une mini-série événement alors que tout le public va se farcir les 4 épisodes d’un coup, ce n’est pas très cohérent.
Mention spéciale à la VF. Francis et Reese, portés par Cédric Dumond et Donald Reignoux, n’ont pas bougé d’un poil. C’est plus difficile pour Brice Ournac chez Malcolm, dont la voix a bien grandi. Pour Hal et Lois, le décès de leurs voix françaises, Jean-Louis Faure et Marion Game, a provoqué un petit changement dans le doublage. On saluera la performance de Mathieu Buscatto et Brigitte Virtudes, qui font un travail excellent et bluffant.
Et Leah alors? Elle peut porter un spin-off ? Oui. On sent, en fin d’épisode 4, qu’on a créé une nouvelle cellule de personnages. Mais faut-il faire cette série dérivée ? Ca sonnerait come une série à la Disney Channel, ou comme Girls meet World, La Fête à la maison : 20 Ans après… des séries gentillettes mais oubliées.




