Pixels, basé sur le court-métrage du même nom de Patrick Jean (2010), était attendu comme la comédie de l’été : Adam Sandler, Peter Dinklage, et un concept basé sur des jeux vidéo eighties tueurs. Sur le papier, et bande-annonce à l’appui, ca promettait.

Et le film n’est malheureusement resté qu’au stade de promesses. A l’instar des 4 Fantastiques, la bande-annonce était mensongère, et tout le propos attendu s’est noyé dans une bouillie américaine infâme. Résumons : Sam Brenner est un crack aux jeux d’arcade. Pac-Man, Space Invaders, n’ont pas de secrets pour lui. Mais le jour où les jeux vidéos de son enfance décident d’envahir la Terre, lui seul et ses capacités pourront permettre d’arrêter le massacre pixelisé…

©Columbia

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Autant Fantastic Four laissait perplexe quant à son propos bâclé, incomplet, pourri par un tournage infernal, autant Pixels n’avait aucune excuse, se présentant comme une comédie de science-fiction à gros budget, avec des acteurs reconnus, et un postulat de base on ne peut plus fun. Finalement, les deux se prennent les pieds dans le tapis, mais pour des raisons différentes. Quant les Fant4stiques n’arrivent pas à concrétiser leurs intentions, Pixels, cousu de fil blanc, se complaît dans une mise en scène paresseuse, à coups de gags one-shot et d’un scénario qui perd en profondeur à chaque seconde, jusqu’à devenir au mieux incongru, au pire bancal. Les références multiples passent de l’hommage grandeur nature totalement what the fuck (la scène où le créateur de Pac-Man se retrouve face à celui-ci) au rentre-dedans le plus dégueulasse (même scène, parodiant Star Wars) en passant par le plagiat le plus honteux et même assumé, en signe de désaveu scénaristique (les Arcaders avec des canons lasers face à des aliens venus d’on ne sait où, ca ne vous rappelle rien ?). Le pire dans tout ca, c’est qu’on pourrait le pardonner, si seulement le film avait été écrit pour être purement fun et totalement barré, comme le propos initial le laissait suggérer. Au lieu de ca, le film est toujours le cul entre deux chaises, le sérieux et le comique, on a des scènes qui n’ont d’autre justification que d’arracher un sourire au spectateur déjà soûlé de blagues lourdes (quand le président fait sa première conférence de presse avec des journalistes rigolards, ou l’amourette pathétique de Ludlow et Lady Lisa), des choix d’écriture invraisemblables (sérieusement, le petit gros sidekick du héros devient président des Etats-Unis ?) et ne vend du rêve (américain) que l’illusion de l’épanouissement personnel (sortir avec une fille de jeux vidéo ? Être réparateur et successful avec les femmes ? Give us a break…). C’est moche, c’est dégoulinant, et c’est absolument dégueulasse de cynisme et de faux-self.

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Il n’est malheureusement pas aidé par des acteurs à des années lumières d’une performance correcte. Rarement on aura vu un acteur aussi en-dessous de tout qu’Adam Sandler dans Pixels. Celui-ci, qui est aussi co-producteur et co-scénariste, se tire une balle dans le pied à chaque fois qu’il lance une vanne, par son jeu amorphe et inexpressif, et devient aussi énervant qu’une tâche sur votre écran. Semblant n’être jamais motivé, il donne l’impression d’avoir tout juste appris par coeur ses répliques et les envoie à la figure du spectateur qui s’en voit profondément gêné tant c’est pathétique. Le pire, c’est qu’avec un acteur qui croirait vraiment à ce qu’il dit, le film aurait pu avoir une tournure nettement plus aboutie. Seulement maintenant, si on a envie de rire, c’est jaune, ou bien pour se moquer, car les vannes perdent toute leur essence et se transforme en une suite de dialogues sans âme… Kevin James joue (mal) les (f)utilités dans un rôle abominable de président cherchant à restaurer sa popularité, mais aussi maladroitement qu’une poêle à frire (quand on vous dit que c’est mal écrit)… Rien qu’avec ca, l’aspect décalé s’est retrouvé remplacé par l’aspect gros sabots envoyant tout valdinguer sur son passage. Mais que James se rassure, Josh Gad fait pire en caricature du petit gros geek, façon Howard Wolowitz de The Big Bang Theory (dont la relation avec la mère est reprise le temps d’une séquence du film), lourd du début à la fin par ses gamineries jamais drôles. Et on a bien du mal à sauver le pourtant brillant Peter Dinklage (mention spéciale à sa version jeune risible) dans un rôle de cabotinage pur et dur qui ne lui sied pas du tout (et avec une coupe de cheveux à vomir). Mais au moins cabotine-t-il mieux que les autres… Quant à Michelle Monaghan, elle n’est jamais au niveau et se contente de jouer la potiche. Passons ensuite sur le reste du casting qui fait décor, entre un Sean Bean qui doit se demander pourquoi il a appris ce rôle, et Brian Cox qui se la joue Full Metal Jacket.

Continuer de parler de ce film serait tirer sur l’ambulance, tant il n’offre pas l’ébauche d’une réflexion (comme le court-métrage de base le proposait), et surtout fait aveu d’impuissance dans sa conquête d’une place au rang de comédie mémorable et rassembleuse. Même les nostalgiques des années 80, qui se consoleront avec des scènes d’action toutefois jolies et divertissantes, ne trouveront pas leur compte dans ce film fade qui pourrait être un candidat aux Razzie Awards au vu de son échec retentissant. Au mieux pourra-il devenir un nanar à regarder dans une trentaine d’années, loin, très loin derrière les cultes Ghostbusters qui l’ont précédé (on notera d’ailleurs le caméo de Dan Aykroyd, dans un film qui resuce pourtant ce qu’il a crée de ses propres idées… Triste).

Pixels est donc une déception à hauteur des moyens mis pour le réaliser ! On pourra toujours se consoler avec les jeux vidéos… les vrais