Il y a un an tout pile, Daredevil renaissait de ses cendres cinématographiques dans une série Netflix, une première saison qui avait su exploiter le potentiel véritable du personnage et de l’univers en question pour faire de la série un véritable petit événement. Aujourd’hui, les abonnés à Netflix et autres pirates peuvent en visionner la saison 2, qui promettait beaucoup de choses avec l’arrivée en son sein de personnages iconiques et ayant eu aussi connu des jours cinématographiques difficiles : Elektra et le Punisher. La série est elle restée au niveau ?

ATTENTION : MALGRÉ LES EFFORTS EN CE SENS, LE TEXTE QUE VOUS ALLEZ LIRE EST EMPLI, DÈS LE PREMIER PARAGRAPHE ET POUR LE RESTE DU TEXTE, DE SPOILERS EN CE QUI CONCERNE LES DEUX SAISONS DE DAREDEVIL. IL EST FORTEMENT CONSEILLER D’ARRÊTER LA LECTURE SI VOUS COMPTEZ VISIONNER LA SÉRIE, EN SES SAISONS 1 ET 2.

La fin de l’excellente première saison de Daredevil n’était pas ouverte. Certes, le héros était enfin en paix avec lui-même, mais Fisk avait été arrêté, aucune menace ne planait apparemment plus sur Hell’s Kitchen : tout allait bien. Aussi pouvait on être curieux de ce qu’allait proposer la suite, et la promotion efficace de Netflix ont fait monter l’attente. Et telle ne fut pas ma déconvenue en me rendant compte en fin de saison (m’étant forcé à y arriver) que les promesses de celle-ci ne sont pas concrétisées.

La saison 2 de Daredevil met beaucoup de temps à dévoiler ses faiblesses, et ce n’est qu’avec le recul que le spectateur se rend compte de la vaste supercherie donc il a été victime. En effet, en ses dix premiers épisodes, la série showrunnée par Douglas Petrie et Marco Ramirez (après le départ de Steven S DeKnight) est en bonne passe de devenir une réussite : malgré un parallèle qui sent le réchauffé entre Daredevil et le Punisher (le héros rencontre un méchant avec les mêmes objectifs que lui mais qui va plus loin… Comme en saison 1 quoi), ce dernier personnage est si remarquablement écrit qu’il fait de l’ombre au protagoniste. Loin du badass Tom Jane, le Punisher de l’habile Jon Bernthal est torturé, efficace mais épouvantablement froid, effrayant dans son comportement, son modus operandi et ses objectifs. Le personnage ne croit en rien, est une force inarrêtable et incorruptible et c’est ce qui le rend si intéressant, face à un Daredevil très vite impuissant.

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Sur le personnage de Daredevil, d’ailleurs, un problème survient très vite et ne fera que s’aggraver : aucune amélioration n’est notable au sujet de sa personnalité comparé à la première saison. Il souffre un peu du syndrome « suite de films de super-héros » en ce sens, cela avait déjà été le cas chez certains mais on ne peut présenter un personnage en paix avec lui même et les autres en fin de saison pour recommencer à le faire douter dès qu’il a un peu de difficultés dans la suite : le procédé est assez facile et on en use trop souvent, on a une espèce de semblant d’écriture du personnage qui prétend être profonde mais qui finalement agace beaucoup du fait de son artificialité.

C’est d’ailleurs un des problèmes majeurs de cette saison, donc la première partie n’est finalement peut être pas à épargner plus que cela : elle se répète beaucoup face à la première saison. Antagoniste en miroir d’ennemi a ennemi, aucun ne se sentant « méchant », tous deux pensant faire au mieux et être dans le juste, rédemption de fin de saison, scène de baston dans un couloir en plan séquence (je vous jure que c’est vrai), nouveau costume en cours de saison, affinités recherchées avec le méchant, long face à face… Non seulement la saison se répète mais elle ajoute en plus beaucoup de tunnels de dialogues clichés et sans intérêt, des personnages écrits pour ne tenir que 10 épisodes sur 13 (que s’est il passé, Elektra, pour que ta personnalité change de manière si mauvaise et radicale ?). Daredevil a régressé, le changement est radical et évident.

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On a le droit le droit d’être frustré par cette saison d’ailleurs peu évoquée par les sites spécialisés (est-ce trop tôt encore pour en parler ou la saison 2 de Daredevil a-t-elle fatigué la critique autant qu’elle m’a fatigué moi?), car non contente d’avoir survendu les personnages qui y apparaissent (terme à prendre avec des pincettes, Elektra est souvent un problème mais le Punisher est presque toujours parfait), elle fait revenir Wilson Fisk, personnage excellent qui mérite pourtant mieux qu’une apparition limite caméo, le personnage sort de nulle part, ses convictions sont étranges et ses lignes de dialogues peu crédibles et inspirées. Le personnage n’est finalement valable qu’en tant que cliffhanger, disparaît aussi vite qu’il est apparu et ne fait office que de Deus Ex Machina pour occuper le Punisher en prison. Jusqu’ici intelligent, parfois moral, très ambigu, l’excellent Vincent D’Onofrio campe ici un Caïd sans intérêt et réduit a sa fonction de Bane.

Finalement, la série pêche aussi par manque de véritable ennemi, de véritable antagoniste. Daredevil se bat un peu contre Elektra mais fait finalement ami-ami, pareil avec le Punisher… Le faire se confronter à l’organisme mafieux de la Main n’était pas une mauvaise idée mais le traitement est sacrifié, se double d’un mysticisme qui n’a rien à faire dans cette série. Le combat de Daredevil se résoudra finalement à combattre un peu des méchants pour en faire des alliés, à souffrir un peu contre les mafieux mais à finalement les battre avec quelques sacrifices, la tête pensante de la Main aurait pu être un antagonisme suffisant mais non, la série ne s’y intéresse pas et préfère nous abreuver de flash-backs plutôt que de nous présenter la menace. La menace du Caïd en saison 1, puis du Punisher en début de saison 2 était très bien menée mais les scénaristes n’ont rien prévu pour la suite de l’intrigue et privent le spectateur d’un vrai combat au sommet, mano a mano.

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Heureusement que Karen est là. Heureusement pour Karen est là pour nous rappeler tous les dilemmes de la série, dilemmes moraux symbolisés par toutes ses recherches et découvertes sur la personne du Punisher, auquel elle ne peut que s’attacher alors que tout le monde y voit un fou dangereux. Finalement, Karen symbolise en elle même la force de la série, infiniment plus intéressante quand elle filme des questionnements humains que de héros. C’est le cas aussi pour Foggy, qui finir par partir tant sa confrontation morale et sa peur de perdre son ami rend sa relation avec Murdock insupportable. Si on excepte Claire, qui n’est là que pour les utilités, on se rend compte que cette saison, et c’est une de ses qualités, soigne bien plus ses personnages secondaires que ses têtes d’affiche.

Dans ses trois derniers épisodes, la série jusqu’ici toujours agréable et convaincante malgré les défauts qui pointent leur nez, devient très faible, inintéressante au possible. L’intrigue est incompréhensible, on ne sait d’où vient la menace ni ce qu’elle représente vraiment. Le tout devient mystique, insupportable, incohérent, le personnage de Daredevil n’a plus aucune profondeur, tout est centré sur son conflit inintéressant avec la Main, les sacrifices qu’il a à faire n’ont plus aucun poids émotionnel pour le spectateur désintéressé et le cliffhanger final est très grossier pour une série qui avait su si bien se terminer auparavant. On sort agacé, lassé de cette seconde saison de Daredevil qui a su perdre son intérêt au fur et à mesure des mois de conceptions.

Qu’on se le dise : Daredevil reste une série super-héroïque supérieure à la moyenne des productions du genre. Le propos est intelligent, le tout reste assez bien construit et visuellement l’image et les combats sont splendides malgré un budget certain. Pourtant, on ne sauront expliquer son accident. Peut être ne valait-elle qu’en tant que one-shot, que son effet de surprise était finalement le seul valable. Mais on espère qu’une saison 3 qui semble déjà prévue sera plus conséquente.
AMD