Chef d’oeuvre, classique du cinéma, il y a des qualificatifs qui collent à certains films ou qui devraient ! Dans Autopsie d’un classique, on revient sur un film qui a marqué.

S’il est souvent considéré comme un réalisateur français, Gaspar Noé possède en réalité une double nationalité, argentine et… Italienne. Noé naît à Buenos Aires, en 1963. Son père est peintre, sa mère assistante sociale politisée (très à gauche – c’est un détail non négligeable pour comprendre certaines de ses influences). Sa famille fuit l’Argentine suite à un coup d’état et s’installe en France. Le jeune Gaspar Noé bénéficie d’une solide éducation artistique grâce à son père artiste et la volonté de sa mère de lui montrer des films souvent coup de poing. Elle l’amène ainsi voir Salo ou les 120 journées de Sodome pour ses 18 ans – c’est désormais un de ses films préférés. De 17 à 19 ans, Gaspar Noé étudie à l’école Louis Lumière qui formait, à l’époque, aux métiers de l’image (c’est toujours le cas mais on retrouve désormais un enseignement également basé sur la réalisation). De cette première formation, le réalisateur en a gardé un solide sens visuel et un goût prononcé pour les défis techniques. Il rejoint ensuite l’université de Tolbiac pour étudier la philosophie, c’est une discipline qui restera ancré dans ses œuvres.

Noé commence sa carrière avec des court-métrages, un format qu’il n’abandonnera pas même après son passage au long. On retient notamment We Fuck Alone, une part du projet collectif Destricted, regroupant sept court-métrages autour des thèmes de l’art et du sexe, un clip de la chanson Protège moi, classé X et disponible dans une édition collector d’un DVD de Placebo ou encore un spot pour l’utilisation du préservatif (encore classé X, diffusé sur Canal avant le Journal du hard). La plupart de ces films, quel que soit leur date de production ou leur qualité variable, explorent toujours les sujets qui sont chers au réalisateur et jouent sur des expérimentations visuelles. Ils possèdent une imagerie souvent « sulfureuse » et un désir de titiller l’esprit du spectateur pour l’amener à réfléchir.

Le passage au moyen-métrage n’est pas chose aisée pour le jeune Gaspar Noé qui affectionne les sujets un peu trop sensibles au goût des financiers. Il crée donc sa propre société de production, Les Cinémas de la zone, avec sa compagne, la réalisatrice Lucile Hadzihalilovic et parvient à sortir, en 1991, Carne, l’histoire d’un boucher qui se débat dans les entrailles de son pays. Le succès de Carne l’encourage à tourner la suite, son premier long-métrage, Seul contre tous. Sorti de prison après avoir poignardé un innocent ouvrier qu’il soupçonnait d’avoir violé sa fille, le boucher tente de survivre dans la misère et de retrouver sa Cynthia, tout en luttant contre ses désirs incestueux. Le film est présenté à la Quinzaine des réalisateurs 1998 où il provoque des réactions très contrastées : certains hurlent au scandale (une légende raconte qu’une voix s’est élevée pour crier « pauvre con » pendant la projection), d’autres au génie. Le bad buzz permet néanmoins à Noé d’acquérir une petite notoriété. Cependant, lorsque l’on visite aujourd’hui la page Allociné du film, on constate que la presse est globalement positive à son sujet.

 

Seul contre tous de Gaspar Noé

 

Le sujet de cet écrit n’est pas son premier long-métrage mais son deuxième, qui subira la même controverse et que nous présenterons et analyserons ici en 3000 mots. Gaspar Noé souhaite alors faire un film « de sperme, de sang et de larmes », à travers le suivi d’un vrai jeune couple dans tous ses instants, y compris les plus charnels. Il rencontre Vincent Cassel en boîte et lui expose son projet. Cassel lui propose de rencontrer sa femme, Monica Bellucci. Ces derniers, à l’époque « couple star du moment », acceptent de travailler avec lui mais sont effrayés par la dimension érotique qui pourrait avoir des répercussions négatives sur le traitement qu’ils souhaitent appliquer à leur vie privée. Le réalisateur leur propose donc une autre idée qui lui trotte en tête (il n’a jamais semblé avoir de grandes ambitions à ce sujet), intitulé Irréversible, qu’il décrit comme « un film de « viol et de vengeance » comme « Mad Max » ou « Un justicier dans la ville » (…) plus violent que « Salo » et « Les Chiens de paille » réunis« .[1] Vincent Cassel et Monica Bellucci acceptent cette idée.

Le financement s’appuie sur la popularité de ses interprètes et trois pages de scénario. La majorité des dialogues sont improvisés et peu savent déjà que l’œuvre contiendra une scène de viol de neuf minutes (et non pas vingt minutes, contrairement à ce que dit la légende) ainsi qu’un meurtre d’une violence inouïe. Une fois de plus, Noé divise. Certains critiques désapprouvent l’utilisation virulente de l’horreur et de la provocation, aux Cahiers du cinéma, Jean-Marc Lalanne qualifie le film de « ridicule », alors que Grégory Valens de Positif proteste contre les « thèmes immondes » de l’œuvre[2]. Les réactions du public semblent également mitigées. Les sorties de la salle pendant la présentation du film à Cannes sont nombreuses comme le témoigne des vidéos aujourd’hui disponibles sur le net[3], bien qu’il reste toujours extrêmement difficile de différencier le mythe de la réalité lorsqu’il s’agit des réactions à Cannes.

Irréversible est une histoire de rape and revenge, qui suit le parcours de trois jeunes gens, Marcus (Vincent Cassel), Pierre (Albert Dupontel) et Alex (Monica Bellucci). Alex était autrefois la petite-amie de Pierre mais elle l’a quitté pour épousé Marcus. Cette mésaventure n’a pas mis l’amitié des deux hommes à l’épreuve bien que Pierre semble parfois un peu gêné. Lorsqu’Alex se fait violer par un inconnu dans un tunnel, Marcus décide de faire tout pour la venger et arpente Paris en compagnie de Pierre, à la recherche du violeur. Le film a la particularité d’être monté dans un ordre antéchronologique, c’est-à-dire que l’on découvre en premier la fin de l’histoire avec Pierre tuant quelqu’un à l’aide d’un extincteur, avant de le voir essayer de raisonner Marcus qui recherche le violeur d’Alex dans une boîte gay (le « Rectum »), on assiste ensuite au viol d’Alex, à la scène de fête qu’elle a quitté et, enfin, au début de soirée, lorsque Marcus et Alex se réveillent après une sieste. Alex découvre alors qu’elle est enceinte de l’homme qu’elle aime. Ce montage inversé permet un faux happy-end. Selon le réalisateur, « émotionnellement elle est joyeuse, rationnellement elle est triste [4]». Plus cruel encore : la dernière scène est celle d’Alex lisant un livre dans un parc, au soleil. Elle ne sait pas encore qu’elle est enceinte mais elle est entourée d’enfants qui jouent autour d’un jet d’eau, sur une pelouse verte, évoquant ainsi la fertilité, l’énergie, la vie. Or, le spectateur connaît déjà le triste destin qui attend la jeune femme et imagine sans peine que l’enfant qu’elle porte n’a pas survécu au viol. Ce sentiment de regret est également présent lors des scènes d’amour entre Marcus et Alex. Ils sont tous les deux nus et s’éveillent certainement après une sieste qui a suivi un ébat sexuel. Là où la scène de viol était présentée non pas comme du sexe mais comme de la pure violence (le viol n’étant pas ce que l’on peut éthiquement appeler du sexe), les scènes du couple sont empreintes d’une grande tendresse. Les deux protagonistes semblent chercher sans cesse le corps de l’autre, se levant puis se rallongeant immédiatement sur le lit, partageant la salle de bain lors d’une douche… Leur amour apparaît comme empreint d’une forte passion charnelle.

Nous pouvons éventuellement avancer, tout en restant dans l’hypothèse que le bonheur est étroitement lié au plaisir, celui d’un couple avec une forte alchimie physique. Ce n’est pas la première fois que Gaspar Noé propose un telle idée, dans Seul contre tous le désir le plus cher, la seule chose qui permet au boucher de ne pas se tuer est son désir pour sa fille. Dans son court-métrage We Fuck Alone, où on découvre deux personnes se masturbant chacun devant un film pornographique sans lien apparents, le désespoir des protagonistes est lié à leur solitude sexuelle. Nous n’évoquerons pas encore Love qui n’était alors qu’au stade de projet mais lorsque le film viendra au monde, il s’apparentera à une réflexion fiévreuse sur le désir, le bonheur et l’amour. Or, pour en revenir à Irréversible, on devine facilement qu’après le viol, Alex ne pourra plus goûter avec tant de joie aux plaisirs du sexe avec amour. Le couple pourrait être menacé parce que ne tenant qu’à une de ces futilités qui fait l’humain. Quant au violeur d’Alex, figure grossière, ce n’est pas un personnage réaliste mais un sujet de réflexion. Cette abstraction vis-à-vis du méchant permet également de questionner les héros sur leurs propres limites. L’amour serait-il systématiquement source de souffrance ? Plutôt que d’avoir de réelles ambitions réalistes ou encore moins d’être un film sur le viol, Irréversible prône un nerveux, des émotions, dans lequel le film est une expérience, une piste de réflexion, une succession de symboles, il pousse à un second niveau de lecture. Gaspar Noé précisera, dans un entretien : « Le cinéma peut être aussi une approche émotionnelle de l’existence. Ici, l’approche de la vie est fantasmagorique et non pas réaliste. »[5]

 

Irréversible de Gaspar Noé

 

Il est important de se concentrer sur le début et la fin du film : la première scène d’Irréversible est un dialogue entre le boucher de Seul contre tous et son co-détenu, dans la prison qui surplombe la boîte gay dans laquelle Marius et Pierre cherchent puis massacrent un homme. A la fin du film, un carton indique blanc sur noir « le temps détruit tout », reprenant ainsi les paroles du boucher qui racontait sa déchéance à son co-détenu. Ces derniers semblaient se réfugier dans l’idée qu’il n’y a ni bien, ni mal « il n’y a pas de méfaits, il n’y a que des faits », « ce n’est que le plaisir qui guide la vie ». En effet, le boucher, Pierre et Marius sont finalement relativement semblables : c’est l’amour (un amour malsain et contre lequel il lutte, certes), qui pousse le boucher à tuer un innocent dans Carne. Et c’est l’amour qui pousse Pierre et Marius à tuer un homme qui n’est peut-être pas le coupable (il est difficile de discerner son visage et personne ne peut confirmer que c’est en effet l’homme qu’ils cherchaient).

Finalement, l’Homme ou plutôt même l’homme, avec un petit h, est souvent un être lamentable chez Noé. Si on peut tenir à la valeur de cette lettre H c’est parce qu’Alex semble avoir plus de jugeote que ses amis et, bien qu’il soit souvent accusé d’être sexiste, les personnages féminins de Gaspar Noé sont souvent plus intelligents que ses personnages masculins, qui semblent sans cesse apeurés par l’idée de perdre leur virilité, qu’elle soit physique ou mentale. Ainsi, on reproche ouvertement à Marcus, une homophobie assumée ou d’exposer sa petite amie comme un objet, bien qu’il soit roulé en boule lorsque cette dernière lui met involontairement un coup de genou dans les parties intimes. Ce sujet d’un virilisme vain revient lorsque Gaspar Noé parle du film. S’il s’est souvent défendu d’une volonté de provocation sur Enter The Void par exemple, il ne cache pas s’y livrer sur Irréversible. Noé a déclaré que beaucoup d’hommes quittaient la salle lors de la scène du viol, parce qu’ils refusaient de s’identifier à une femme qui se fait violer. Si l’on peut éventuellement contester ces paroles, ne connaissant pas les réelles motivations de chaque homme qui quitte la salle, on note effectivement une volonté de placer l’homme face à sa conscience tout au long du film. Les personnages d’Irréversible ont tout de jeunes parisiens branchés, le statut de stars au sommet du glamour de leurs interprètes leur confère une certaine aura, ils sont séduisants, attirants. Mais si Vincent Cassel peut bénéficier d’une certaine appréciation physique par un public attiré par les hommes, Marcus, lui, est quelqu’un d’arrogant, d’homophobe, d’irresponsable et, qui plus est, sexiste. Alex lui rappelle sans cesse qu’elle n’est pas son objet, que c’est elle qui a quitté son ami pour lui et non pas lui qui l’a volé à son ami. Si elle est aussi victime de ce viol, c’est parce qu’elle a quitté la fête seule, un peu plus tôt que prévu à cause du comportement de Marcus, ivre, qui flirtait avec d’autres filles. Quant à Pierre, s’il semble d’abord plus respectueux (ou simplement en retrait) et raisonnable, c’est finalement lui qui tue l’homme dans la boîte de nuit. Malgré l’aspect plus engageant et ses beaux jeunes héros, parisiens un brin bourgeois, le glamour de ses acteurs, Irréversible conserve cet univers sombre et la description acerbe d’une France, marquée par l’intolérance et des personnages violents, presque primitifs, comme si ce défaut était inévitable à l’Homme.

 

Extrait d’Irréversible de Gaspar Noé

 

Et cette misère s’étend dans le théâtre favori de Gaspar Noé, le nord parisien. Dans Carne et Seul contre tous, qui prenaient place à porte de la Villette (indiquée par un carton inratable au début du film), le seul espoir (vain) était la fuite de cet espace. Dans Irréversible, les personnages ne cherchent pas à fuir leur espace mais y tournent en rond, à la recherche d’une vengeance, en se plaignant non pas des « arabes » mais des « pédés ». Cette fois, ce n’est pas un carton qui indique l’endroit mais le métro « Buttes Chaumont » et un lieu de tournage commun à Seul contre tous, à Pantin. La filmographie de Gaspar Noé est donc le suivi constant de personnes aussi différentes que proches, dans le même espace géographique, un espace commun ici totalement assumé par la présence du boucher dans la prison qui surplombe le Rectum. Par la suite, il tournera d’ailleurs également Love aux Buttes Chaumont ainsi que boulevard de la Chapelle.

Dans un tout autre point, Irréversible marque la première collaboration entre Gaspar Noé et le directeur de la photographie belge, Benoît Debie. Noé choisit de travailler avec Debie à partir d’un court-métrage de Fabrice du Welz, Etre amoureux c’est merveilleux, offrant ainsi au directeur de la photographie à l’époque chef opérateur de plateaux télé son premier travail sur un long. Irréversible a lancé la carrière de Benoît Debie, qui jouit aujourd’hui d’une renommée internationale. Gaspar Noé a toujours accordé une importance particulière à l’esthétique et à la technique de ses œuvres, venant lui-même d’une formation technique, il a même été cadreur pour Lucile Hadzihalilovic et il lui arrive encore souvent de cadrer ses propres films, comme il l’a fait pour Irréversible. Debie avait le défi particulier de ne faire apparaître aucun pied dans le champ, afin que la caméra puisse tourner à plusieurs reprises à 360°. Les raccords sont ainsi beaucoup liés par la couleur d’un mur ou d’un plafond, donnant l’impression d’une caméra dématérialisée qui se glisse dans l’action. Dans les indications données à Debie par Noé, le réalisateur demandait une esthétique de « fait-divers », pour le résultat est assez étonnant. Nous sommes entre un hyper-réalisme, des couleurs extrêmement sombres, une utilisation atypique du noir (Gaspar Noé a lui-même dit « Pour Debie, le noir est une couleur ») et une image qui projette le reflet d’une âme torturée, avec des couleurs bien trop chaudes (du rouge inquiétant du Rectum à l’orange chaleureux de l’appartement du couple).

Un gros travail est également mené sur le son. Noé demande à ce que la première partie du film soit recouverte de son en basses fréquences, provoquant ainsi une sensation de malaise et de nausée chez le spectateur. Ces sons ne sont cependant pas très audibles en dehors d’une salle de cinéma. Quant à la musique, c’est l’œuvre de Thomas Bangalter, connu pour être un membre de Daft Punk. La techno tantôt violente tantôt oscillante laisse ensuite place à une chanson française et à la Septième Symphonie de Beethoven. L’habillage sonore contribue grandement aux ruptures d’ambiance entre les scènes quant à la Septième Symphonie, elle apparaît lorsque la caméra, élevé au-dessus d’Alex, passe sur des enfants qui jouent autour d’un arrosage automatique. Ces enfants et cet arrosage sont en mouvement constant, symbole d’énergie, de fertilité, de vie, mais écrasés par la lourde musique qui scelle le destin de l’enfant d’Alex et, de manière plus générale, celui de tout individu. Lorsque la caméra tourne à toute vitesse, elle devient toupie infernale du temps qui s’écoule. Enfin, le cadre laisse allégrement apercevoir une affiche de 2001 L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick dans la chambre du couple. Au-delà du clin d’œil d’un réalisateur à son film de chevet, on retrouve une symbolique dans cette affiche, celle de la condamnation de l’humanité mais aussi de l’espoir de son renouveau. A défaut d’errer dans l’espace et dans le temps, Marcus, Pierre et Alex errent dans leur espace parisien et subissent déjà, bien que jeunes, les ravages du temps.

 

Avec Irréversible, Gaspar Noé semble vouloir nous rappeler que l’Homme est en permanence soumis à une force supérieure qui n’est autre que le temps, qui balaie les mauvais instants mais aussi les bons, qui écrase le bonheur et les projets sans ménagement.

Irréversible est aussi une progression dans la filmographique de Gaspar Noé. Une progression stylistique puisqu’il expérimente une esthétique et des mouvements de caméra que l’on retrouvera dans Enter The Voïd mais aussi une progression thématique. En ouvrant son film sur le personnage de Seul contre tous, son premier long-métrage, Noé assume la continuité entre les œuvres. Malgré leurs milieux et leurs catégories sociales différentes, les protagonistes sont rassemblés dans le même malheur.  Irréversible est aussi une histoire d’amour, c’est par amour que Marcus et Pierre s’en vont tuer le Ténia, c’est aussi un amour vain, qui mène à la souffrance. Enfin, et Irréversible est aussi un film de morale, ou plutôt posant des questionnements quant à la morale, toute en laissant le spectateur trouver ses propres réponses. Est-il acceptable de tuer à l’aide d’un extincteur un homme pour se venger du viol subi par une amie ? En provoquant de fortes émotions chez le spectateur, Gaspar Noé ne fait qu’engendrer une identification à ses personnages, ralentissant le jugement, pour une unification de l’espèce humaine.

 

Extrait d'Irréversible

Extrait d’Irréversible

 

SOURCES

[1] http://www.letempsdetruittout.net/irreversible (une autre source prétend que c’est Monica Bellucci qui a tenu ces propos)

[2] http://www.allocine.fr/film/fichefilm-41769/critiques/presse/

[3] http://www.cinematheque.fr/expositions-virtuelles/scandales-cannois/#irreversible

[4] http://www.lexpress.fr/culture/cinema/gaspar-noe-je-ne-voulais-pas-banaliser-le-viol-avec-irreversible_648382.html

[5] http://www.lexpress.fr/culture/cinema/gaspar-noe-je-ne-voulais-pas-banaliser-le-viol-avec-irreversible_648382.html