Après la déception des amateurs de SF horrifique avec Prometheus, qui aurait été génial si on avait pas voulu absolument y mettre des Aliens, Ridley Scott récidive avec Alien Covenant, premier d’une longue série de nouveaux films. Adressons cette chronique directement à lui, pour changer.

Alien Covenant est une suite indirecte de Prometheus, narre l’histoire d’un équipage de colons accompagné de scientifiques et d’un androide, qui souhaite faire sienne une planète paradisiaque. Toutefois, un signal humain les attire vers une planète voisine, dont ils ne connaissaient pas l’existence. Elle aurait dû être le symbole de leur vie nouvelle, mais la réalité est toute autre …

ATTENTION, DES SPOILERS  SUR L’INTRIGUE DU FILM APPARAISSENT DANS LA CRITIQUE. 

Salut, Ridley,

Tu es un grand, Ridley Scott. Et peu importe le nombre de mauvais films que tu sortiras les prochaines années (si toutefois tu continues dans cette voie), tu resteras toujours le grand réalisateur d’Alien, de Blade Runner, de Gladiator et j’en passe. T’as fait tellement d’excellents films qu’il n’y a pas un seul de ta filmo (dans ceux que j’ai vu), que je considérais mauvais. J’aime tous les rejetés, Cartel, Robin des Bois ou Prometheus sont des films pour moi aussi cultes que les autres malgré les défauts du second. Tu viens de passer un cap, Ridley, et derrière ce cap il y a des falaises rocheuses, et toute la puissance de Calypso s’abat sur ton malheureux navire, si bien qu’on se demande si il n’est pas trop tard pour virer de bord, s’il ne faudrait pas que tu rejoignes, comme David Lynch ou Soderbergh, la terre ferme. T’as sorti un mauvais film. Et c’est pas un mauvais film anodin, le genre de films que l’on pardonne parce que ça change rien à ta filmo et que t’as essayé un truc qui n’a pas marché. Non, c’est pour toi un retour à ce que tu fais de mieux. Franchement, avec tout le respect que je te dois Ridley, je me demande de plus en plus si la puissance horrifique d’Alien n’était pas qu’un coup de chance, un ensemble de contingences et de situations dramatiques qui se sont bien imbriquées. Parce qu’on ne peut, à ce point, n’avoir rien compris à sa propre œuvre. Il y’a forcément du sabotage derrière, même inconscient.

Alien Covenant

En surexposition, il fait peur à qui ?

J’ai pas eu peur, devant Alien Covenant, Ridley. Tu te rends compte ? Pas une fois, pas un sursaut, pas une goutte de sueur froide, mon cœur n’a même pas battu plus vite, rien. Je commence par là parce que la peur est la principale raison de regarder Alien. Déjà, une règle de base, j’en reviens pas qu’il faille te rappeler l’intérêt de tes propres films, comme t’étais dans un coma créatif depuis la sortie du premier : ne pas montrer fait plus peur que  montrer. Carpenter le sait, Wan le sait, et toi, qui avais l’air de le savoir le plus, tu nous fous les créatures en surexposition pendant deux heures. Littéralement, même quand l’alien sort de son œuf, il y a plusieurs plans pour qu’on puisse l’admirer sous toutes les coutures. On le voit souvent arriver avant les personnages, il n’est jamais caché dans l’ombre, ne surprend jamais, il est super clean. Je sais pas ce que tu essaies de montrer, que c’est une belle créature ? Parce que sur l’affiche de ton film y a écrit “run”, pas “admire”. Le pire, c’est que quand il attaque en mode furtif ton Alien, c’est la pire scène du film. Parce que deux jeunes personnes qui font l’amour sous la douche et se font attaquer par l’alien qui commence par tendre sa queue pointure vers l’entrejambe de la dame, c’est digne de Vendredi 13. D’un mauvais, hein, pas de l’original.

Et tout le film n’est pas comme ça, Ridley ! C’est ça qui dérange le plus. Parce qu’au pire, on pourrait en rire comme de Alien Vs Predator, si c’était vraiment mauvais et divertissant de bout en bout. Mais pendant toute l’heure d’avant on est abrutis de questions métaphysiques sans réponse sur l’origine de l’homme, sur la conscience des robots, sur le deuil, en y apportant au passage absolument rien de plus qu’au premier film. À la fin de Alien Covenant, on sait ces choses : l’androïde joué par Fassbender est très méchant, les Créateurs ont déjà perdu la guerre contre les Aliens, y a des trucs noirs qui créent à partir d’humains des créatures monstrueuses… On a passé les 2h d’Alien Covenant à nous rappeler tout ce qu’on savait dans le premier film ! Je ne n’avais jamais connu tes films sans la hauteur de en leurs ambitions et vides avant, et je n’aime pas du tout ça, Ridley.

Alien Covenant

La première scène, sublime.

Alors oui, tu sais toujours filmer. Ça, personne ne peut te l’enlever, t’es vraiment le chef à la caméra. L’introduction est franchement remarquable, avec ce choix de ne faire aucun plan vraiment centré sur les protagonistes, ces plans larges dans une petite pièce, cette ambiance mortifère, ce filtre pale que je ne saurais définir et qui montre tout de suite qu’on regarde un Ridley Scott. Mais le cinéma, pardon pour le poncif, c’est pas qu’un assemblage d’images qui sont rattachées entre elles (plus ou moins bien d’ailleurs, puisque tu nous refais le coup des ellipses de temps incompréhensibles dans l’immédiat), c’est aussi le fait que ces images disent quelque chose. Pas qu’elles racontent une histoire, ça c’est pour les films moyens. Qu’elles disent quelque chose, du Monde. Tu ne dis plus rien du monde, Ridley. Même Seul sur Mars parlait d’isolement, de courage, de débrouillardise, le film était enthousiasmant parce que le personnage édifiait par sa ténacité. Ici, les personnages passent leur temps à hurler, à faire des décisions stupides (il faut l’oser, une telle facilité scénaristique, quand le commandant du Covenant écoute docilement le robot qui vient de le trahir et plonge la tête dans l’œuf mortel), ils sont tous interchangeables et impersonnels même si, oui, on voit bien qu’avec sa coupe de cheveux tu as voulu faire de la fille une nouvelle Ripley. Seulement, il aurait fallu pour cela qu’elle ne soit pas dépendantes d’hommes pour l’aider et qu’elle sache rester calme et prendre les bonnes décisions seules, ça aurait pu mieux marcher.

Tu te rends compte, Ridley, que cette année est sorti un odieux plagiat du premier Alien, Life, et qu’il se retrouve avec une meilleure note que ton film au final ? Parce que lui savait gérer sa tension, lui se regardait sans désagrément, lui ne prétendait à rien. Les dialogues d’Alien Covenant sont aussi mauvais que les siens, sauf qu’en plus la lourde musique de Jed Kurzel (excellent compositeur habituellement, on l’a vu dans Macbeth et Assassin’s Creed) prétend leur donner une dimension mystique et fascinante. Tu te rends compte que ton film a le même twist de fin que Life, alors que ce dernier avait déjà fait rire dans la salle et que tout le monde disait à la sortie “vivement Alien Covenant qu’on voie un vrai film d’alien” ? En fait c’est encore pire, parce que tu nous sors le concept usé du jumeau maléfique pour justifier cette fin bancale ? Sauf qu’à partir du moment où tu n’as pas montré quel jumeau avait battu l’autre au combat, la moitié de la salle savait déjà à quoi s’attendre, savait déjà que tu les échangerais. J’aurais accepté ça de Paul WS Anderson, Ridley, avec un grand sourire comme ceux qu’on a d’affection devant les nanars. Je ne l’accepte pas de Ridley Scott. Parce qu’en plus d’avoir fait un mauvais film, tu as passé avec tes potes Michael Green et John Logan un nouveau mur, celui d’un film qui prend le public pour des gens qui ne sont jamais allés au cinema auparavant.

Alien Covenant

Ça sort par le nez, la bouche, le ventre, le dos …

Je veux plus voir d’Alien, Ridley. T’en as d’autres en projets en ce moment, j’ai déjà peur du prochain. J’espère sincèrement que celui ci recevra un accueil glacial, j’espère que tu te rendras compte comme cela qu’il faut changer de cap, le plus vite possible. Tu restes un grand, vraiment. Personne n’oubliera jamais Alien : mais le but, maintenant, c’est que tu cesses de l’enterrer.

Un fan,

AMD