Le spin-off de l’acclamée The Walking Dead vient de clore sa bien courte première saison de 6 épisodes. Et il faut croire que la franchise télévisuelle privilégie la rentabilité au progrès cinématographique. Mais qui est-ce que cela étonne ?

ATTENTION SPOILER SUR TOUTE LA SAISON. LECTURE A VOS RISQUES ET PERILS

Fear the Walking Dead prend place à Los Angeles, alors que Rick, le héros de la série-mère, est toujours dans le coma. On y découvre la famille Clark/Manawa : Madison, la mère, s’est maquée avec un autre, Travis, professeur dans le même lycée qu’elle, après la mort de son mari, ce que ses enfants Alicia, l’ado un peu rebelle mais brillante, et Nick, le junkie plus planant que Kurt Cobain et Bob Marley réunis, ont un peu de mal à accepter, ce qui nous donne un spectacle social assez pathétique où chacun court après l’autre, sauf pour Alicia qui cherche juste à se barrer. Au cours du premier épisode, après un énième bad trip, Nick semble voir sa copine dévorer un corps. Un nouveau virus prégnant, bientôt suivi par d’étranges phénomènes de gens zombifiés, fait son apparition, semant la panique dans la ville.

©AMC

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On va finir par passer un enregistrement automatique concernant les zombies chez AMC, tant il devient lassant de devoir toujours pointer les mêmes défauts. Fear the Walking Dead est le parfait symbole d’une politique axée sur la rentabilité et non sur la créativité : il n’y a rien à garder de plus que ce qu’il y a à garder chez The Walking Dead, et comme il n’y a déjà pas grand-chose à garder chez The Walking Dead, on n’est pas franchement avancés. Enfin… Ce spin-off est un mystère. Déjà, le choix de 6 épisodes, qui passera à 13 en deuxième saison. Comme pour The Walking Dead (qui cependant devait faire face aux effets secondaires de la grève des scénaristes), qui avait 8 épisodes en saison 1, le show a voulu la jouer synthétique. Mais quand on synthétise quelque chose qui est déjà plus que synthétique dans le propos (comprendre : assez peu présent), on accouche d’une souris. Le propos, non dénué d’intérêt pourtant, est bâclé, expédié pour que très vite il y ait des zombies venant mettre leur grain de sel, et ceux-ci finissent par arriver dans le final comme un cheveu sur la soupe, puisque de deux-trois à la volée, abattus par le lobby des arm… euh l’armée venue en renfort, on passe à une méga-horde d’une centaine de zombies qui roulent sur ladite armée. Il y avait pourtant tout pour offrir un concentré intense d’angoisse au spectateur, et jamais on ne ressent ni peur ni compassion pour les personnages. En témoigne ce final ultra-décevant, où l’on sacrifie Liza, ex-femme de Travis, un personnage qu’on s’est évertué en vain à nous rendre intéressant durant 5 épisodes sur 6, pour ensuite le tuer (ca ne vous rappelle pas une certaine Beth, ca ?), le tout après des événements vides de toute substance filmés comme des amateurs, le cul entre le found footage et le travelling, et des effets de lumière désastreux. Quitte à avoir mis moins d’argent sur le maquillage, autant le reporter sur les autres secteurs qui en ont bien besoin…

Fear the Walking Dead a donc duré 6 épisodes, sur 7 semaines puisqu’entre l’épisode 2 et l’épisode 3 il y a eu une semaine de battement. Et ca a été diablement long, ce qui est quand même un comble, mais qui est finalement à l’image de la série. C’est long, c’est ennuyeux, à la limite de l’inintéressant par moments (car par d’autres, notamment dans l’épisode 5 sur l’opération Cobalt), c’est pathétique, et surtout, c’est aussi efficace qu’un arracheur de dents : ça fait très mal, c’est rageant, c’est même gênant (à regarder) sur le moment, et à la fin, on est soulagés. Par exemple, n’importe quelle scène d’introduction d’un jeu d’horreur fait plus peur que le « générique » (qui n’est qu’un écran-titre en fait) de cette série ; et au bout de 6 épisodes, ca en devient risible, par ses faux cris enregistrés et ce jeu sur l’orthographe dégueulassée par l’ombre qui recouvre le Los Angeles de la série. Seul point positif : ca dure à peine dix secondes. Par ailleurs, on a le final, où là encore on se croirait dans un jeu vidéo de borne d’arcade, à la shoot’em’up, où on nous envoie la musique criarde plein tubes dans les oreilles et la lumière blafarde plein les mirettes, en appuyant bien grossièrement sur le jeu « ca s’éteint puis ca se rallume », car c’est bien connu, plus c’est gros, plus ca passe. On n’a jamais peur dans ce final parce qu’on sait pertinemment que la série n’aura jamais le courage de tuer un de ses personnages à la mode zombie, et le post-apo qui voit Liza avoir été mordue après qu’on l’ait suivie tout l’épisode au milieu des combats était plus que prévisible, et de là on sait que la série veut juste jouer sur l’émotionnel-bélier, voir Travis le coeur pur pleurer son ex-femme avec qui il avait des rapports difficiles dans les bras de sa nouvelle compagne elle-même touchée puisqu’elle est veuve, tout ca pour faire fondre le coeur du spectateur. C’est lourd, c’est insupportable, c’est rerererererevu, et surtout très frustrant de se faire tirer l’émotion ainsi.

©AMC

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La série pratique d’ailleurs le cliché à pleine puissance : dans la forme comme dans le fond, il est particulièrement énervant de voir que quelque chose qui aurait pu donner une originalité folle à la série est sauvagement massacré par le commercial sans âme. La franchise est devenue son propre cliché depuis l’instauration du cliffhanger de fin d’épisode qui lentement vampirise le reste des 40 minutes pour s’accaparer toute l’action. Certaines pistes sont d’ailleurs abandonnées aussi vite qu’apparues : l’opération « Cobalt » semble disparaître juste à cause de la torture d’Adams, le cliché du soldat jeune premier un peu idiot et roulé dans la farine, l’opération apparaissant dans l’épisode 5 et dans l’épisode 6, qui est celui du départ de l’armée, plus aucune mention, alors que c’est censé être le cas d’extrême urgence. On nous met l’accent, dans l’épisode 4, sur un survivant potentiel dans une contrée lointaine, pour nous la jouer mystérieux, sauf qu’un coup de feu y met fin aussi sec sans qu’on ait jamais eu d’explication. Quant à Strand, qui torture psychologiquement les autres prisonniers dans une vision de profit de guerre, le personnage est à peine développé, et on a juste un aperçu de sa richesse insolente, le reste reposant sur une ambiguïté surjouée style « regarde je suis riche » puis « venez on va chez moi », suivi d’un « non, on ne peut pas rester » atone et sans explication. Dans un épisode 5 qui était moins ennuyeux, le propos sur l’armée venant jouer les trouble-fête en installant une zone de quarantaine, profitant d’une situation « de guerre » pour commettre quelques exactions, vision de soldats profitant de leur condition virilisée par leur arme, est gâché par le cliché du général attentiste, tout juste bon à donner des ordres, passant pour le méchant de service, jouant au golf sans vraie grande préoccupation de ce qui se passe dehors, suivi bien sûr de la séquence flippante avec les zombies etc. Et puis bien sûr on a Daniel, le coiffeur espagnol sympa d’apparence mais beaucoup moins car vous comprenez, c’est un écorché vif de ses souvenirs de torture au Salvador.

Le problème de Fear the Walking Dead, c’est que le bruit des balles couvre le reste du pitch. Dans un contexte tendu actuellement aux Etats-Unis, la série n’a pas eu une once de réflexion sur la question et continue de nous balancer dix armes par épisode et de la violence plus surlignée que chez Tarantino. Pour preuve la manière dont Travis explose la tête d’Adams qui a tiré sur Ofelia (dans le bras, bien sûr, car faut pas tuer un personnage trop vite) ou Daniel qui a des méthodes venues du Salvador et qui taillade le bras d’Adams, tout en gardant un air fermé et stoïque pendant 5 épisodes de suite. Alors que justement, le propos était celui de la guerre de chacun contre chacun, le fait de voir une structure étatique dépassée par l’infection et envoyant l’armée contrôler sa population, laquelle allant dans tous les sens face à leurs frères zombifiés étaient un facteur de guerre civile. Et cela, jamais la série avec son projet n’aurait pu en être aussi proche et aussi éloigné à la fois. En choisissant de se concentrer sur un groupe de personnages inintéressants au possible (et pourtant Kim Dickens fait ce qu’elle peut, mais son numéro de mère courage est à chaque fois anéanti par Daniel le serial tortureur ou Cliff Curtis le gentil, tandis que tous les enfants et ados sont à baffer, Ofelia en premier), où on nous avance des valeurs morales et éthiques qui n’entrent jamais en jeu, sans jamais donner un aperçu plus général alors que le propos partait bien, la série se tire une balle dans les deux pieds pour sortir une pure opposition manichéenne, où l’intérêt est pris en otage comme les citoyens (sans qu’on ait à ce sujet plus de précisions) pendant 5 épisodes avant de lâcher un final boum-boum où tout repose sur le bruit.

Alors qu’elle avait une ambition intéressante, Fear the Walking Dead a juste refait les mêmes erreurs que son aînée. Manque de bol, c’est un spin-off, et on n’en est que plus intolérants. Vu la stratégie scénaristique, on a peur pour notre motivation à suivre la saison 2. To be continued…