Cinéphilie

Love me tender : un film « librement adapté » du livre homonyme de Constance Debré

Si la réalisatrice de « Lover me tender », Anna Cazenave Cambet, affirme s’être librement inspirée de l’auto-fiction de Constance Debré, elle admet tout de même avoir eu plusieurs échanges avec l’autrice afin de s’assurer que le projet était fidèle, en tout cas conforme à sa vision.
Le film « Love me tender » raconte la même histoire que le livre, et par conséquent l’histoire personnelle de Constance Debré. L’héroïne, Clémence, vient d’annoncer à son ex-mari Laurent qu’elle souhaitait mettre fin à leur couple, car elle préfère désormais relationner avec des femmes. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait déjà depuis quelques temps, ce dont son ex-mari s’accommode. Il a l’espoir que ce ne soit qu’une passade, que Clémence change d’avis. Il insiste d’ailleurs dans ce sens. Mais un jour, Clémence est plus ferme : non, elle ne changera pas d’avis, ce n’est pas une passade, elle aime désormais les femmes et il n’y a plus d’espoir entre eux. Elle souhaite par contre conserver leur bonne entente afin de préserver leur fils.
Mais Laurent ne va pas l’entendre de cette oreille et va peu à peu lui retirer la garde de son fils. Peu à peu, Clémence ne peut plus le voir qu’en présence de services sociaux. Elle lutte pour conserver une relation avec son fils, influencé par son père et parfois très distant. En parallèle, elle mène sa vie d’autrice à plein temps, passe d’appartement en appartement, ayant renoncé au confort matériel de sa vie d’avant. Elle tombe amoureuse, se rend à la campagne s’occuper de son père. Elle survit et en même temps, ne s’est jamais sentie aussi vivante.

Choisir sa vie envers et contre tout

Anna Cazenave Cambet nous montre sans détour les sacrifices et les errances que crée un choix de vie différent de la norme. Clémence assume tout, mais le paye très cher. Ses proches, sa famille, ne seront jamais en phase avec ses choix et elle avance tout en le sachant très bien : ce n’est plus son problème. L’actrice Vicky Krieps, qui a été choisie pour tenir le premier rôle, le transmet à la perfection, avec une alternance de force tranquille et d’extrême sensibilité qui nous touche en plein cœur.
Love me tender
On ne peut pas parler de « Love me tender » sans aborder ses thèmes principaux : la déviance de la norme qu’une femme paye le prix cher, mais aussi l’homophobie de ses proches, des institutions et de la société toute entière. Elle sera sévèrement jugée pour s’être éloignée de son fils plutôt que de rester dans leur foyer familial. Quitte à, puisque son ex-mari n’aurait pas accepté autre chose, renoncer à la vie qui se devait fondamentalement d’être la sienne. Un choix radical (mais est-ce un choix ?) qui pourra diviser, mais que le film montre parfaitement bien. De mois en mois, Clémence perd sa relation avec son fils et ne peut rien y faire, sa vie d’avant et ses privilèges lui échappent sans qu’elle ne puisse l’éviter et elle est seule, terriblement seule.

En tant que femme, devenir artiste à plein temps

« C’est un roman qui parle du prix à payer quand on est une femme artiste, autrice, et qu’on a fait le choix de mettre ça au centre de sa vie » : c’est ainsi qu’Anna Cazeneuve Cambet décrit son projet, au-delà des sujets de la maternité et de l’homophobie.
En parallèle à ses choix familiaux difficiles à assumer, Clémence elle fait aussi le choix de devenir autrice à plein temps, de faire de sa création le centre de sa vie. A l’écran, on voit ses nombreuses séances d’écriture, sa vie qui s’organise autour de cela et des rendez-vous pour conserver la garde de son fils. La piscine le matin, éviter les fêtes pour passer une nuit à écrire, et finalement, une démarche qui va porter ses fruits. Un autre sujet de société s’il en est, traité par Anna Cazenave Cambet et également très présent dans le livre de Constance Debré : qu’une femme choisisse de s’isoler pour un projet artistique, en faire sa priorité absolue.

Très fidèle au livre de Debré, « Love me tender » est un film important sur la recherche de liberté d’une femme qui s’est trop longtemps bridée. La destinée de Constance Debré m’a toujours fascinée dans sa radicalité et c’est ainsi qu’on parvient à faire bouger les murs : en se déportant franchement vers un endroit difficilement compréhensible pour autrui. Une démarche que j’admire et que je remercie.
En salles le 15 décembre.
Et pour découvrir le livre « Love me tender » : https://www.babelio.com/livres/Debre-Love-me-tender/1188327

Claire

Rédactrice / Responsable de la section "Livres"

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