La maladroite, premier roman d’Alexandre Seurat, est le bijou inattendu de cette rentrée littéraire. Paru aux éditions du Rouergue le 19 août, il a déjà remporté le coup de cœur des magasins Cultura, qui lui assure une belle visibilité. Il est également finaliste du Prix Roman Fnac 2015, et on peut lui souhaiter d’autres récompenses en cette saison des prix littéraires.

La petite Diana est portée disparue. Un drame qui ne semble pas étonner grand monde. En effet, cela faisait longtemps que son institutrice, la directrice de son école, et d’autres témoins, avaient remarqué les inquiétantes marques, bleus et brûlures, régulièrement portés par la petite fille… La maladroite est un récit à voix multiples, qui remonte le fil de la vie de Diana, depuis sa petite enfance jusqu’à sa disparition. Alexandre Seurat construit son livre comme une enquête policière où tous les acteurs de la vie de Diana, à l’exception de ses parents, sont entendus en vue de faire la lumière sur ce qu’il s’est passé.

La première partie de La maladroite nous donne à découvrir les pointcouv-maladroite-ok.indds de vue de la grand-mère et de la tante de Diana. On fait la connaissance d’une mère instable, qui avait tout d’abord prévu de donner sa fille à l’adoption. Influencée par sa famille, elle change d’avis. Elle renoue également avec le père de Diana duquel elle s’était séparée. Soudain, le couple et l’enfant disparaissent sans laisser de trace : la grand-mère est désespérée et craint le pire pour sa petite fille. Quelques années plus tard, ils refont surface : la grand-mère et la tante pressentent de mauvais traitements envers Diana et font un signalement.

Ce sont les institutrices et directrices d’écoles successives qui prennent le relais de l’histoire. Chaque jour, elles remarquent de nouvelles marques sur le corps de Diana… La petite fille boîte toujours autant : « je suis très maladroite », explique-t-elle. Selon ses parents, elle serait atteinte d’une maladie auto-immune, qui provoquerait chez elle un certain retard physique et mental. De plus, affirment-ils, elle tombe beaucoup et a la peau qui marque…

Alexandre Seurat ne nous épargne pas, dans ce récit d’une grande maîtrise. Au fil des chapitres, on aimerait se tromper. On sait pourtant que la fin sera celle que l’on imagine, cette fin que ces multiples témoins ont prédit avant nous.

La maladroite s’émancipe de toute ponctuation qui pourrait ralentir le récit ou retenir les flots de parole. Les langues se délient : les non-dits sont puissants, les faits violents. Les preuves sont accablantes et l’administration trop frileuse. Le style d’Alexandre Seurat, efficace et sensible, va à l’essentiel et se fait caméléon au fil des témoignages. Ces témoignages qui au final semblent n’en former qu’un, dramatique : celui de l’impuissance, celui des actions entreprises trop tard et du bénéfice du doute trop souvent accordé.