Dark Matter est une des séries de science-fiction diffusées durant l’été, aux côtés de Mr Robot ou Killjoys notamment. Avec un casting de quasi-inconnus, la série fait un petit peu OVNI, autant comme série que comme part du paysage SF. En bien ou en mal ?

ATTENTION SPOILER GLOBAL SUR TOUTE LA SAISON. LA LECTURE DE CET ARTICLE SE FAIT A VOS RISQUES ET PÉRILS.

Dark Matter conte les aventures d’un mystérieux équipage d’un mystérieux vaisseau dont on vous avez parlé il y a quelque temps. Tous se réveillent après une longue période de stase, c’est-à-dire de sommeil prolongé, sauvent leur vaisseau sur le point de se crasher… mais ne savent pas qui ils sont, d’où ils viennent, pourquoi ils sont là, et où ils vont. Ils sont six, ainsi qu’un androïde, s’appellent par l’ordre dans lequel ils se sont réveillés, et vont tâcher d’allier recherche de leur passé et survie collective…

Pour ceux qui attendaient une nouveauté à la Stargate SG-1 ou Starship Troopers, Dark Matter ne répondra que très légèrement. Petite série de science-fiction sans grande prétention, diffusée un peu marginalement sur la chaîne SyFy, Dark Matter ne semble jamais vraiment vouloir élever son niveau de jeu, pour se cantonner à une histoire au postulat pourtant intéressant (des membres d’équipage qui se révèlent tous, à une exception près, être une bande de meurtriers sans foi ni loi et qui vont face à cette information tenter de passer plutôt du côté clair de la Force en jouant de leurs différents talents). La série ne finit par avoir que le cadre du vaisseau et une ou deux missions occasionnelles, en termes de science-fiction, pour plus se concentrer sur des intrigues quelque peu mollassonnes, où les personnages ne semblent jamais vraiment être mis à rude épreuve puisqu’ils se tirent des griffes d’employeurs véreux et légèrement aveugles sur la manière de fonctionner d’un équipage sensé être sanguinaire et qui tout d’un coup se retrouve défendre des mineurs… Le rythme ne s’accélère véritablement que sur les trois derniers épisodes, où cette équipe « new look » rencontre une autre équipe un peu « nemesis », ce qui permet quelques affrontements idéologiques appréciables, ainsi que deux surprises de taille dont seule une est véritablement exploité (Deux est une espèce hybride créée de toutes pièces, tandis qu’une planète est tout simplement détruite, sans que l’on sache pourquoi dans le final). Symbolique du fil général de cette saison d’ailleurs, puisque la série joue les alternances entre destin individuel et destin collectif sans transition, mais aussi et surtout de manière disproportionnée (tout un épisode sur les pas de Quatre, dont le personnage taciturne ultra surligné le met en permanence à l’écart du groupe, et qui quand il prend une décision entraîne les autres avec lui, tandis que ceux-ci n’ont le droit qu’à quelques révélations quand la série le juge utile à intégrer à l’intrigue générale).

©SyFy

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On objectera peut-être que ce n’est que la saison 1, mais l’ouverture in medias res avec des personnages amnésiques et un monde autour qui les connaît comme leur poche laisse penser qu’un univers est déjà en place autour de nos anti-héros, sauf que la série ne l’exploite jamais qu’à des fins individuelles (seul Six utilise une technologie de clonage pour aller se faire justice sur une affaire personnelle). On tombe même dans le cliché avec l’histoire de l’androïde numéro 2 (jouée par Ruby Rose d’Orange is the New Black) ultra sexy qui évidemment a toutes les caractéristiques pour faire l’amour et la cuisine, bref, la meilleure amie de l’homme, qui finalement se retourne contre eux, car forcément c’était trop beau pour durer. Question sentiments, d’ailleurs, la série se perd dans les écueils lourds et sur-lourds des attractions amoureuses/sexuelles de Deux, seule femme sur l’équipage à l’exception de l’androïde et donc objet de tous les regards à la dérobée. Il faut dire que la propulser chef de l’équipage en renforce l’érotisme bas de plafond, mais c’est surtout à Un et à ses atermoiements insupportables façon « Je suis là pour toi, je t’aime sincèrement » que l’on en veut le plus. Un est le type de personnage agaçant, un peu boy-scout au grand coeur, sans véritable profondeur et sauvé par les rebondissements, à qui on oppose une nemesis en la personne de Trois, le gros beauf roulant en permanence des mécaniques et se basant sur l’impulsivité. Sur treize épisodes, cela devient vite long, surtout quand l’humour est type pince-sans-rire et franchement minimaliste, alors qu’un peu de décompression aurait fait du bien à un pitch qui clairement se veut être la grenouille plus grosse que le boeuf. Malgré tout, la série se laisse regarder faute de mieux, et on peut mettre au crédit de la série l’idée de permanence dans la mise à l’épreuve, de sorte qu’au milieu de ces souvenirs limités, la sensation d’étouffement des personnages aux prises avec leur passé et leur futur en même temps est assez réussie. Il est dommage que ce trait de caractère essentiel soit trop timide et reste trop brouillon dans les coutures, jusqu’à un final à la dernière image surprenante, mais qui termine la saison comme elle a débuté : in medias res. Pourquoi Six, qui est vraiment Griffin Jones, pourquoi est-il accusé de crime s’il est un agent sous couverture, pourquoi a-t-il même éprouvé le besoin de retrouver ses ex-copains fondamentalistes… Et surtout, quel est le raccord avec le final de l’épisode précédent qui nous tease plein de machiavélisme mais reste lettre morte ?

©SyFy

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A l’image de son histoire donc, la série est low-cost, avec des décors low-cost et des personnages low-cost : on ne saurait désigner le personnage le plus potable dans ce groupe. L’action est concentrée autour du cast principal, reléguant les personnages annexes ou invités au rang d’utilités (coucou Wil Wheaton (oui, Wil Wheaton. Surpris ?) en « méchant » toujours un cran en-dessous le temps d’un épisode, ou David « Stargate » Hewlett à la limite du surjeu). On a parlé de Un le beau gosse vite lourd et joué par un Marc Bendavid assez consternant, et de Trois le gros bras interprété par un Anthony Lemke tout juste potable par le caractère de son personnage ; mais on ne peut passer à côté de Quatre le cliché du personnage asiatique manieur de sabre à l’amabilité inexistante, assuré par un Alex Mallari Jr en roue libre, à l’image de Roger « Griffin Jones le mec balèze sympa et sensible » Cross, tandis que Melissa O’Neil est passable et manque cruellement de charisme que les scènes de sorties de douche ne rattrapent que peu. Enfin, mention spéciale sympathie pour Jodelle Ferland en Cinq, jouant une gamine au potentiel intéressant trop uniformisé pour le moment, et à Zoie Palmer qui accomplit une prestation toute en paralysie du visage histoire de jouer un androïde ultra bateau, mais dont les idées évolutrices un schouïa cartésiennes autour des sentiments sont à creuser dans le futur.

Pour ceux qui cherchent de la SF en attendant Doctor Who le 19 septembre, Dark Matter se regardera assez vite. Pour les autres, ce n’est clairement pas indispensable, mais reste correct pour le genre et pour passer un peu le temps.