Près de vingt ans après le premier opus de la saga, et alors qu’un sixième volet a été confirmé, Mission Impossible revient pour une nouvelle aventure haute en couleurs, le tout toujours mené de main ferme par son acteur/producteur Tom Cruise.

Pour ce cinquième épisode, le groupe Mission Impossible doit faire face à une organisation nemesis qui semble connaître leurs mécanismes sur le bout des doigts : le Syndicat. Et au moment où Ethan Hunt, Benji Dunn, William Brandt et Luther Stickell en apprennent l’existence, ils sont désavoués par la CIA, dirigée par Alan Hunley. Commence alors une lutte de pouvoir et d’intérêts où être « rogue » (dissident) devient un qualificatif bien flou…

Suivant un quatrième film très réussi en termes d’action et de mise en scène, avec des émotions encore plus fortes (cf l’ascension de la tour de Dubaï par Ethan Hunt), ce nouveau chapitre, écrit et réalisé par Christopher McQuarrie (scénariste du précédent, mais aussi d’Usual Suspects), est une pure réussite. Jamais la tension ne se relâche de tout le film, du début (avec la déjà fameuse scène de l’avion, vue dans la bande-annonce), jusqu’au rebondissement final avec le duel entre Hunt et Lane. Et quand ce n’est pas l’action qui nous agrippe, c’est soit le comique, avec un étonnant Jeremy Renner dans ce registre, en joute verbale avec Alec Baldwin, ou encore l’excellent Simon Pegg tout en « britishness », apportant une petite touche pimentée à un scénario effréné ; ou bien les scènes montrant les efforts du petit groupe pour déterminer la stratégie à avoir face au Syndicat, grâce encore à ce scénario qui a aboli toutes les bases du thriller d’espionnage en reléguant la CIA au second plan et en mettant en scène le groupe Mission Impossible comme dissident et donc non soumis à quelque directive qui soit. Le film nous transporte naturellement grâce à une intensité comme on n’en a pas ressenti dans les blockbusters depuis Mad Max : Fury Road il y a quelques mois, et par une écriture intelligente qui, si elle ne révolutionne pas fondamentalement les histoires de trahison (dont le premier film de la saga faisait déjà état), s’avère très bien agencée dans ses multiples rebondissements et entretenant toujours la réflexion dans la pensée du spectateur.

©Paramount

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En effet, et c’est assez rare pour être souligné, surtout dans le cas d’un blockbuster, Rogue Nation réussit à faire vivre et ressentir au spectateur ses scènes d’action, de sorte que le film se retrouve doté d’une espèce de réalisme glaçant. La scène où Tom Cruise plonge en apnée pour trafiquer un serveur situé sous l’eau est d’une force saisissante car elle est filmée de manière à ce que le spectateur, à l’instar de Tom Cruise, soit tout aussi piégé et se sente claustrophobe non seulement parce que l’on se trouve dans une eau où les courants sont surpuissants et que l’on sait les capacités seulement humaines d’Ethan Hunt, mais aussi car le danger est partout et nulle part à la fois. Il n’est jamais montré, et pourtant on sait pertinemment qu’il est là, et que c’est pour cela que la mission est dite impossible. Christopher McQuarrie filme de façon à ce qu’on ne sache jamais ce qui peut arriver, de meilleur ou de pire, à son personnage principal, puisque de toute façon, agissant de son propre chef, il est constamment sur le fil du rasoir, et en cela, le spectateur est un observateur impuissant. Ainsi le personnage de Rebecca Ferguson, qui, loin d’être un sidekick féminin écervelé, allie avec justesse charisme et mystère, est le symbole d’un film à entrées multiples où le jeu des acteurs est, littéralement et dans tous les sens, double voire triple. C’est aussi en cela que le personnage de Simon Pegg est une vraie réussite : nonobstant sa crédibilité, il permet au spectateur d’avoir toujours un point d’ancrage et de référence dans le film, servant à la fois l’identification, mais aussi l’implication dans ces scènes haletantes et suffocantes. Rogue Nation pourrait être un film à part entière, un électron libre servi par son propos intriguant.

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Fidèle à son côté franc-tireur et tête brûlée, la saga Mission Impossible a avec ce nouveau volet élevé un peu plus son niveau de jeu, en gardant ce qui fait son identité d’une part, et en étant un blockbuster à l’ADN bien particulier, se démarquant de Terminator Genisys et de son scénario tiré par les cheveux, ou de San Andreas qui semblait ne jamais vraiment vouloir passer la vitesse supérieure. Tout le contraire de Rogue Nation, où les situations vont du plus dramatique (l’exécution de la disquaire au début) au plus invraisemblable (Cruise et Pegg qui sortent de leur voiture sans une égratignure après avoir fait 250 tonneaux en marche arrière), assumant totalement sa fictionnalité, et jouant sur toutes les facettes de l’impossibilité. Rogue Nation, spectacle total, semble presque mélanger les genres en plaçant ses cartouches comiques d’une part, mais aussi, d’autre part, en réalisant la prouesse de sublimer l’érotisme attenant à ce genre de films via la présence de Rebecca Ferguson, parfaite dans sa manière d’en montrer un peu, mais jamais trop, participant au doute constant dans la tête du public. On n’en attendait pas moins du scénariste d’Usual Suspects, qui fait briller Tom Cruise : le scientologue le plus célèbre de la planète, malgré une certaine tendance à être monocorde dans tous ses dialogues, n’est jamais aussi appréciable que dans sa franchise adorée. Il est suivi de près par Simon Pegg qui apporte depuis Mission Impossible 3 une touche de fraîcheur jamais ennuyante. Quant à Jeremy Renner et Ving Rhames, ils font le boulot avec efficacité, tandis qu’Alec Baldwin fait une entrée remarquée et remarquable dans cette grande famille. Notons également que Sean Harris, le sosie officiel de Jack Coleman, fait un méchant tout à fait crédible ne forçant jamais son jeu.

Bien filmé, visuellement époustouflant (notamment la course-poursuite à moto où l’on sentirait presque le vent dans la face), et très bien écrit, Mission Impossible : Rogue Nation est une réussite en tous points, et est incontestablement le blockbuster de l’été.