Souvenez-vous il y a douze semaines : nous espérions de la part des showrunners et de MTV une deuxième saison tout aussi mortelle que vivifiante, élaborée avec soin qui parviendrait à surpasser son aîné. Le season finale est sorti, le constat est sans appel : la série Scream s’est tirée une balle dans le pied. SPOILERS ALERT sur toute la série !!!

Comment expliquer ce terrible retour pour Emma (Willa Fitzgerald) et ses amis au cœur d’une nouvelle menace à Lakewood, modestement surnommée « Murderville » ? Les raisons sont multiples, malheureusement pour Scream, et pourraient se justifier dans un premier temps par le changement des showrunners entre les deux saisons. Michael Gans et Richard Register prennent désormais les rênes et nous promettent plus de sang, plus de corps et plus de morts malsaines et vicieuses. Oui mais le problème étant qu’à vouloir trop nous surprendre, il semblerait qu’ils aient oublié l’essence même du slasher-movie.

scream tv series

© MTV

En effet, impossible d’échapper aux discours pro-méta-slasher de Noah Foster (John Karna) au fil des épisodes qui s’efforce tant bien que mal de nous faire comprendre que nous sommes bien dans une série-slasher. Et pourtant, l’ironie veut que les scénaristes n’appliquent pas eux-mêmes les propres règles qu’ils nous énoncent. Ainsi, cette saison 2 se résume par une longue chasse insipide et vaine entre le tueur et ses proies sous la forme d’un jeu prétendument malsain qui relèverait plus d’un sous genre made-in Saw que d’un bon Scream. Malgré tout, nous lui accordons quelques bonnes séquences plutôt violentes qui sont venues nous réveiller de notre léthargie (Seth Branson et Haley Mayers)

Comme mentionné dans un de nos précédents articles, le season premiere manquait certes de souffle mais parvenait de manière tout à fait correct à nous surprendre en éliminant l’un des Lakewood 6 d’entrée de jeu : Jake Fitzgerald (Tom Maden). Disparition brutale qui a laissé quelques séquelles sur nos personnages, notamment Brooke (Carlson Young), lors d’un discours fort et poignant (Ep. 8) – mais jamais très longtemps. Et puis vint le deuxième épisode qui nous plongea tristement dans une spirale d’ennui sans fin où la série défila à tout va sans nous offrir de véritables moments d’angoisse, d’amusement ni de courses poursuites haletantes !

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Ce n’est pas faute d’avoir essayé, nous voulons bien l’admettre. A plusieurs reprises, Scream a tenté de nous apporter de l’originalité dans sa réalisation ou dans la structure de ses épisodes. Nous garderons en mémoire le bon huis clos au sein du lycée (Ep. 5) ainsi que la fête d’anniversaire de Kieran (Amadeus Serafini), épisode risible, où mauvaises drogues et trio amoureux ne font pas bon ménage (Ep. 4). Rappelons que cette nouvelle saison disposait de deux épisodes de plus que la première, 12 au total. Au vu de ce que les producteurs et scénaristes nous ont concocté, leur gestion fut laborieuse et c’est bien dommage.

Intéressons-nous de plus près à l’histoire. Nous savions que la série s’intéresserait ici au complice de Piper – demi-sœur d’Emma, fille abandonnée de Maggie (Tracy Middendorf) et Brandon James, mais si rappelez-vous – qui avait succombé d’une balle dans la tête émise par Audrey (Bex Taylor-Klaus)… Audrey, sa supposée complice psychopathe – mais si rappelez-vous. Que de temps perdu à nous faire croire par tous les stratagèmes grossiers et évidents, lettres, coups de téléphone, mails, vidéos, photos, etc. qu’elle était la tueuse au masque.

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Autant de temps perdu sur Emma qui serait devenue folle – idée intéressante oui, si la série arrêtait de nous balancer en pleine face autant de suspicions. Nous imaginons que le but fut de donner de la consistance aux personnages, ce qui est loin d’être un défaut en soi, le problème étant que cela les a rendu pour la plupart irritants et dont le jeu manquait souvent d’authenticité. Pas la peine de mentionner le cas des nouveaux arrivants Gustavo (Santiago Segura) et son père le Shérif (Anthony Ruivivar), Eli (Sean Grandillo), cousin de Kieran, et sa mère (Karina Logue), tous hautement suspects mais évidemment victimes.

De nouveaux ajouts sont relativement bien amenés, cela dit, telle que Zoë (Kiana Ledé), « new love interest » pour Noah qui nous a livré une belle prestation dans l’épisode 10, le meilleur de cette saison. La série n’a jamais été aussi bonne que lorsqu’elle met en danger ses protagonistes adorés : Riley, Will, le shérif Clark Hudson dans la saison 1 ; Jake, Noah et Zoë dans la saison 2. Mais si nous devions faire un bilan global des meurtres, la déception serait grande. Certains personnages ont trop longtemps échappé aux mains du tueur et auraient dû mourir depuis longtemps. Ceci prouve que Scream a peur de laisser partir ses atouts fétiches sans laisser de place aux bonnes surprises.

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Les seasons finales en sont la preuve : aucun bain de sang en vue et un suspens amorcé par une musique lourde et omniprésente qui ne parviendra jamais à nous faire bondir. Que de superficialité autour d’un tel potentiel. Et là où la série Scream se poignarde elle-même, c’est bien dans l’écriture. La prévisibilité des événements est à se tordre de douleur et les mobiles pas toujours très inspirés ; n’est-ce pas Kieran – Billy Loomis – Wilcox dont les ressemblances « tout en finesse » se font jusqu’au bout des cheveux. En soi, la série a toujours fait des clins d’œil aux films, ce qui est bien venu, mais encore faut-il être capable de nous offrir de la singularité pour éviter les nombreuses redites.

En conclusion, cette saison 2 comporte moins de morts (oups) et se finit là où Scream a commencé : qu’est-il advenu de Brandon James ? Où est son frère, Troy ? Nous voilà prévenus… les showrunners n’ont pas l’intention de laisser partir leur série. Qu’en est-il de MTV qui semble avoir pris plus de contrôle récemment ? Sont-ils prêts à effacer leurs erreurs ou à les amplifier ? « To be continued on… The Morgue. » A découvrir sur Netflix.