Après deux films de Tim Story plutôt fades, le quatuor le plus célèbre des comics remet le bleu de chauffe pour un reboot ambitieux, mais qui a pris du plomb dans l’aile avec une postproduction chaotique et une bande-annonce bien trop révélatrice. Explications

Il y a dix ans sortait le premier film sur les Fantastic Four, un film ennuyeux, scrupuleux sur les comics mais qui se traînait, et ne brillait pas particulièrement par ses idées. Josh Trank veut du sang neuf, tant au niveau de l’équipe que du scénario : exit Ioan Gruffud, Michael Chiklis, Jessica Alba et Chris Evans, place à Miles Teller (Mr Fantastic), Kate Mara (Sue Storm, la Femme Invisible), Michael B Jordan (La Torche) et Jamie Bell (La Chose). Un effectif et donc des héros rajeunis pour un film qui compte bien aussi utiliser les nouvelles technologies et effets spéciaux façon « poudre aux yeux ». Niveau écriture, le principal changement réside en Sue Storm, qui se voit affublée d’origines kosovars, l’ayant conduite à être adoptée par le Dr Storm, un professeur Noir. Mais cela n’a aucune incidence sur le film, sauf pour des gens mal intentionnées et un peu trop traditionalistes. Quant à l’histoire, elle est basique : tous brillants, ils percent le secret du voyage dimensionnel, seulement ca tourne mal, et tous se retrouvent affublés de pouvoirs.

©Fox

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A la sortie de la séance, ce film laisse profondément perplexe. Pourquoi ? Parce que ce film est indiscutablement plaisant, et met une bonne ruade à ses prédécesseurs sur la forme, mais pose des questions sur le fond, ce qui fait qu’on a l’impression d’avoir été pris en traîtres par Josh Trank et consorts. C’est à la sortie, en en débattant, qu’on trouve dans ce film des trous, des incohérences, et quelques détails nous reviennent pour nous dire qu’il faut faire attention aux premières impressions. En effet, le gros problème de ce film, et c’est paradoxal, c’est que bien qu’il dure une heure et demie, il réussit à faire trouver le temps long par sa mise en place bien trop étirée des origines des Fantastic Four. Pour faire simple et grossier, le film nous octroie 1h05 d’origin stories, pour une vingtaine de minutes de scènes d’action aux dialogues et à la durée aussi superficiels que le maquillage de Kate Mara. Dans ces scènes, les interactions se réduisent à « C’est Victor la source, il faut l’arrêter » et « Face à nous quatre unis, il ne peut rien », témoignant bien de la non-priorité absolue de ces scènes pour Trank. Au lieu de cela, le film s’étend tellement sur ce qu’il se passe avant qu’on se demande si l’on est pas en train d’assister à une longue introduction où perlent l’idéalisme du Dr Storm, la grande gueule de Johnny, la candeur de Richards, les goûts musicaux de Sue Storm, et l’ego de Fatalis, avant que les producteurs ne se rappellent qu’ils font un film de superhéros et que quand même ce serait bien de mettre un peu d’action, histoire que les spectateurs ne crient pas au manque de divertissement. Mais le subterfuge est trop gros, dans tous les sens du terme.

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Au delà de cela, et c’est bien dommage que Josh Trank n’ait pas su allier la puissance de sa mise en scène et l’action de ses héros, un propos intéressant sur les pouvoirs, les problèmes inhérents à la personne et à la personnalité, est soulevé mais aussi tué dans l’oeuf par des choix scénaristiques qui empêchent les héros de s’interroger, Fatalis oblige d’une part, et le fait qu’ils n’ont même pas besoin de s’interroger puisqu’ils sont dépeints comme savant déjà les intentions des « méchants ». Avant cela, une longue, très longue plongée dans le pourquoi du comment, entre deux vannes de Michael B Jordan ou l’anti-systémisme de Fatalis. Il est louable à l’équipe du film d’avoir voulu soigner sa mise en place, mais à trop vouloir en faire, Trank et ses collaborateurs se sont perdus (trois scénaristes, dont Trank lui-même n’est-ce pas trop ?). Le film est trop court et trop long à la fois, les bases sont bien plantées, mais se révèlent l’être sur des sables mouvants : il s’attarde sur la relation entre les personnages, celle bien ancrée entre Reed et Ben, celle naissante entre Susan et Reed, la rivalité émergente entre Reed et Fatalis, celle plus compliquée entre Johnny et son père. Mais paradoxalement, pendant toute cette heure, plus l’histoire avance et plus on trépigne de voir du concret se réaliser, mais au lieu de cela c’est l’inverse qui se produit, et on a l’impression d’avoir été le spectateur bonne pâte mais roulé dans la farine : pourquoi Fatalis est-il décrit comme un sujet dangereux ? Pourquoi ce choix d’origines étrangères pour Susan Storm sans que les relations père/fils – père/fille ne s’opposent ? Pourquoi justement le Dr Storm reste-t-il juste un idéaliste qui veut dépasser notre système et soutient bêtement les 4 Fantastiques sans jamais se poser de questions (cela est même moqué dans le film par Victor qui lui reproche de « faire son speech »…) ? Quelle a été la nature de la relation Victor/Susan, et est-ce que Susan et Johnny sont vraiment frères et soeurs au vu de leur interaction inexistante ? Au final, toutes ces ébauches sont laissées de côté par les scénaristes, pour donner un montage de scènes sans véritable alchimie. Seul Reed, dont l’importance est légèrement supérieure, et qui par une suite de procédés plus ou moins subtils est le personnage qui fait dire aux autres personnages ce que ceux-ci ont de particulier, a le droit à une exposition correcte, sur son amitié avec Ben foutue en l’air par le désastre sur la planète dimensionnelle, quelque chose que les films précédents faisaient déjà.

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Doté d’une qualité visuelle indéniable que les fans de Chronicle, précédent film de Josh Trank, apprécieront, le film reste toutefois doté d’une dynamique qui tourne à vide, où le sentiment d’aboutissement n’est jamais atteint et où l’on reste amer que des propos si prometteurs ne restent que des arbustes cachant une forêt de défauts : en clair, ce film manque d’âme, et d’essence. Il est triste d’établir que la bande-annonce, spectaculaire, est plus que mensongère et donne au spectateur des indices erronés de divertissement explosif sur le film qu’il va voir. Ce nouveau cru des Quatre Fantastiques, incapable de s’élever à la hauteur de ses ambitions, finit par ne faire que guère mieux que ses prédécesseurs, et là encore, seulement par son esthétique et son lifting moins grossiers. A peine mieux que la moyenne, le film s’avère trop classique, un comble après des années de Marvel au cinéma, et après beaucoup d’efforts en pré et post-production pour nous faire oublier les déceptions passées, et un paradoxe (c’est bien le mot qui le définit) au vu des qualités d’écriture aperçues durant cette heure et demie. Comme un symbole, les acteurs eux-mêmes ne se transcendent jamais vraiment, se contentant de faire le job, d’un Miles Teller correct mais qui ne semble jamais se dépasser comme son personnage est dépeint, à une Kate Mara minimaliste, en passant par un Jamie Bell tout juste et un Michael B Jordan sauvé par son humour. Quant à Toby Kebbell, il ne réussit seulement, et ce n’était pas dur, qu’à effacer des mémoires les performances insipides du précédent titulaire du poste, Julian McMahon, tandis que Reg.E.Cathney n’est qu’un Freddy de House of Cards qui a pris du galon.

L’attitude imprévisible de Josh Trank sur le tournage a-t-elle joué ? Probablement, mais si cela a pu peut-être avoir une influence sur les acteurs, ca n’excuse pas le manque de concrétisation du point de vue des idées, d’autant que ce film n’est pas produit par Marvel Studios et ses idées quelque peu formatées. Trank avait plus de latitude, d’idées, mais aussi de caractère, et il ne peut s’en prendre qu’à lui même si le résultat est bâclé. Cependant, il n’est pas seul coupable dans cette affaire où la FOX a dû lui mettre des bâtons dans les roues pour qu’il se plie à quelques directives commerciales. Résultat : les deux sont perdants, le public est sacrifié, et le film est un immense gâchis. Ou bien le film s’est-il défini par rapport à sa suite, déjà prévue pour 2017 ? Peut-être, et cela pourrait-il encore faire passer la pilule. A moins que ce ne soit une nouvelle supercherie de ce serpent de mer marvellien qui ne fait pas honneur à sa réputation dans les comics.